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Pauline Mvélé Nambané : caméra en main, poing levé

Du VIH aux violences faites aux femmes, la documentariste gabonaise d’adoption filme les angles morts des sociétés africaines. Son film « Mivova Yato » a été primé en 2023 et 2024.

Rédigé par leral.net le Lundi 31 Août 2026 à 09:00 | | 0 commentaire(s)|

Pauline Mvélé Nambané a reçu en 2023 le Prix Amazon du Festival international itinérant « Allons au cinéma » pour « Mivova Yato », puis une mention spéciale du jury au festival Écrans Noirs en 2024. Née en 1969 à Abidjan et installée au Gabon, la réalisatrice a bâti une œuvre documentaire entièrement tournée vers les invisibles.


De Ouagadougou à Libreville, la fabrique d’un regard

Pauline Mvélé Nambané, réalisatrice de documentaires installée au Gabon.
Pauline Mvélé Nambané, réalisatrice de documentaires installée au Gabon.
Née en 1969 à Abidjan, Pauline Mvélé grandit dans un continent en mutation. Ses pas la mènent à Ouagadougou, où elle obtient une maîtrise en sciences de l’information et de la communication, spécialisée dans la communication pour le développement.

Une formation discrète, mais décisive : s’y dessine déjà sa volonté de faire bouger les lignes, au plus près du terrain.

Installée au Gabon après son mariage, elle devient journaliste, notamment pour le magazine Amina.

« Accroche-toi ! », briser le tabou du VIH

C’est la lutte contre le VIH/sida qui déclenche en elle le besoin d’aller plus loin. En 2009, avec « Accroche-toi ! », son premier documentaire, elle suit cinq femmes séropositives au Gabon.

Le film brise le tabou, bouscule les préjugés et rend visible l’invisible. Une œuvre frontale, humaine, urgente, qui annonce le ton de toute sa filmographie.

Filmer pour rendre justice

À partir de là, sa filmographie devient un manifeste. En 2011, elle dénonce les spoliations des veuves dans « Non coupables ! ». En 2014, elle expose la réalité du système carcéral gabonais dans « Sans famille », couronné du Prix du meilleur documentaire au FESTICAB, au Burundi.

La même année, Canal+ Afrique l’invite à participer au projet « L’Afrique au féminin », où elle signe « The Best », portrait de Yoan Anguillet, jeune prodige du digital revenu bâtir au pays.

En 2020, elle frappe fort avec « Elias », œuvre poignante sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Deux ans plus tard, avec « Chez Francis », tourné aux Ateliers Varan à Paris, elle offre un regard tendre sur les aînés isolés.

« Mivova Yato », l’œuvre-charnière

En 2022, « Mivova Yato » s’impose comme une œuvre-charnière, portée par des récits de femmes victimes de violences basées sur le genre.

Le film fait le tour des festivals : Prix Amazon du Festival international itinérant « Allons au cinéma » en 2023, sélection officielle au Festival international des films de femmes de Cotonou en 2024, mention spéciale du jury au festival Écrans Noirs la même année.

Il assoit définitivement sa stature panafricaine.

Réseaux, festivals et transmission

Son cinéma est celui des marges, des luttes et des espoirs. Elle cofonde le Réseau des documentaristes d’Afrique centrale (Rédoac), qu’elle copréside, et dirige de 2015 à 2017 le festival Escales Documentaires de Libreville.

Elle est régulièrement invitée dans les jurys : Escales documentaires de La Rochelle en 2015, Écrans Noirs de Yaoundé en 2016, Urusaro International Women Film Festival en 2018, Bangui fait son cinéma en 2021.

En 2024, elle fonde le Festival International Cinéma et Liberté, espace d’expression pour les voix marginalisées. La même année, elle est distinguée aux DigieWomen Awards comme Femme digitale de l’année et Femme digitale dans le cinéma.

Une artiste des possibles

Pauline Mvélé n’est pas de celles qui s’arrêtent. En 2023, elle est sélectionnée au Yaoundé Film Lab pour « Tatayo », avant d’enchaîner en 2024 avec « Karsamba », hommage au pasteur Adama Ouédraogo, et un documentaire retraçant les 175 ans des Sœurs de l’Immaculée Conception du Gabon.

En parallèle, elle multiplie les projets : libraire avec Le Paraclet, agricultrice par choix.

Elle prépare aujourd’hui « Le Nganga blanc », plongée dans l’univers spirituel du Bwiti à travers le parcours de Hugues Obiang Poitevin, un Français initié depuis quarante ans. Le projet a été primé dès 2017 au FESPACO.

Un cinéma qui éveille, qui dérange, qui élève

Chez elle, l’acte de filmer est un acte politique. Pour elle, le documentaire n’est pas un miroir mais une loupe : il grossit les douleurs muettes et met à nu les structures oppressives.

Membre fondatrice du réseau Femme lève-toi, elle est aussi à l’origine de l’association Espoir pour les enfants et de Gabon Ciné Doc.

Film après film, elle tisse l’étoffe d’un cinéma d’utilité publique. Un cinéma qui dérange. Un cinéma qui élève.