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Lambi demb - Mbita Ndiaye (Écurie de Fass): Comme Beethoven, il jouait sa symphonie

Leral revisite la lutte sénégalaise à travers les hauts faits des anciens champions comme Robert Diouf, Mbaye Guèye, Falaye Baldé, entre autres. Pour ce livre ouvert, après Alioune Camara alias Boy Bambara, Double Less, et autres Falaye Baldé, c'est au tour de Mbita Ndiaye, qui fut le"Beethoven" de l'arène. Ces extraits sont tirés du livre sur la lutte sénégalaise "Au-delà des millions et des passions", du journaliste Omar Sharif Ndao. *


Rédigé par leral.net le Dimanche 15 Novembre 2020 à 04:42 | | 0 commentaire(s)|

Lambi demb - Mbita Ndiaye (Écurie de Fass): Comme Beethoven, il jouait sa symphonie
S’il était de la génération actuelle, il ravirait la vedette à Yékini par ses qualités techniques, Balla Gaye N°2 par sa «tchatche» et Modou Lô par sa popularité. Mbita Ndiaye alliait tous ces ingrédients dans un milieu qui ne lui a pas fait de cadeau. Ni grand, ni costaud avec 76 kg d’intelligence au-dessus de la moyenne, il était le «Golden Boy» des années 1970.

Même s’il supporte assez bien le poids de l’âge et la vieillesse, Mbita Ndiaye n’a rien perdu de sa verve légendaire. Pour la présentation, cela donne : «Je suis né au quartier Fass. J’ai trouvé des personnes qui jouaient au football et pratiquaient la lutte. Naturellement, j’ai embrassé les deux disciplines avec une réussite insolente. Je n’ai nullement hérité de la lutte, je n’ai aucun parent lutteur», fait-il savoir. Il a joué au football sous les couleurs d’Africa et de Ndèye Jirew, équipes du national populaire (navétanes) de Fass. «J’ai joué aussi à Walidane et à Guédiawaye. J’étais un ailier très rapide, après avoir évolué comme latéral droit», se rappelle Mbita Ndiaye.

Mbita Ndiaye était catalogué comme un tacticien, un joueur d’échecs. Tous ses combats n’étaient que calculs, lectures pointues. «J’avais pour habitude de ne pas fuir devant un adversaire plus grand et plus fort que moi. Je fonçais sur lui, misant sur ma technique de saisie de «ngeemb». J’avais deux qualités : fort en lutte simple et en frappe. Si mon adversaire est plus fort que moi dans la frappe, je privilégie la lutte simple. S’il veut lutter et qu’il n’est pas aussi fort que moi dans ce domaine, j’opte pour la frappe. C’est dire qu’un lutteur ne doit pas avoir une seule technique de combat, sinon il devient prévisible dans ses entreprises», analyse-t-il.

Pour l’explication, il n’y avait pas de vidéo des combats à leur époque, tandis que c’est le cas aujourd’hui. «Un lutteur limité techniquement n’a aucune chance, car tous ses faits sont décortiqués dans la cassette, alors que de notre temps, il fallait s’adapter à la stratégie de l’adversaire. Pour être sûr de son apprentissage, le passage obligatoire est le «mbapatt», car on lutte avec presque toutes les catégories. Je suis resté pendant trois ans sans concéder une seule défaite dans les «mbapatt». Celui qui m’a terrassé s’appelait Jonis. C’était un navigateur qui habitait à Usine Niary Tally. Il m’a défié et Boy Bambara, organisateur du «mbapatt», m’a suggéré de le prendre, persuadé que j’étais plus fort que lui. C’est lui qui a mis fin à mon invincibilité de trois ans. C’était en 1972», se remémore Mbita dans un grand éclat de rire. S’il ne se souvient pas de la date de sa retraite, il se rappelle son dernier combat contre feu Boy Niang. «J’ai eu un parcours assez singulier et aventurier. J’aimais bouger. Pendant quatre ans, j’ai régné en maître à Kaolack avant de rallier Dakar».

Son baptême du feu ne fut pas rose, car le manager général de l’école de lutte Balla Gaye, qui porte le même nom que la structure, l’a dominé avant qu’il ne le batte à deux reprises. «Mame Gorgui devait lutter contre Souleymane Diaw et Balla Gaye aussi, mais son adversaire n’était pas venu. Etant l’accompagnateur de Mame Gorgui, Mbaye Guèye me somme de prendre le combat. Du moment que j’ai terrassé Balla Gaye trois fois en «mbapatt», je pensais que ce ne serait qu’un jeu d’enfant. C’était ma première défaite».

