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Ndickou Diop, sociologue, consultante spécialisée en Genre : «Le viol est criminalisé, son apologie devrait être sévèrement punie»

Le viol est devenu un fait de société de plus en plus banalisé au Sénégal, où l’on fait même son apologie. Or, selon la sociologue Ndickou Diop, cette apologie aussi devrait être sévèrement punie. Diplômée de l’université de Montpellier 3, Mme Diop travaille en collaboration avec des Organisations non gouvernementales (Ong) et des structures étatiques, pour aider à éradiquer toutes les barrières qui entravent le développement et le bien-être des femmes, par l’élaboration et l’évaluation de projets et de formations.
Dans cet entretien, la Directrice générale du cabinet social Performance sis à Mbour, revient sur le mépris autour des victimes qui a conduit à la banalisation et à l’apologie du viol. "Le Témoin"


Rédigé par leral.net le Vendredi 26 Novembre 2021 à 16:25 | | 0 commentaire(s)|

Ndickou Diop, sociologue, consultante spécialisée en Genre : «Le viol est criminalisé, son apologie devrait être sévèrement punie»
Le Témoin - Beaucoup de cas de viols défraient la chronique. Pourquoi le corps de la femme attise-t-il le désir sexuel autant que la haine ?

Mme Ndickou Diop – Depuis quelques années, les cas de viols occupent le devant de la scène médiatique. Mais dire que le corps de la femme attise à la fois le désir et la haine, définit cette haine comme une cause du viol alors que c’est très rarement le cas. Le viol est souvent le résultat de la volonté de l’assouvissement d’un désir sexuel de la part de l’homme.

Ce dernier ressent des pulsions sexuelles qu’il veut assouvir à tout prix. Ce qui conduit à un acte sexuel avec ou sans pénétration, avec obligation et souvent violence. Le plus souvent, les hommes se défendent pour dire que ce sont les femmes ou les filles elles-mêmes qui les provoquent.
Mais cet alibi peut être remis en question si on prend l’exemple des pédophiles, ces hommes qui violent des filles / enfants.

Comment un homme sain d’esprit peut-il être attiré par un enfant ?

Mais il faut oser le dire. Il y a quand même lieu de se poser la question sur la négligence pour ne pas dire, la responsabilité des femmes. Même si rien ne justifie le viol. Comme le disait Thomas Carlyle « Il n’y a qu’un seul temple dans l’univers… c’est le corps humain. »

Je me suis toujours sentie en accord avec cette phrase. Mais après plusieurs années, et au vu de tous ces démentis, j’en viens à me demander si le temple ne serait pas plutôt le corps de l’homme –celui avec un petit h.…

Le corps de la femme est-il toujours considéré comme un temple ?

Comment en sommes-nous arrivés là, surtout avec cette tendance à minimiser ou à banaliser le viol ?

Je pense que le problème de la société sénégalaise, par rapport au viol, est lié à un problème de compréhension de la part du violeur. En premier lieu, les hommes comme les femmes et surtout les enfants, doivent connaitre la définition de ce mot. Le viol est un « acte par lequel une personne en force une autre à avoir des relations sexuelles avec elle, par violence. »

De cette définition, il faut retenir aussi que, même si la femme est consentante au début, dès qu’elle affirme son opposition et que l’homme la force, il y a viol. Malheureusement, le viol est banalisé. Mais à ce propos, je pense que les violeurs ne connaissent pas réellement les risques qu’ils encourent en passant à l’acte.

Les viols ont toujours existé dans la société sénégalaise. Le « soutoura» prôné a toujours fait que des cas étaient rarement médiatisés.
Maintenant que la médiatisation est plus facile avec les réseaux sociaux qui accélèrent et facilitent le partage des informations et surtout, des faits divers, le viol est plus banalisé depuis les événements de mars 2021.

N’est-ce pas là un mépris du corps de la femme si on prend l’exemple des propos soutenus par la présidente du comité d’organisation du Concours Miss Sénégal ?

C’est un mépris du corps de la femme, et un mépris de son propre corps en tant que femme. C’est comme si les victimes de viol avaient le choix. Ces propos, venant d’une femme et peut-être même d’une maman, sont une insulte à ces nombreuses victimes de viols, dont des mineurs et des malades mentales qui souffrent en silence. Il y a de quoi s’étonner.

La réaction de cette dame est irresponsable et choquante. L’Etat doit agir. Quitte à ouvrir une enquête et, si nécessaire, suspendre provisoirement cette organisation « Miss Sénégal ».

Au-delà de cet écart de langage, pourquoi les gens sont-ils aujourd’hui à l’aise dans l’apologie du viol ?

Il y a, comme dit plus haut, une méconnaissance de la loi. En effet, le viol constitue un crime, une monstruosité qui est combattue dans le monde entier. Récemment, au Sénégal, il a fait l’objet d’un renforcement des sanctions pénales par sa criminalisation à travers la loi du 10 janvier 2020. De la même manière, l’apologie du viol devrait être sévèrement punie. La criminalisation est une bonne stratégie, mais il manque la vulgarisation de la loi.

En effet, si les violeurs savent ce qu’ils risquent en passant à l’acte, ils ne le feraient pas. Il faut également beaucoup de sensibilisation à l’égard des victimes et possibles victimes, surtout les inciter à la dénonciation avant qu’il ne soit trop tard.





Le Témoin


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