Leral.net - S'informer en temps réel

Hommage solennel à Amadou Mbaye Loum, serviteur d’exception et témoin engagé de l'Histoire militaire du Sénégal (Maodo Ba Doba)

Rédigé par leral.net le Jeudi 9 Avril 2026 à 20:36 | | 0 commentaire(s)|

Hommage solennel à Amadou Mbaye Loum, serviteur d’exception et témoin engagé de l'Histoire militaire du Sénégal

Aujourd’hui, à la veille de la Fête nationale du Sénégal, de fortes émotions nous reviennent lorsque nous nous souvenons d’un reporter de guerre hors pair, qui a joué un rôle déterminant dans le développement de nos capacités intellectuelles ainsi que dans notre attachement profond aux Forces armées sénégalaises. Il s’agit du journaliste Amadou Mbaye Loum, figure emblématique de l’Histoire militaire et médiatique du Sénégal. Ses reportages, notamment lors des conflits impliquant le Sénégal et surtout à l’occasion de la Fête nationale du 4 avril, résonnent encore comme des crépitements de balles dans la mémoire collective. La Fête de l’indépendance, célébrée depuis 1960, symbolise la liberté et la souveraineté du pays. Elle met également en lumière le rôle essentiel des Forces armées sénégalaises dans la protection de la Nation, le maintien de la stabilité, tout en constituant un moment fort d’unité nationale et de fierté collective. Véritable héros dont la seule arme était le micro, Amadou Mbaye Loum a profondément marqué des générations de téléspectateurs dont nous en faisons partie durant même le jour de la Fête nationale.

Ainsi, il s’impose comme une figure emblématique de la presse militaire sénégalaise. À travers ses reportages captivants, il a permis au grand public d’entendre pour la première fois des expressions comme les opérations Fodé Kaba ou Gabou, mais aussi les noms de chefs rebelles tels que Charles Taylor et Prince Johnson, ou encore l’acronyme NPFL. Dans les années 1990, de nombreux Sénégalais restaient scotchés devant la RTS pour suivre le défilé civil et militaire. Les commentaires croisés entre le journaliste Amadou Mbaye Loum, les communicateurs traditionnels Mansour Mbaye et Abdoulaye Mbaye Pékh constituaient un moment unique. Ce dernier, à travers un ton héroïque et son amour inconditionnel des chevaux, expliquait notamment le rôle tactique et stratégique de la cavalerie dans les opérations militaires lors du passage de la Garde républicaine, des Spahis et de la Gendarmerie nationale, en établissant un lien fort avec les traditions guerrières des royaumes précoloniaux de la Sénégambie et évoquant également le rôle des chevaux dans les batailles historiques telles que Danki (1549), Pathé Badiane (1865), Somb (1867), Dékhlé (1886) et surtout le légendaire Malaaw du Damel du Cayor Lat Dior Ngoné Latyr Diop (1842-1886).

Par ailleurs, les reportages de guerre occupent une place essentielle dans la mémoire collective mondiale. Depuis les premiers clichés de Roger Fenton (1819-1869) lors de la guerre de Crimée en 1853-1856 jusqu’aux images saisissantes de Robert Capa (1913-1954) pendant la Seconde Guerre mondiale, ces témoignages ont permis de voir, comprendre et ne pas oublier. Ces journalistes, photographes et cameraman ont souvent risqué, et parfois perdu, leur vie pour documenter la réalité brute des conflits. Leurs images ne sont pas seulement des archives, mais elles constituent également de véritables preuves. Dans cette tradition, Amadou Mbaye Loum s’illustre pleinement, lui qui a su immortaliser des scènes d’horreur indescriptibles tout en révélant aussi des instants d’humanité et de solidarité au cœur de la guerre pour la préservation de la mémoire collective de l'Histoire militaire du Sénégal.

