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Présidentielle 2024: Ça risque de se jouer sans les femmes

La démocratie sénégalaise ne parvient pas encore à faire suffisamment de place aux femmes à la présidentielle. Le contrôle des parrainages se poursuit encore, mais l’élimination d’Aminata Assome Diatta et la dernière chance trop mince offerte à Rose Wardini, fait craindre le pire et risque de confirmer l’hégémonie des hommes sur le champ politique.


Rédigé par leral.net le Mercredi 3 Janvier 2024 à 15:48 | | 0 commentaire(s)|

Présidentielle 2024: Ça risque de se jouer sans les femmes
A voir le déroulé du contrôle des parrainages effectué par le Conseil constitutionnel, il y a de quoi craindre pour les femmes candidates. Deux femmes sont déjà éliminées. Il s’agit de l’ancienne ministre du Commerce, Aminata Assome Diatta, récente fondatrice du Parti pour le procès social et collectif (PSC). Il lui est reproché d’avoir des parrainages invisibles sur le fichier électoral.

Pourtant, le mardi 26 décembre dernier, c’est elle-même, Aminata Assome Diatta, qui a annoncé sur sa page Facebook, avoir déposé, au Conseil constitutionnel, la candidature de sa coalition par le biais de son mandataire Mame Amdou Faye et le représentant national Harouna Ndiaye. « Ensemble, nous inaugurons un chapitre décisif pour la transformation du Sénégal. J'exprime ma profonde reconnaissance envers les membres dévoués de la coalition PSC Jappo, ainsi qu'envers nos militants et sympathisants », écrivait-elle.

Madame Aminata Assome Diatta était, alors, loin de s’imaginer qu’elle allait être recalée. Mme Rose Wardini a eu plus de chance. Son dossier a été validé par le Conseil constitutionnel, mais « il y a des détails à retenir (…). C’est une question de petit nombre de doublons externes. Nous avons un bref délai de 48h pour régler ce détail », a fait savoir Mme Wardini, sans donner de précision. Il reste encore des femmes dans la file du contrôle des parrainages.

D'après le journal "Point Actu", l’ancienne Première ministre Aminata Touré, Anta Babacar Ngom du mouvement ARC, le professeur Amsatou Sow Sidibé de Car/Lenen et Mme Aïssatou Mbodji. Elles sont au total six femmes, à avoir déposé au Conseil constitutionnel leur dossier de candidature, mais des appréhensions fleurissent déjà sur leur capacité à franchir l’étape du contrôle des parrainages. En vérité, nombre d’entre elles souffrent d’être dépourvues d’appareil politique, suffisamment présent sur l’étendue du territoire.

Pr. Amsatou Sow Sidibé, doyenne des candidates, pour avoir participé à la présidentielle de 2012, a certes, un appareil politique. Mais, en 2012, elle n’a même pas atteint le cap le cap des 1% des suffrages valablement exprimés. La PM Aminata Touré n’a pas de parti politique. Elle s’appuie sur un mouvement porté sur les fonts baptismaux juste après la déconvenue dont elle a été victime à l’installation du bureau du parlement, juste après les Législatives de juillet 2022.

Tête de liste de Benno Bokk Yakaar, Aminata Touré avait eu la promesse du chef de l’Etat d’hériter du perchoir. Macky Sall s’est ravisé en pleine séance d’installation, provoquant une énorme déception chez Aminata Touré. Forte d’un long militantisme politique entamé dans la gauche, elle a également l’avantage d’avoir été tête de liste de BBY. Tout cela suffit-il pour s’assurer d’avoir une assise nationale ?

Difficile de répondre à la question même si Mimi Touré est largement connue. Son passage au ministère de la Justice avait accru sa célébrité, en raison de l’affaire Karim Wade. Son tour au contrôle des parrainages est attendu, tout comme celle d’une dame comme Aïssatou Mbodji. Cette dernière, surnommée la « Lionne du Baol » pour son engagement politique déterminé et son refus de rallier le camp présidentiel, a plutôt un And Saxal Liggeey, créé en 2014.

C’est en juillet qu’Aminata Mbodji a déclaré sa candidature. Ancien ministre de la République, présidente du Conseil départemental de Bambey, ancien maire et député à l’Assemblée nationale, Aïda Mbodj a une forte expérience politique et électorale. Son appartenance à Yewwi Askan Wi et sa forte proximité avec Ousmane Sonko, fait d’elle une figure emblématique de l’opposition incarnée par les femmes. Personne ne sait si elle passera le cap des parrainages.

Il en est ainsi de la benjamine de la classe politique, Anta Babacar Ngom du mouvement ARC. Fille du célèbre entrepreneur Babacar Ngom qui a fait fortune dans l’aviculture, Anta Babacar Ngom a démarré assez tôt son contact avec l’intérieur du pays. Si elle valide ses parrainages, elle marquera un coup dans les esprits, notamment pour avoir osé se lancer dans une compétition où l’hégémonie des hommes est sans partage. Qui vont ou va sauver la face ?

Il ne reste plus que quelques petits jours pour en être édifié. Mais d’ores et déjà, il faut remarquer que les femmes engagées en politique, veulent le plus souvent faire usage de raccourcis pour atteindre leur objectif. Très peu de femmes ont un parti politique. Ce sera sûrement la grande leçon à tirer, pour nombre d’entre elles, de cette présidentielle. L’autre leçon qui découle de cette probable faible représentation des femmes à la présidentielle, est que le leadership construit dans la société civile, est loin de suffire pour triompher dans le champ politique.

Ousmane Wade