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MIMI ET ABC, NOUVEAUX OPPOSANTS OU MOUCHES DU COCHE MACKY SALL?

Officiellement, il n’y a pas de rupture entre le président de la République et ses anciens compagnons Mimi Touré et Alioune Badara Cissé. Toutefois, ces deux derniers ne ratent guère leur ancien patron à travers des sorties. Le médiateur de la République, Alioune Badara Cissé, connu pour ses vérités, n’hésite pas souvent à rappeler au Gouvernement, ses devoirs. L’ancienne présidente du Conseil économique social environnemental, Aminata Touré "Mimi", continue de marquer sinon ses divergences, au moins ses différences avec le président de la République sur certains sujets. Jusqu’où ira la bravade de ces deux cadres de l’APR, orphelins de base politique ?


Rédigé par leral.net le Vendredi 30 Avril 2021 à 13:49 | | 0 commentaire(s)|

Le constat est sans appel ! Ce n’est plus le parfait amour entre le pouvoir, d’une part, le médiateur de la République en partance, Me Alioune Badara Cissé, et l’ancienne présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Mme Aminata Touré. Cette dernière, depuis son remplacement à la tête de cette institution par le président du parti Rewmi, Idrissa Seck, affûte ses armes et ronge son frein même si, de temps en temps, elle ne manque pas de titiller le président de la République à travers ses sorties.

La dernière en date a été son sur les décisions prises lors du Conseil présidentiel sur l’insertion et l’emploi des jeunes. « La question de l’emploi des jeunes doit être précédée par celle de la préservation des emplois existants. Pour sortir d’un trou, il faut d’abord arrêter de creuser, n’est-ce pas ? Il faut donc conserver les emplois existants et retrouver les emplois perdus dans les secteurs très touchés par la COVID-19 comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, qui sont des secteurs clé de notre économie.

Il faudra une stratégie adaptée pour que ces secteurs retrouvent leur situation pré-Covid19 et reprennent leur personnel en chômage technique prolongé. Il est estimé que le secteur de la restauration a perdu pour 56 milliards de F CFA, le secteur hôtelier a perdu 40 milliards, le transport aérien 34,3 milliards et les transports terrestres 24,3 milliards. Les premiers à souffrir de ces baisses de recettes, ce sont bien entendu les salariés, car pas de recettes, pas de moyen de payer des salaires. Donc, dans la stratégie de création d’emploi, il faut déjà retrouver les emplois perdus pour les jeunes et les moins jeunes
», a soutenu, dans une déclaration largement reprise par les médias, le deuxième Premier ministre du Président Macky Sall. Une manière de « corriger » ces derniers, qui met curieusement l’accent sur la création de nouveaux emplois, tout en faisant l’impasse sur ceux existants, détruits ou en passe de l’être du fait de la crise sanitaire.

BACARY DOMINGO MANE : « C’est un discours politique trop émotif de quelqu’un qui en veut toujours à son président… »

L’analyste se demande pourquoi elle n’avait pas eu cette vision lors de son compagnonnage avec Macky Sall. « Que ce soit la sortie d’Aminata Touré ou celle d’Alioune Badara Cissé, il faut les mettre au compte d’anciens compagnons du président de la République. Qui, aujourd’hui, ne sont plus en odeur de sainteté auprès de lui. Le deuxième élément dépend plus ou moins des circonstances. Par exemple, si on prend le cas de Mimi Touré, elle a été éjectée du siège de présidente du Conseil économique social et environnemental. Donc on peut comprendre qu’elle en veuille énormément au président de la République. Sa sortie, on peut la mettre sur le compte de l’émotion.

Justement, si on prend cette sortie sur l’emploi des jeunes, elle avait l’occasion d’appliquer ce qu’elle préconise puisqu’elle a été chef du gouvernement. Même si ce n’était pas elle qui déterminait la politique du gouvernement, mais quand même, elle était le numéro deux de l’Etat. Donc la posture dans laquelle elle se trouvait aurait dû peser sur ce qu’elle recommande aujourd’hui. Qu’est-ce qu’elle a fait en ce temps-là pour régler la question de l’emploi des jeunes ? J’interroge ce passé pour dire que, quelque part, j’ai des doutes sur la sincérité, sur le discours politique de Mimi Touré
», précise Bacary Domingo Mané.

Quand Mimi joue dans le clair-obscur !

Rien ne sera clair tant que l’ancienne ministre de la Justice n’aura pas officiellement décidé de quitter l’APR pour créer son propre parti ou, en tout cas, se positionner comme un véritable opposant du régime. « C’est une dame qui veut régler ses comptes, peut-être avec le président de la République. Ça peut même être un appel du pied. Parce qu’on n’a entendu nulle part dire qu’Aminata Touré a quitté l’Apr. C’est un élément qu’il faut prendre en compte. Est-ce ,que ce n’est pas la stratégie de Macky Sall de renvoyer ces gens-là (Ndlr : Aminata Touré, Aly Ngouille Ndiaye, Amadou Ba et Oumar Youm), dans une soi-disante opposition, pour qu’ils travaillent dans l’ombre pour lui ? Estce que Mimi n’est pas en train de jouer un double jeu ? C’est-à-dire donner l’impression qu’elle est opposée à Macky Sall alors que ce n’est pas le cas.

