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Quinze ans de collaboration, ma part de Sidy… (Par Ibrahima ANNE de WalfQuotidien)


Rédigé par leral.net le Jeudi 6 Décembre 2018 à 14:00 | | 0 commentaire(s)|

Chacun des employés de Walf a sa part de Sidy, peut-être plus remplie que la nôtre, qu’il peut écrire sur des pages entières. Moi, je n’ai pas résisté à cette envie qui me démange de conter la mienne.

Sidy Lamine, mon destin a croisé le sien en mai 2003. Frais émoulu de l’Université, passionné comme il n’est pas permis de l’être pour le journalisme, j’entreprends, sans illusion aucune, de «tâter» le terrain du côté de Sacré-Cœur, sur les conseils d’un ami.

Par l’entregent de Abou Abel Thiam, ancien de la boîte, parti monnayer ses talents à Jeune Afrique, je fus introduit par ce dernier auprès d’Abdourahmane Camara dit Camou (Directeur de publication) et Jean Meissa Diop (Rédacteur en chef).

La rédaction de Walf venait d’être dégarnie par le départ massif d’anciens collaborateurs partis créer le journal Le Quotidien. Comme on reconnait le maçon au pied du mur, les «chefs», comme nous de la plèbe, on les appelait, me demandèrent de produire quelque chose qui pourrait les convaincre de ce que j’ai dans le crâne. La copie remise, ils s’enferment à double tour dans un bureau.

Comme un candidat au bac attendant les délibérations, je suis anxieux à l’idée de perdre cette chance de ma vie. Me voilà assis dans le couloir à observer les allées et venues de mes futurs collègues. Avec leurs «dégagements», Johnson Mbengue (actuel chargé de communication à l’Apix) et Cheikh Mbacké Guissé (Dirpub de Libération) sont les plus visibles.

Je sus, plus tard, que c’étaient aussi les plus turbulents. Fumeurs invétérés, ils sortent, de temps à autre, griller une clope. Le «jury» délibère et me déclare admis à occuper un poste de pigiste. Me voilà intégré dans la grande famille de Walf.

Le lendemain, en venant au travail, je croise, pour la première fois de ma vie, cet homme que je n’ai vu qu’à travers la lucarne mais que je n’ai aucune peine à reconnaître. Parce qu’il ne m’avait pas vu passer, le vigile me rattrape et me somme de décliner mon identité et l’objet de ma visite. Je l’informe que je viens de démarrer à WalfQuotidien. Il n’est pas convaincu.

De la voix posée qu’on lui connaît, le Pdg de Walf lui demande d’appeler Jean Meissa sur son interphone pour s’assurer du fait que je suis une nouvelle recrue dans la maison. Affirmatif ! J’obtiens définitivement mon laisser-passer. Je plonge dans le boulot, fier d’exercer ce dont j’ai toujours rêvé. Puis, d’illustre inconnu, je gravis les échelons : pigiste, puis reporter avec, à la clef, un contrat à durée indéterminée (Cdi), chef de desk et enfin, rédacteur en chef. Le tout, après le Bon Dieu, par la grâce d’un homme : Sidy Lamine.

«Ibrahima, toi, tu es juriste…», aimait-il répéter. L’apprenti-juriste que j’étais s’en trouvait flatté. Mais, plus qu’une flagornerie, il s’agissait de fouetter notre ardeur au travail. Avec la complicité de nos supérieurs, Sidy nous a aidés à gravir toutes les marches de la profession. Il nous a mis le pied à l’étrier, nous en demandant toujours davantage, convaincu qu’il était que nous avions un potentiel à éclore. Il aimait les bonnes initiatives et ne lésinait pas sur les moyens pour les matérialiser.

Quand, vers 2009, nous lui fîmes part de notre volonté de faire un spécial 5000e numéro, son enthousiasme, il ne pouvait le contenir. «Dites-moi le budget et le rôle que je pourrai jouer dans la réalisation de ce numéro», dit-il simplement. Et il en fut ainsi. Notre projet de budget, il le finança jusqu’au dernier centime sans murmures ni reproches.

La vie, c’est aussi des hauts et des bas. Et qui aime bien châtie bien, dit l’adage. Sidy savait bien user de la carotte pour récompenser les talentueux mais, également, du bâton pour sanctionner. Nous-mêmes, mon adjoint, Mbagnick Ngom, et moi, eûmes notre tour chez le coiffeur. Lui, affecté à Thiès et moi, à Louga. Ce qui m’aura marqué, c’est que, pendant que je «purgeais» ma peine, Sidy me proposa, à ma grande surprise, un pèlerinage à la Mecque.

Ce dont Cheikh Mbacké Fall alias «Fall Aragon» -il me pardonnera cette indélicatesse- chargé du personnel, peut témoigner. Mais, le destin n’en a pas voulu. Teigneux comme il est, Sidy revint à la charge les années suivantes. Sans succès, pour des contraintes indépendantes de sa volonté. Ce dont je suis sûr, c’est que Sidy a voulu, coûte que coûte, que j’accomplisse le cinquième pilier de l’Islam et en classe Vip s’il vous plaît, dans la catégorie «Invités du Roi».

Et il m’a expliqué pourquoi. Comme il fit aussi appel à nous pour une mission en Algérie.

La dernière fois que je l’ai vu, c’était dans son bureau, en réunion de coordination, avec les autres responsables. Il s’agissait de réfléchir sur les dispositions pratiques pour la couverture du Maouloud. Quand on était entre nous, on se payait sa tête en disant que « Sidy aime trop les réunions». Mais, cette fois, contrairement au Magal, il a faussé nos prédictions en ne convoquant qu’une seule rencontre sur l’événement. Il n’y a eu, en effet, pas de débriefing comme il aimait à en faire pour évaluer.

Mais, dans mes intuitions les plus pessimistes, je ne savais pas que cette entrevue allait être la dernière avec Sidy.

Le mardi 4 décembre, confortablement installé devant mon café, je reçois un appel de Charles Gaïky Diène. «Tu es au courant de la nouvelle ?», me demande-t-il. Et moi de lui répliquer : «Quelle nouvelle ?». Lui : « Le décès de Sidy.» Je n’en fus que bouche-bée. Mon premier réflexe a été de joindre Camou. Impossible parce qu’il est toujours en communication. Incrédule, je veux faire tout à la fois : regarder la télé, écouter la radio et lire les sites internet. Un coup de fil de Seyni Diop me convainc de cette évidence que je voulais chasser. Sidy Lamine est parti. Sur la pointe des pieds.





Ibrahima ANNE
(WalfQuotidien)