Leral.net - S'informer en temps réel

Nationalité gabonaise : Il ne s'agit pas de stigmatiser, mais de protéger l'État et les citoyens

Rédigé par leral.net le Samedi 28 Mars 2026 à 16:41 | | 0 commentaire(s)|

La question de la reforme de la nationalité gabonaise suscite de houleux débats au sein de la société. Entre analyses et commentaires, les échanges sont enrichis. En tant que députée élue, ancienne ministre déléguée de l'Économie, ancienne députée de la transition, actrice civique et politique, Justine Judith Lekogo apporte une lecture claire, responsable et accessible de cette réforme, fondée sur l'ordonnance portant Code de la nationalité qui fera l'objet d'une ratification par Parlement (...)

- SOCIETE /

La question de la reforme de la nationalité gabonaise suscite de houleux débats au sein de la société. Entre analyses et commentaires, les échanges sont enrichis. En tant que députée élue, ancienne ministre déléguée de l'Économie, ancienne députée de la transition, actrice civique et politique, Justine Judith Lekogo
apporte une lecture claire, responsable et accessible de cette réforme, fondée sur l'ordonnance portant Code de la nationalité qui fera l'objet d'une ratification par Parlement avant juin 2026.

Madame Justine Judith Lekogo, votre prise de parole sur la réforme de la nationalité gabonaise suscite de nombreuses réactions. Pourquoi avoir décidé de vous exprimer maintenant ?

Justine Judith Lekogo :

J'ai souhaité m'exprimer parce que j'ai été interpellée par de nombreux compatriotes, inquiets, parfois mal informés, et souvent légitimement préoccupés. Ce texte touche à quelque chose de fondamental : l'identité nationale. En tant que députée élue, ancienne ministre déléguée de l'Économie, ancienne députée de la transition, actrice civique et politique, il est de mon devoir d'apporter une lecture claire, responsable et accessible de cette réforme, fondée sur l'ordonnance portant Code de la nationalité qui fera l'objet d'une ratification par Parlement avant juin 2026.

Concrètement, que prévoit l'ordonnance sur la perte de la nationalité gabonaise ?

Justine Judith Lekogo :

Le texte distingue deux mécanismes. D'abord, la perte automatique de la nationalité, qui intervient lorsque certaines conditions sont réunies : par exemple, agir contre les intérêts de l'État ou refuser d'obéir aux autorités dans les délais prescrits. Dans ce cas, l'État constate la situation et la formalise par décret présidentiel.

Ensuite, il y a la déchéance de nationalité. Elle vise principalement les cas de fraude, notamment l'usage de faux documents, ou les personnes condamnées pour des crimes graves contre l'État. Il est important de souligner que la loi interdit explicitement de rendre une personne apatride.

Certains citoyens s'inquiètent d'un durcissement excessif. Que leur répondez-vous ?

Justine Judith Lekogo :

Je comprends ces inquiétudes, mais il faut replacer cette réforme dans son contexte réel. L'État gabonais est pleinement conscient des dérives qui existent aujourd'hui : fraude massive sur les actes de naissance, corruption de certains agents publics, attribution irrégulière de la nationalité.

Face à cela, ne rien faire serait irresponsable. Cette ordonnance, qui sera prochainement examinée et ratifiée par le Parlement, n'est pas un instrument de répression aveugle, mais un outil de régulation et de protection.

Vous évoquez la fraude documentaire. Est-ce réellement un problème majeur ?

Justine Judith Lekogo :

Oui, c'est un problème grave et structurel. L'existence de réseaux de falsification d'actes de naissance affaiblit tout notre système administratif. Cela crée des situations où des personnes obtiennent illégalement des droits réservés aux citoyens.

L'État a donc l'obligation de réagir. Cette réforme permet d'annuler les nationalités acquises frauduleusement, ce qui constitue une mesure de justice envers les véritables citoyens gabonais.

Le texte insiste aussi sur la notion de loyauté envers la République. Pourquoi cet aspect est-il important ?