Diplômé du Centre des études des sciences et techniques de l'information (CESTI) de Dakar en 1976, il intègre la Radio Télévision sénégalaise (RTS) dès 1977. Informateur par sa formation et formateur par son expérience selon ses collègues, il devient rapidement un spécialiste du reportage militaire, participant à de nombreux séminaires au sein des armées et développant une véritable expertise stratégique. Son engagement prend un tournant décisif en 1978, lors de la mission des Nations unies au Sud-Liban avec le SENBAT-1. Là, sous un feu nourri, un Commando accomplit un acte de bravoure qui le marque profondément en lui remettant son casque lourd. Dès lors, à travers cet acte de bravoure et de lien de frères d’armes, Amadou Mbaye Loum considère le Bataillon de commandos comme sa seconde famille, arborant fièrement le béret marron et l’insigne des GOOR FIT, symbolisé par le lion et le couteau. Il faut noter que d'autres faits d'armes le lient avec le Bataillon de Parachutistes ainsi que l'ensemble des corps de l'Armée sénégalaise dont nous n'avons pas de témoignages directs. Par conséquent, cette mission au Sud-Liban est également marquée par des drames, notamment un incident impliquant une grenade accrochée dans un filet de camouflage ayant causé la mort de deux Soldats. Dans le même contexte, il côtoie alors des figures militaires telles que les Lieutenant-colonels Amadou Abdoulaye Dieng, Abdourahmane Ngom, le Capitaine El Hadji Alioune Samba, l’adjudant-chef Amadou Sène, les Commandants Abdourahmane Gueye et Joseph Potin, le Capitaine Didier Bampassy ainsi que les Médecins-capitaines Cheikh Diagne et Mamadou Ndoye. Cette expérience fondatrice, notamment une embuscade d’une intensité inouïe, forge sa personnalité de reporter de guerre, comme le souligne l’ouvrage Les Commandos, une Unité de gloire: de la création à l’apogée (1963 à 2022) publié en 2023 aux éditions Maguilen.

Enfin, Amadou Mbaye Loum couvre de nombreux théâtres d’opérations tout au long de sa carrière: Fodé Kaba I (1980), Fodé Kaba II (1981), SENBAT II au Sud-Liban, le Libéria à deux reprises, la Casamance, notamment dans les zones de Blaze, Mbissine, Bayottes, Efok et Youtou, Gabou en 1998-1999 en Guinée-Bissau, le Darfour en 2007 et la République démocratique du Congo (Zaïre) plusieurs fois. Il participe également à des missions logistiques complexes, notamment à bord d’un Engin de débarquement d'infanterie et de chars (EDIC), transporteur de matériel militaire et de troupes, lors d’un voyage de 19 jours en mer pour acheminer des AML vers Monrovia au Libéria et San Pedro en Côte d’Ivoire en 2004. Toutefois, certaines opérations, en particulier Gabou, l’affectent profondément en raison de l’ampleur des pertes humaines. Par conséquent, nous rendons ainsi hommage aux Soldats sénégalais tombés au champ d’honneur, notamment le Caporal Victor Sina, le Gendarme Mamadou Gueye et le Soldat de première classe Mamadou Lamine Coly, conducteur du camion VLRA qui transportait le journaliste Amadou Mbaye Loum et son collègue Gaston Faye près de Tyr au Sud-Liban en 1978. Engagé pour la paix en Casamance, il rencontre le chef du MFDC Salif Sadio et participe aux efforts de démobilisation dans le cadre de la Direction de l’Information et des Relations Publiques (DIRPA). Élevé au rang de Chevalier de l’ordre national du Mérite, il s’éteint le mardi 20 février 2018. Lors de ses funérailles, il reçoit tous les honneurs militaires, avec un cercueil porté par des unités de réserve générale, recouvert des bérets marron des commandos et du beige des parachutistes, en reconnaissance de son engagement exceptionnel au service de la Nation.

Nous exprimons notre profonde gratitude pour le service rendu à la Nation sénégalaise surtout par la transmission de la mémoire collective de l'histoire militaire nationale. Par votre engagement, votre courage et votre sens du devoir, vous avez contribué à préserver l’honneur, la sécurité et les valeurs du Sénégal. Votre parcours demeure une source d’inspiration pour les générations présentes et futures.

Merci pour votre dévouement et votre contribution inestimable à la construction et à la défense de la Nation.

Sources:
Témoignages directs d'un ancien de la DIRPA
Les Commandos, une Unité de gloire: de la création à l’apogée (1963 à 2022) publié en 2023 aux éditions Maguilen.

Maodo Ba Doba

Historien militaire contemporain,