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Quand la crise dépasse l'école : clarifier les responsabilités pour préserver l'avenir éducatif du Gabon

Rédigé par leral.net le Mardi 13 Janvier 2026 à 05:56 | | 0 commentaire(s)|

Le secteur de l'éducation gabonaise traverse une période de fortes tensions, souvent qualifiée de “crise”. Mais encore faut-il s'entendre sur la nature réelle de cette crise, sur ses causes profondes et sur les responsabilités qu'elle engage. Car mal nommer une situation, c'est s'exposer à de mauvaises réponses. Or, l'école façonne le Gabon de demain ; elle mérite donc une analyse lucide, rigoureuse et politiquement responsable.
Les revendications actuellement exprimées par les (...)

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Le secteur de l'éducation gabonaise traverse une période de fortes tensions, souvent qualifiée de “crise”. Mais encore faut-il s'entendre sur la nature réelle de cette crise, sur ses causes profondes et sur les responsabilités qu'elle engage. Car mal nommer une situation, c'est s'exposer à de mauvaises réponses. Or, l'école façonne le Gabon de demain ; elle mérite donc une analyse lucide, rigoureuse et politiquement responsable.

Les revendications actuellement exprimées par les personnels de l'éducation portent, pour une large part, sur des questions de gestion administrative, statutaire et financière : intégrations à la fonction publique, avancements, rappels de solde, primes et régularisation de carrières. Ces leviers relèvent principalement des compétences du ministère en charge de la Fonction publique et de celui du Budget et des Finances. À ce titre, il serait intellectuellement impropre de présenter cette situation comme une défaillance intrinsèque du ministère de l'Éducation ou comme une crise pédagogique au sens strict.

Pour autant, peut-on affirmer qu'il n'y a pas de crise dans le secteur de l'éducation ? La réponse est non. Il existe bien une crise, mais une crise de gouvernance publique à impact éducatif. Lorsque des dysfonctionnements intersectoriels perturbent durablement le fonctionnement des établissements, affectent le climat scolaire et fragilisent la motivation des enseignants, leurs effets deviennent pleinement éducatifs. L'école n'est pas à l'origine de ces blocages, mais elle en subit les conséquences les plus visibles.

Cette situation met en lumière une faiblesse structurelle récurrente : l'insuffisance de coordination entre politiques éducatives, politiques de gestion des ressources humaines de l'État et arbitrages budgétaires. Une réforme éducative ne peut produire ses effets que si elle est adossée à un cadre administratif et financier stable, prévisible et cohérent. À défaut, les meilleures orientations pédagogiques se heurtent à des réalités de terrain qui les neutralisent. Ce décalage n'est pas technique ; il est stratégique.

Dès lors, la responsabilité est collective. Elle incombe d'abord à l'État, dans sa globalité, appelé à renforcer la cohérence de son action publique. Le ministère de l'Éducation ne peut porter seul le poids de dysfonctionnements qui relèvent de chaînes décisionnelles transversales.

Le ministère de la Fonction publique est interpellé sur la fluidité et la fiabilité de la gestion des carrières. Le ministère en charge du Budget et des Finances l'est sur la sincérité des programmations, la soutenabilité des engagements et la lisibilité des calendriers de paiement. C'est dans l'articulation de ces responsabilités que se joue la stabilité du système éducatif.

Le dialogue social, dans ce contexte, doit dépasser la logique de gestion de crise. Il doit devenir un instrument stratégique de régulation, fondé sur des engagements réalistes, mesurables et suivis dans le temps. La confiance ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence entre la parole publique et l'action administrative. Clarifier ce qui relève de chaque acteur, expliciter les contraintes réelles et partager les trajectoires de sortie de crise constituent des préalables indispensables.

Enfin, il convient de rappeler une vérité fondamentale : l'école n'est pas un secteur parmi d'autres. Elle est le socle sur lequel repose la formation du capital humain, la cohésion sociale et la crédibilité du projet national. Fragiliser durablement l'école par des incohérences de gouvernance, c'est hypothéquer l'avenir du Gabon. À l'inverse, faire de cette séquence une opportunité de réforme transversale, fondée sur la planification, la coordination et le sens de l'intérêt général, serait un acte politique majeur.

La clarification des responsabilités n'est pas un exercice de désignation des fautes, mais une condition de la reconstruction de la confiance. Le Gabon que nous voulons bâtir commence dans l'école que nous sommes capables de gouverner collectivement, avec rigueur, méthode et vision.

Eugène-Boris ELIBIYO,
Planificateur des systèmes éducatifs et
Conseiller en politiques éducatives.



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/education/articl...