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Lambi demb / Mamadou Sakho "Double Less": Plus haut, plus fort, plus vite

Leral revisite la lutte sénégalaise sous toutes ses coutures. Après Falay Baldé, c'est tout naturellement Mamadou Sakho alias Double Less qui suit. Ces extraits sont tirés de l'ouvrage du journaliste Omar Sharif Ndao, "Au-delà des millions et des passions".


Rédigé par leral.net le Dimanche 13 Septembre 2020 à 05:00 | | 0 commentaire(s)|

Lambi demb / Mamadou Sakho "Double Less": Plus haut, plus fort, plus vite
Médaillé d’or aux Jeux africains de Nairobi, «Seigneur des arènes», plusieurs fois champion du Sénégal de judo, Double Less, de son vrai nom Mamadou Sakho, était un athlète de haut niveau. Grand comme deux fois la mesure du mètre de tissu, ce phénomène physique est venu de son Malifara natal (Sédhiou) et a mis dans sa poche tout le milieu de la lutte. Voulant être boxeur, il finit par franchir le pas dans l’arène, en devenant lutteur en 1972. En 27 ans de carrière, cet ancien international olympique, qui a fait ses premiers pas à Fass, a quasiment tout raflé. Et comme le titre l’indique, avec la devise de l’Olympe, Double Less a été des Jeux olympiques.


Le nom lui colle à la peau comme une sangsue. Double Less, de son vrai nom Mamadou Sakho, se rappelle cet ami qui lui a donné ce surnom. « Lors d’un «mbapatt», un de mes amis qui m’a vu avec ma grande taille, me surnomma «Double Less», en comparaison avec la mesure du mètre du tissu ». C’est fort de ce surnom qu’il débarque à Dakar dans les années 1970 pour une carrière de… boxeur. Il confirme sa suprématie dans les compétitions de lutte traditionnelle, pliant tout sur son passage. « J’étais jeune, fort et ma puissance faisait le reste. Je régnais dans tous les «mbapatt» où je participais. Je pesais près de 130 kg et avec presque 2 m, rien ne me résistait », fait savoir Double Less.

Ses performances commençaient à se répandre dans Dakar où Less avait fini de faire le vide en Casamance et en Gambie, où il était devenu un «demi-dieu». La défaite qui lui reste encore en travers de la gorge, est celle concédée devant Robert Diouf à Usine Bène Taly, lors de leur première rencontre dans un «mbapatt», près du robinet Lassana. A la surprise générale, Double Less mordra la poussière devant le champion sérère venu de Joal-Fadiouth.

DE MALIFARA A FASS

Bien que neveu de Falaye Baldé qu’il a accompagné durant sa glorieuse carrière, Double Less fût accueilli à bras ouverts par les monuments de Fass que sont Mbaye Guèye, Mame Gorgui Ndiaye, Boy Nar Fall. « J’étais chez Mbaye Guèye et à Fass, j’ai parfait ma technique de lutte, bien que ma puissance m’aidât beaucoup en ce sens », édifie Mamadou Sakho. Son baptême du feu se fera en 1972, face à feu Doudou Baka Sarr, (champion sérère hors pair) où le combat sera sanctionné par un match nul.

Considéré comme un exploit, les amateurs avertis lui président une grande carrière dans l’arène. « A l’époque, Doudou Baka Sarr était l’un des plus forts lutteurs de l’arène. Il avait tout : technique, puissance, charisme et il était d’une élégance extraordinaire. Quand j’ai réussi le match nul avec lui, je savais que j’étais sur la bonne voie. Ibou Senghor, Pape Kane, Toubabou Dior, Moussa Diamé, Mame Gorgui Ndiaye, Samba Diaw, Mor Fadam, Boy Remorque, Boy Ndiaye ont tous été battus. J’ai lutté avec Mbaye Guèye, mais c’est quand j’ai quitté Fass. Je l’ai terrassé aussi et quand on s’est rencontré pour la deuxième fois, il n’a pas attendu le verdict de l’arbitre. Mais tout le monde savait que je l’ai battu», rappelle Less.

Battu pour la seconde fois, mais cette fois-ci en lutte avec frappe par Robert Diouf, leur troisième confrontation se soldera par un match nul où, ce sera Mbaye Guèye lui-même qui incitera l’arbitre à arrêter le combat. « On avait lutté pendant au moins 45 minutes sans que l’un de nous prenne le dessus. Le combat a été très dur, car les coups pleuvaient de partout et Robert était un excellent frappeur. C’est Mbaye Guèye qui est descendu pour qu’on arrête le combat. Il avait dit à l’arbitre que nous sommes des nobles, qu’on doit nous respecter et le match nul est équitable d’autant que le spectacle était au rendez-vous », se souvient l’ancien international olympique et de lutte traditionnelle.

Après une carrière remplie de près d’une vingtaine d’années, sa tentative de come-back vire au cauchemar. Toubabou Dior, revanchard et plus jeune que lui, le maltraitera avec des frappes à démolir un bœuf. C’est par ce revers que Double Less tirera sa révérence dans la lutte avec frappe. Les amateurs le verront quelques années plus tard, en «nguimb», participer au jubilé de son meilleur ami, Mbaye Guèye, le «Tigre de Fass». Ils se sont produits dans un combat amical où les deux anciens champions ont revisité leur arsenal technique avec des clés pures.

LUTTE OLYMPIQUE ET TRADITIONNELLE

Double Less, comme Mor Fadam et Ambroise Sarr, fait partie des satisfactions sénégalaises dans les joutes internationales. Durant sa carrière internationale qu’il a partagée avec Robert Diouf, Ambroise Sarr, Moustapha Guèye, Less a pris part à trois éditions des Jeux olympiques (Montréal-1976, Moscou-1980 et Los Angeles-1984). « Ce sont des moments forts dans la carrière d’un sportif, car les Jeux olympiques sont les plus grandes compétitions du monde. Plus forts que la Coupe du monde de football. J’ai été aussi médaillé d’or lors des Jeux africains de Nairobi ».

Aujourd’hui, il a créé l’école de lutte Double Less à Keur Massar, son fief de retraité depuis plus d’une décennie. Ses talents de lutteur et sa popularité ne lui avaient pas permis d’empocher des millions, mais il se rattrape avec des fils de lutteur. Omar Sakho, surnommé Balla Gaye n°2, de l’école de lutte Balla Gaye est le «Roi des arènes» pour avoir a battu Yahya Diop «Yékini» le 22 avril 2012, synonyme de la première défaite du Sérère en quinze ans de carrière.

Ce combat représentait beaucoup pour Double Less, car Yékini est le fils spirituel de Robert Diouf qu’il n’a jamais battu. « C’était mon combat. Comme je n’avais jamais battu Robert Diouf, mon fils a pris ma revanche sur son fils Yékini », s’est-il réjoui. Double Less et Robert Diouf, étant de véritables amis dans la vie, sont quittes.

Lambi demb / Mamadou Sakho "Double Less": Plus haut, plus fort, plus vite




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