En résumé, je m’interroge vraiment sur la sincérité de cette sortie de l’ancienne présidente du Cese qui était aux affaires, qui avait la possibilité, peut-être, d’influer sur la politique de la jeunesse, de l’emploi des jeunes du gouvernement. Pourquoi, à ce moment-là, ne l’a-t-elle pas fait même si c’est le président qui a le rôle de déterminer la politique. Elle, en ce qui la concernait, pouvait au moins influencer
», a ajouté le journaliste et analyste politique. Selon Bacary Domingo Mané, pour qu’Aminata Touré ait les moyens de sa politique de faire face à l’APR, elle doit d’abord être une femme politique libre, qui n’a rien à se reprocher dans la gestion des deniers publics. En effet, soutient l’analyste, pour faire de la politique dans ce pays, il faut une certaine liberté. « Quand je dis liberté, cela veut dire que vous ne traînez pas des casseroles. Si vous avez des casseroles et que le gouvernement le sache, le président peut à tout moment envoyer, disons, des chiens de garde pour mettre sur la table des actes que vous avez posés quand vous étiez aux affaires. Avoir les moyens signifie être quelqu’un qui n’a rien à se reprocher. Deuxième élément, c’est la base politique. Quelle est la base de Mimi Touré ? Est-ce que c’est Grand-Yoff ou Kaolack ? Dans tous les cas, si elle veut se forger une envergure nationale, elle est obligée de prendre son bâton de pèlerin et aller visiter toutes les régions du pays et installer des comités. Ça lui donnera une allure nationale. Sinon, rester à Dakar ou bien à Kaolack, ne lui apporterait rien]i », soutient notre confrère, ancien de « Sud Quotidien ».

Les points de convergences entre Aminata Touré et ABC !

En dépit du décret présidentiel faisant de lui Médiateur de la République, Alioune Badara Cissé n’a jamais varié dans ses positionnements. Très souvent critiqué par ses camarades de l’APR, il essaie de jouer tant bien que mal son rôle de régulateur social. Son discours, lors des émeutes de mars 2021, en a convaincu plus d’un. A en croire Bacary Domingo Mané, les ambitions politiques d’ABC dépendront avant tout de la manière dont le président de la République le traitera. « Le médiateur Alioune Badara Cissé est logique dans sa démarche. ABC, on le connaît depuis le départ, il a toujours assumé son opposition sur un certain nombre de questions avec le président de la République. C’est un homme libre. On le sait ! Lorsque cette crise liée à l’affaire Sonko est survenue, en tant que médiateur de la République, il a joué son rôle. Que ça vienne de la part de ABC, je peux vraiment être rassuré de sa sincérité. Ce, contrairement à celle de Mimi Touré. Ce ne sont pas les mêmes personnalités. Même si tous les deux ont une forte personnalité.

Tout le monde sait qu’ABC a le courage de ses idées. Toutes ses sorties, c’est un message qu’il lance aux président de la République. Mais si le président de la République continue à faire la sourde oreille aux appels de son médiateur, à partir de ce moment-là, connaissant l’homme, il est fort probable que lui aussi tente sa chance en se disant pourquoi pas moi. Parce que ceux qui sont au gouvernement, et soumis, ne sont pas plus intelligents que lui. On connait les capacités intellectuelles d’ABC
», conclut l’analyste Bacary Domingo.

Pour le politologue Mamadou Sy Albert, on assiste à un processus de rupture de confiance mis en place depuis un certain temps, entre le président de la République et ses anciens compagnons. « A l’état actuel, il n’y a pas réellement de rupture entre le Président Macky Sall et l’ancienne présidente du Conseil économique social et environnemental. Il n’y a pas officiellement une rupture, mais il y a des divergences. Le limogeage d’Aminata Touré provient du fait que, peut-être, le président de la République n’a plus la confiance en elle au poste où elle était. Donc, il y a eu une absence de confiance qu’on a notée. Parce que faire remplacer quand même Aminata Touré, qui était ministre de la Justice et ancien Pm, par Idrissa Seck, qui a été un adversaire redoutable de Macky Sall pendant presque 10 ans, veut dire que Macky Sall n’a plus la confiance en Aminata Touré à ce poste.