Pourtant, il était considéré comme une bête du travail. Mbaye Guèye l’a une fois conduit chez le médecin qui lui recommandait de diminuer ses heures de travail, au risque de mourir. «J’étais dans une dimension que beaucoup de personnes ne comprenaient pas. Il m’arrivait, quand tout le monde était au lit la nuit, de m’entraîner contre un poteau électrique. J’étais dans mon élément de telle sorte que je le voyais bouger, feinter mes frappes. On était en harmonie», ajoute l’ex-partenaire de Modou Pouye. Comme Beethoven, il jouait sa symphonie.

Mbita Ndiaye n’était pas un lutteur ordinaire, car il drainait des foules énormes. «A Dakar, ma popularité dépassait l’entendement. Quand je disputais les combats préliminaires, les spectateurs et les supporters n’avaient plus envie de rester après mes prestations. C’est pourquoi les promoteurs m’ont très tôt donné de grands combats. De l’histoire de la lutte sénégalaise, je peux dire que je fais partie des lutteurs les plus connus», s’encense-t-il.

Son secret ? «Compétence et amour de la lutte ! Il m’arrivait de défier un lutteur et quand il me snobait, je me déshabillais et exhortais les organisateurs à le payer, même sur mon cachet. Dans un grand combat, je terrassais mon adversaire et enchaînais au «mbapatt» de Boy Bambara. Je défiais dans la foulée des lutteurs et disputais au moins quatre combats dans le mois, tous victorieux. Mes supporters n’approuvaient pas, mais la lutte était mon dopage naturel», dit-il.

Ayant disputé plus d’une centaine de combats, Mbita ne se souvient pas du nombre, encore moins de ses victoires. «J’ai lutté jusqu’à la fin de ma carrière. J’ai battu dans le tas Boy Pambal à deux reprises, Sa Ndiambour, Dame Soughère, Balla Gaye à deux reprises, Diali Birima Thior, Sitapha Thior, Mamady Thior, Fara Awadi, Samba Diaw, Daouda Fall, etc.», tente-t-il de se souvenir.

Sa bravoure était hors normes et il n’hésite pas à expliquer ses «trucs et astuces». A l’en croire, «Dangay xajje», avoir un comportement un peu salace. Il faut avoir un petit plus qui fait la différence. Je ne supportais pas qu’on me minimise. Cela me motivait davantage. Cependant, je ne manquais pas de respect à mes adversaires. Mais j’étais cachottier, je taquinais beaucoup mes adversaires. Pourtant, je pesais 76 kg et je luttais contre des poids lourds de 100, 120 kg», informe Mbita qui fait la comparaison avec Mor Fadam. «Pour moi, c’était l’un des plus doués de sa génération, mais «xoromeewul», «saay saayul».

La vraie incarnation, c’est Balla Gaye n°2, le fils de Double Less. Il sait que les amateurs aiment sa gestuelle, son feeling et surtout les sponsors. Il est conscient de sa valeur marchande et du produit vendable qu’il représente. S’il abandonne cette facette, sa cote va tomber», explique l’ancienne gloire.

Cette pratique, Mbita Ndiaye y croit, mais depuis son combat contre Daouda Fall, il n’est plus retourné chez un marabout. «On m’a battu avec la manière, après m’être fait corriger par de terribles coups de poing. Je n’y comprenais rien alors que le marabout m’avait assuré de la victoire. J’ai lacéré tous mes gris-gris et juré de ne plus dépenser mon argent pour ces charlatans et ces pratiques. Je rendais grâce à Dieu et faisais mes prières avant chaque combat. Depuis lors, jusqu’à ce jour, je ne touche plus aux gris-gris».

Mbita Ndiaye ne roule pas sur l’or, mais les cachets qu’il touchait à son époque, n’étaient pas à la portée de tous les lutteurs. «On percevait entre quatre cent mille (400.000 F CFA) et huit cent mille (800.000 F CFA). Dans l’année, on pouvait disputer vingt (20) à trente (30) combats. C’est loin des cachets actuels, mais on ne se plaignait pas», calcule le fassois.

Parmi ses souvenirs les plus douloureux, figure ce combat contre Daouda Fall. «Autant il m’a roué de coups, autant je n’ai pas aimé le comportement de Fass qui ne m’a pas soutenu. C’était son jour, il m’a bien tabassé et il ne voulait pas d’un corps-à-corps. J’étais blessé et Fass m’a accusé à tort, en soulignant que je n’ai pas respecté les consignes données».

Quel est le lutteur qui lui ressemble ? Une question à ne pas poser, car Mbita attaque : «Je ne vois pas un qui me ressemble. J’étais très léger, svelte dans mes déplacements, alors que les lutteurs actuels sont lourds. Ce qui complique et limite leurs déplacements. Pour faire de la lutte pure, on ne peut peser plus de 130 kg, «fofu bëre amatufa», analyse l’ancien tacticien.






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