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Le handicap n'est pas un délit : Pour la dignité et le discernement


Rédigé par leral.net le Lundi 12 Janvier 2026 à 22:54 | | 0 commentaire(s)|

L’arrestation de l’activiste Abdou Karim Guèye (Xrum Xax), interpellé pour avoir porté la voix de personnes vulnérables devant le commissariat de la Médina, est un symbole qui heurte notre conscience collective. Au-delà de l'incident, c'est la lecture que notre société et notre État font du handicap, qui est ici en procès.

Il règne aujourd'hui une confusion dangereuse, un amalgame inacceptable. Il faut le dire avec force : un handicap n’est pas un délit et encore moins, un crime.

Dans un État de droit, la répression des infractions est normale. Cependant, la condition physique d'un citoyen ne saurait jamais constituer une présomption de culpabilité. La justice doit être aveugle aux pressions, mais lucide face à l'humain. La situation de handicap ne doit intervenir qu'à posteriori, dans l'humanisation de la procédure, et jamais, comme un critère d'arrestation préventive ou de profilage.

L'État doit impérativement faire preuve de discernement. En cédant à la facilité des rafles ou à la politique du "spectaculaire", l'autorité publique risque de voir sa propre action frappée d'un handicap insurmontable : celui de l'injustice et de l'inefficacité.

Je ne parle pas ici en théoricien, mais fort d'une conviction née de l'épreuve du réel. Mon expérience en tant que Maire de la Ville de Thiès, est, à ce titre, édifiante. Durant mon mandat, j'ai fait le choix de l'inclusion par l'action, en recrutant au sein de l'institution municipale, des agents portant tous types de handicaps : moteur, visuel, auditif, ou atteints d'albinisme.

Le résultat fut sans appel. Ces hommes et ces femmes n'ont pas demandé la charité, ils ont demandé une opportunité. Et ils ont répondu par l'excellence. Ils ont été, et demeurent, des travailleurs exemplaires, prouvant que la compétence ne se mesure pas à la validité physique, mais à la force de l'engagement.

Dès lors, la solution n'est pas la répression aveugle, mais l'intégration structurelle.

Il faut libérer Abdou Karim Guèye, car défendre la dignité n'est pas un trouble à l'ordre public. Mais surtout, il faut libérer les énergies et s'attaquer aux problèmes de fond : l'éducation, la formation et l'emploi des personnes vivant avec un handicap. Évitons les raccourcis qui blessent et construisons des solutions qui élèvent.





Talla Sylla

Mame Fatou Kebe