L’absence de confiance s’est élargie à d’autres également. Il n’y a pas le cas d’Aminata Touré seulement puisqu’on peut aussi mentionner ceux de Amadou Bâ et d’ABC qui est le Médiateur. Donc il y a rupture de confiance entre Macky Sall et certains cadres de son parti, depuis qu’il a entamé son deuxième mandat. Ce déficit de confiance se creuse avec beaucoup d’anciens cadres qui ont été avec lui. C’est un processus de rupture
», a précisé le politologue.

b[MAMADOU SY ALBERT : « Le processus de rupture de confiance entre Aminata Touré et le président de la République n’est pas encore acté. »
]b
Mamadou Sy Albert partage lui aussi que le fait que l’ex-présidente du Cese n’engage pas une bataille frontale contre le président de la République. Aminata Touré marque sa différence, tout en restant dans l’Apr. « C’est le cas dans sa démarche sur le programme d’urgence sur l’emploi des jeunes, où elle dit qu’« il fallait plutôt essayer de sauver des emplois qui sont menacés au lieu d’aller chercher à créer de nouveaux emplois qui n’ont pas de garanties ». C’est la même chose lorsqu’elle se prononçait sur le troisième mandat. Elle ne fait que se démarquer par rapport aux positions du président de la République. Ce processus de rupture, elle est en train de le dérouler.

Cela dit, qui va déclencher la guerre entre les deux (Ndlr : Macky Sall et Aminata Touré) ? Est-ce que c’est le président de la République qui va tirer le premier, ou est-ce que ce sera Aminata Touré qui sera obligée de déclarer la guerre ? Il faut s’attendre à ces deux éventualités
», ajoute l’enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Rejoignant Bacary Domingo Mané sur ce point, Mamadou Sy Albert estime qu’Aminata Touré est mal placée pour critiquer le pouvoir sur l’employabilité des jeunes, d’autant qu’elle a été du régime.

Sur le plan politique, Aminata Touré a encore du chemin à faire !

Quid des ambitions présidentielles d’Aminata Touré ? Mamadou Sy Albert pense que cela sera difficile pour elle. « Elle a beaucoup de sympathie au niveau de l’opinion particulièrement aux niveau des jeunes. C’est une femme leader qui a de l’influence. Ce sont des forces qu’elle peut capitaliser. Sur le plan politique, elle n’a, par contre, pas de parti politique ni de base dans les grandes régions électorales comme Dakar, Thiès, Kaolack etc. Sur le plan de l’influence électorale, elle a encore du chemin à faire.

Le mieux pour elle n’est pas d’affronter Macky Sall parce qu’elle n’a pas les moyens politiques, encore moins les moyens financiers, pour le faire. La même chose est valable pour Alioune Badara Cissé, qui est très influent au niveau de l’opinion démocratique, mais ne l’est pas au niveau électoral. Il a les mêmes handicaps qu’Aminata Touré. Il n’a pas de base à Saint-Louis ni dans les régions. Ces deux, ce qu’ils peuvent faire contre Macky Sall, c’est surtout mener une bataille d’influence. Parce que ce sont de grandes personnalités qui ont des relations, des réseaux et de l’expérience
», conclut l’analyste Mamadou Sy Albert.

IBRAKHIMA BAKHOUM : « Dire le contraire de ce que dit Macky ne devrait pas signifier avoir une position radicale »

Pour le vétéran de la presse Ibrahima Bakhoum dire le contraire du président de la République ne constitue pas la preuve d’une position radicale. « Ce n’est pas une attaque. Ils (Ndlr : Aminata Touré et le médiateur de la République) ont simplement dit ce qu’ils pensent. Que la stratégie proposée par le président ne marche pas. Par exemple, Aminata Touré a dit : avant de créer des emplois, il faut d’abord conserver les existants. On placera où les demandeurs d’emplois lorsque les entreprises sont en train de fermer ? Peut-être qu’elle disait cela avant, à l’intérieur, lorsqu’elle était du gouvernement.

Dire le contraire de ce Macky dit, ne devrait pas signifier d’avoir une position radicale. C’est un point de vue qu’elle a donné qui constitue une vérité de son côté. Maitre Alioune Badara Cissé, lui, il a dit qu’il a l’impression que le pouvoir n’entend pas. Il a toujours été comme ça. Alioune Badara a souvent dit ce qu’il pense du pouvoir. Voir des entreprises qui ferment pour raisons économiques et, dans la même période, promettre des emplois aux gens mais vous les mettrez où ?
», s’interroge Ibrahima Bakhoum.

Selon qui, nul ne peut empêcher l’ancienne Présidente du Cese d’avoir des ambitions politiques et de faire face au régime. « N’oubliez pas que ce sont les médias qui donnent la parole aux gens. Ce qu’elle a dit, d’autres l’ont dit. Il y a eu un retentissement énorme parce que, tout simplement, il s’agit d’une ancienne Premier ministre. Le bruit est plus fort quand on est à l’extérieur que lorsqu’on est à l’intérieur. Certains avancent quelque part, que le président tenterait des rapprochements envers elle. Si cela s’avère, il n’aura aucun doute que les conflits seront enterrés. Si tel n’est pas le cas, Mimi Touré, elle, va continuer son champ politique. Quelles sont les chances pour elle de se positionner ? Ce sont les mêmes chances qu’ont Ousmane Sonko et d’autres», estime le très expérimenté analyste, Ibrahima Bakhoum.






Le Témoin



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