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Lambi demb - Modou Lô (Écurie Rock Energie): De Taïba Ndiaye à la flamme olympique

Leral revient sur l'histoire de la lutte sénégalaise avec Modou Lô, le tout simplement Xaragne. C'est un extrait de l'ouvrage du journaliste Omar Sharif Ndao, "Au-delà des millions et des passions". *


Rédigé par leral.net le Dimanche 8 Novembre 2020 à 05:00 | | 0 commentaire(s)|

Lambi demb - Modou Lô (Écurie Rock Energie):  De Taïba Ndiaye à la flamme olympique
Maçon, soudeur métallique, charretier. Un caractère façonné à la sueur de son front avant de convertir ces qualités en aura et en billets de banque. Modou Lô, en moins de dix ans dans l’arène est l’un des lutteurs les plus populaires de l’arène, s’il n’est pas le plus populaire.

Originaire de Taïba Ndiaye, Modou Lô est né aux Parcelles Assainies, villa n°125, en décembre 1985). «Je suis né aux Parcelles et j’ai grandi dans ce milieu. Tout ce que j’ai connu et fait, c’est dans cette localité qui me tient à cœur. Mes origines, de par mon père et mes grands parents sont de Taïba Ndiaye, une localité située après Tivaouane. J’y vais, même si ce n’est pas fréquent», informe Modou Lô. Et pour la postérité, son premier combat de lutte avec frappe, il l’a disputé et gagné à…Taïba Ndiaye face à Laye Pythagore avec qui il partage maintenant la même Ecurie, à Rock Energie.
Obligé de faire avec ce que la lutte lui offre, Modou Lô est devenu «bavard» selon ses propos. «C’est vrai que la lutte conditionne les acteurs à changer de comportement, pas forcément dans le mauvais sens. Mais, depuis que j’ai commencé à m’y mettre, je parle, même si ce n’est pas trop au goût de certains.

Avant, mes interlocuteurs avaient du mal à m’arracher des propos. J’étais toujours dans mon coin. Quand je parlais avec les gens, j’avais toujours les yeux rivés au sol. Maintenant, si je ne parle pas les gens le prendraient mal», dit-il, en se forçant un peu.
Timide certes, mais celui qui deviendra «xaran» par la suite affirme qu’il n’était pas un poltron et qu’il passait tout son temps, au contraire à se battre. Pour des matchs de football. «Pour ne pas me voir me battre, il ne fallait pas gagner notre équipe. Quand on perdait des rencontres, la mise ne partait pas car je tirais sur tout ce qui bouge», lâche ce dernier. Ayant débuté au poste de gardien de buts, Modou Lô, qui n’était fort que sur les «balles à ras de terre», s’exerce ensuite au poste de latéral droit pour mieux faire valoir son agressivité.

Après la maîtrise du Coran dès le bas âge, Modou Lô fréquentait aussi l’école où il a cessé toutes activités en classe de 3ème, au cycle primaire.Revendiquant un statut d’élève intelligent, l’ancien footballeur estime qu’il n’aimait pas l’école. Pour mettre son plan à exécution, il s’est bagarré avec un de ses camarades de classe, Assane Dramé, qu’il a étranglé jusqu’à évanouissement. «Les enseignants, dès la nouvelle tombée se sont rués sur moi. Grâce à ma rapidité, j’ai sauté par-dessus le mur de l’école 10 des Parcelles. Depuis ce jour, je n’ai plus remis les pieds à l’école», révèle-t-il dans un grand éclat de rire.

Obligé de taire la nouvelle à son père et de ne pas rester à la maison, Modou Lô s’exerce à la maçonnerie où, il touchait dix mille (10.000 F CFA) par semaine, employé par un de ses «grands», Ngounda. «J’avais honte de rester dans le quartier à ne rien faire et je lui ai fait part de mon besoin de travailler. J’ai très tôt aimé l’argent. Il m’aidait bien car lors des fêtes de Tabaski et Korité, il m’offrait des habits et de l’argent. Le problème, on devait aller en chantier à Fatick et mon père ne m’a pas autorisé à y aller car, il n’était même pas au courant de mon nouveau métier. Pour l’occasion, j’avais décidé de ne plus aller à l’école coranique».

Après cette expérience éphémère, il s’essaye comme soudeur métallique pendant sept ans. Et comme charretier. «Pour ce qui est de la charrette, je ne prenais que les marchés hors secteur car je ne voulais pas rencontrer mes parents. Sinon, j’allais en pâtir», avoue-t-il. Et c’est en cette période que le virus de la lutte commence à s’inoculer en lui.
Sans l’air d’y toucher, Modou Lô s’agrippe derrière les «ngeemb» de Mitrailleuse, Khadim Gadiaga, Dolf, des lutteurs déjà aguerris. Pour Balla Bèye N°2, Modou Lô considère qu’il est le maître. Habitant derrière lui, Baboye l’a beaucoup aidé à l’entame de sa carrière en lui inculquant beaucoup de valeurs. Mohamed Ndao Tyson l’a fait beaucoup rêver.
«Quand je le voyais, avec le charisme qu’il dégageait, je rêvais de lui ressembler. Il avait beaucoup de supporters aux Parcelles Assainies et quand il gagnait, c’était la folie. Quand Manga N°2 gagnait ses combats, je courais comme un fou jusqu’à l’Unité 24, sa maison pour le voir en chair et en os. Pour Baboye, c’est spécial, il a contribué à l’éclosion de beaucoup de lutteurs comme Tyson et autres. Il m’a donné beaucoup de choses. Même les offrandes d’après combats, j’en prenais. Moustapha Guèye en fait partie aussi», témoigne celui qui, à force de travail est devenu le lutteur le plus populaire de l’arène sénégalaise.

«xaren, xaren, xaren». C’est le mot qui a été le plus utilisés entre 2009 et 2011, malgré une défaite devant Balla Gaye N°2. Modou Lô ne laisse personne ou presque indifférent. Lui-même ne s’explique pas cette «modou mania». «Je ne peux expliquer ce phénomène, c’est la volonté de Dieu, je n’y peux rien. Je n’ai rien fait qui mérite que toutes ces personnes se fatiguent pour moi. Je ne cesse de les remercier, mais j’ai les pieds sur terre car tout cela finira bien un jour», prévient Modou Lô avec philosophie, lui qui a été choisi de courir avec la flamme Olympique lors des Jeux de Londres.


Les prémices d’un lutteur en devenir s’annoncent quand il est finaliste malheureux du tournoi de lutte simple, la 2ème édition du Drapeau de Pape Diop en 2005. En dominant Tapha Boy Bambara, Paul Maurice et Papa Sow dans un tournoi à quatre, Modou Lô se révèle au grand public. Son combat contre Balla Gaye N°2, sans doute l’un des plus médiatisés et électriques de ces dix dernières années, a fini d’asseoir une popularité hors norme. Malgré le premier revers de sa carrière. Il se ressaisit en prenant le meilleur sur Baye Mandione et Gris Bordeaux.

Ce bond en avant a rapporté gros car l’ex-soudeur métallique est passé de trente cinq mille francs (35.000 F CFA) à plus de cent millions (100.000.000) entre 2006 et 2013. Entouré d’un staff professionnel, Modou Lô a une Fondation qui s’active aux œuvres sociales et à l’éducation dont la cible première est les enfants.





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