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Gabon I Le Mirage du Parpaing : La précarité du fonctionnaire gabonais, angle mort de la démocratie

Rédigé par leral.net le Mercredi 11 Février 2026 à 16:16 | | 0 commentaire(s)|

Le Gabon traverse une zone de turbulences sociales majeures. Depuis décembre 2025, la grève des enseignants agit comme le miroir déformant d'une crise structurelle profonde.
Au-delà des chiffres, ce mouvement révèle une vérité brutale : la précarité organisée du fonctionnaire est devenue l'instrument d'une souveraineté confisquée.
L'immobilier comme horizon indépassable : l'échec du contrat social Dans une nation à revenu intermédiaire supérieur, le logement reste le principal (...)

- LIBRE PROPOS /

Le Gabon traverse une zone de turbulences sociales majeures. Depuis décembre 2025, la grève des enseignants agit comme le miroir déformant d'une crise structurelle profonde.

Au-delà des chiffres, ce mouvement révèle une vérité brutale : la précarité organisée du fonctionnaire est devenue l'instrument d'une souveraineté confisquée.

L'immobilier comme horizon indépassable : l'échec du contrat social
Dans une nation à revenu intermédiaire supérieur, le logement reste le principal facteur de vulnérabilité.

Pour le fonctionnaire gabonais, construire sa maison est un combat de survie qui impose des sacrifices drastiques : renoncement à la santé, aux loisirs et à l'épanouissement.

Cette pression a engendré une homogamie de nécessité : des unions stratégiques entre agents publics, souvent du même corps pour cumuler deux revenus modestes.
Lorsque le calcul patrimonial supplante l'aspiration affective, c'est tout le tissu social qui s'érode, créant des foyers hypersensibles aux moindres secousses de la gestion étatique.

La démocratie sous tutelle : le piège de la légitimité extérieure

Pour comprendre cette précarité, il faut analyser le "deal" tacite hérité de La Baule (1990). En imposant un multipartisme de façade sans autonomie financière, ce système a placé les dirigeants Africains et donc gabonais dans une position de fragilité structurelle.

Privés d'une base sociale solide à cause de la paupérisation des cadres de l'État, les gouvernants se retrouvent contraints de chercher leur survie politique ailleurs. Cette fragilité interne les pousse inévitablement à s'aligner sur les diktats de l'élite française pour maintenir leur fauteuil.

En échange d'un soutien diplomatique ou sécuritaire de Paris, ils sacrifient souvent les réformes qui redonneraient du pouvoir d'achat aux nationaux.

Le cercle vicieux de l'alternance sanction

Cette précarité est une arme à double tranchant.
En maintenant le fonctionnaire dans l'incapacité de bâtir son foyer, le système fabrique un électeur dont le vote n'est plus une adhésion à un projet, mais un cri de colère.
Le dirigeant, prisonnier des exigences extérieures et incapable de satisfaire les besoins de base (logement, salaire), condamne son propre camp à l'impopularité.

Le peuple, contraint par la faim et le manque de perspectives, n'a plus d'autre issue que de voter contre son dirigeant aux prochaines échéances, non par choix idéologique, mais par instinct de survie.

C'est le triomphe d'une démocratie où l'on ne choisit plus un futur, mais où l'on sanctionne un présent invivable.

Février 2026 : Le craquement d'un système à bout de souffle

La paralysie actuelle du secteur éducatif illustre ce point de rupture. Malgré les 16 milliards de FCFA promis en janvier 2026, la méfiance persiste. Avec seulement 37 % de reprise début février, le mouvement exprime l'épuisement d'une élite intellectuelle qui refuse d'être le dindon de la farce d'un néocolonialisme indirect.

Plaidoyer pour une refonte de la dignité publique

Sortir de cette impasse exige de briser les chaînes de la dépendance :
• Souveraineté budgétaire : Réorienter les ressources nationales vers un fonds de l'habitat social pour libérer le fonctionnaire du chantage au logement.

• Déconnexion des influences : Un dirigeant soutenu par un peuple qui a un toit est un dirigeant qui n'a plus besoin de quémander sa légitimité à l'étranger.
• Réévaluation des primes : Aligner l'indemnité de logement sur les réalités du marché pour restaurer la dignité de la fonction publique.

La grève des enseignants est un cri de ralliement.

Tant que la maison familiale restera un mirage pour ceux qui forment la jeunesse, la démocratie gabonaise ne sera qu'une pièce de théâtre jouée pour un public lointain.
La vraie stabilité d'un pays ne se signe pas à l'Élysée, elle se construit brique par brique, dans la dignité de ses citoyens.

Blaise EDIMO Enseignant et penseur stratégique.
blaisedimo@gmail.com



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...