Justine Judith Lekogo :

Parce que la nationalité ne se résume pas à un document administratif. C'est un engagement. Être Gabonais, c'est bénéficier de droits, mais aussi respecter des devoirs, notamment celui de ne pas porter atteinte aux institutions de l'État.

L'ordonnance rappelle cette exigence fondamentale et fixe un cadre clair : on ne peut pas se prévaloir de la nationalité tout en agissant contre la Nation.

La question de la double nationalité semble particulièrement sensible. Quelle est votre position ?

Justine Judith Lekogo :

Le texte ne remet pas en cause l'existence de la double nationalité. En revanche, il en encadre les implications. Une personne disposant d'une autre nationalité ne risque pas l'apatridie, ce qui permet à l'État, dans certains cas, de prendre des mesures plus fermes.

Le message est clair : la double nationalité ne doit pas être un bouclier pour agir contre le Gabon, notamment depuis l'étranger.

Certains dénoncent un pouvoir trop concentré entre les mains de l'exécutif. Est-ce une critique fondée ?

Justine Judith Lekogo :

C'est une question légitime. Le rôle central de l'exécutif, notamment du Président de la République, peut susciter des interrogations. C'est pourquoi j'insiste sur un point essentiel : l'efficacité de ce dispositif dépendra de la transparence et de la rigueur dans son application.

Dans le cadre de la ratification parlementaire à venir, il sera essentiel de veiller à l'équilibre des pouvoirs et au respect strict des garanties juridiques.

Justement, la notion de « comportement subversif » est jugée floue par certains observateurs…

Justine Judith Lekogo :

C'est une limite réelle du texte. Cette notion peut donner lieu à des interprétations. L'extrait que vous présentez le montre bien : il évoque des actions « subversives et déstabilisatrices » sans toujours en préciser les contours.

C'est pourquoi il faudra être particulièrement vigilant lors de la ratification et dans l'application. L'administration devra s'appuyer sur des faits précis, établis et vérifiables. La question de la preuve est centrale pour éviter tout abus.

Existe-t-il un risque que des citoyens innocents soient affectés ?

Justine Judith Lekogo :

Le risque existe, surtout dans un contexte où la corruption et les failles administratives sont une réalité. C'est pour cela que cette réforme doit impérativement s'accompagner d'un renforcement des procédures, des contrôles et de l'éthique administrative. L'objectif est clair : protéger les citoyens légitimes, pas les fragiliser.

Peut-on dire que cette réforme s'inscrit dans une logique plus globale ?

Justine Judith Lekogo :

Absolument. Cette ordonnance s'inscrit dans une dynamique de reprise de contrôle de l'identité nationale. Elle répond à des défis contemporains : mondialisation, migrations, fragilité de l'état civil. Elle vise aussi à assainir notre administration et à restaurer la crédibilité de l'État.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Gabonais aujourd'hui ?

Justine Judith Lekogo :

Je veux leur dire que l'État est pleinement conscient de ce qui se passe et qu'il agit. Cette réforme n'est pas dirigée contre les citoyens, mais en leur faveur.

La nationalité gabonaise est précieuse. Elle ne doit ni être banalisée ni détournée. Elle donne des droits, mais impose aussi des devoirs. Et le respect des institutions reste une exigence pour tous.

En conclusion, soutenez-vous pleinement ce texte ?

Justine Judith Lekogo :

Je considère que ce dispositif est nécessaire dans le contexte actuel. Il répond à des problèmes réels et urgents, notamment la fraude documentaire et les dérives administratives.

Cependant, son succès dépendra de trois conditions : la transparence, la justice dans son application et une lutte effective contre la corruption.

C'est dans cet équilibre que résidera la crédibilité de l'État et la protection durable de notre Nation.

Merci Madame Justine Judith Lekogo pour cet éclairage.

Justine Judith Lekogo : Merci à vous.

Propos recueillis par MTM/JJL



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/societe/article/...