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Régulation des réseaux sociaux et économie des créateurs de contenus au Gabon

Rédigé par leral.net le Mercredi 8 Avril 2026 à 19:29 | | 0 commentaire(s)|

La suspension des réseaux au Gabon a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Le gouvernement va procéder à des réformes pour les réguler. Justine Judith Lekogo, Députée à l'Assemblée nationale, Vice-présidente de la Commission des Finances estime qu'il est indispensable que l'État prenne ses responsabilités pour encadrer leur usage, protéger les citoyens contre les abus, lutter contre la diffamation et prévenir les dérives liées à la désinformation.
Madame la députée Justine Judith (...)

- COMMUNICATION /

La suspension des réseaux au Gabon a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Le gouvernement va procéder à des réformes pour les réguler. Justine Judith Lekogo, Députée à l'Assemblée nationale, Vice-présidente de la Commission des Finances estime qu'il est indispensable que l'État prenne ses responsabilités pour encadrer leur usage, protéger les citoyens contre les abus, lutter contre la diffamation et prévenir les dérives liées à la désinformation.

Madame la députée Justine Judith Lekogo, le Gabon a récemment renforcé la réglementation de l'usage des réseaux sociaux. En tant que représentante de la nation et vice-présidente de la Commission des Finances, considérez-vous cette réforme comme une avancée pour notre pays ?

Justine Judith Lekogo

En ma qualité de députée élue de la nation, je considère effectivement que cette réforme constitue une avancée importante et nécessaire. Les réseaux sociaux occupent aujourd'hui une place centrale dans nos sociétés ; ils ne sont plus de simples espaces de divertissement, mais de véritables outils d'influence, d'information et parfois de déstabilisation.

Il était donc indispensable que l'État prenne ses responsabilités pour encadrer leur usage, protéger les citoyens contre les abus, lutter contre la diffamation et prévenir les dérives liées à la désinformation. Sur le plan sécuritaire et éthique, cette réglementation répond à une exigence légitime de protection de l'espace public numérique.

Cependant, vous semblez porter un regard critique sur certains aspects de cette réforme. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Justine Judith Lekogo

En effet, mon rôle de parlementaire ne se limite pas à soutenir les réformes, mais aussi à en analyser les limites afin de les améliorer. Et dans ce cas précis, je constate qu'un élément fondamental a été insuffisamment pris en compte : la dimension économique.

Aujourd'hui, nous reconnaissons officiellement les créateurs de contenu comme des professionnels du numérique, ce qui constitue une avancée significative. Mais dans les faits, ces mêmes créateurs ne disposent pas des moyens économiques nécessaires pour exercer pleinement cette activité. Leurs comptes ne sont pas monétisés, leurs revenus restent inexistants ou informels, et cela pose une question essentielle de cohérence. Peut-on réellement parler de professionnalisation sans possibilité de rémunération ?

Comment expliquez-vous cette absence de monétisation pour les créateurs gabonais ?

Justine Judith Lekogo

Il est important de préciser que cette situation ne relève pas uniquement du cadre juridique national. Elle est également liée aux politiques des grandes plateformes internationales telles que TikTok, YouTube ou Meta, qui n'ont pas encore pleinement intégré le Gabon dans leurs systèmes de monétisation.

Concrètement, cela signifie qu'un jeune gabonais peut produire du contenu de qualité, générer des milliers, voire des millions de vues, sans percevoir de revenus en retour. Cette réalité crée une frustration légitime et révèle un déséquilibre profond entre le potentiel numérique de notre jeunesse et les opportunités qui lui sont réellement offertes.

Peut-on dire, dans ce cas, que la loi est incomplète ?

Justine Judith Lekogo

Je dirais plutôt qu'elle est déséquilibrée dans sa conception actuelle. Elle met l'accent sur la responsabilisation des acteurs, ce qui est nécessaire, mais elle ne crée pas encore les conditions de leur autonomisation économique.

Nous avons aujourd'hui un cadre qui impose des obligations, qui fixe des règles et qui prévoit des sanctions, mais qui ne s'accompagne pas d'un véritable projet économique pour le secteur du numérique. Or, en tant que législateurs, notre responsabilité est aussi d'anticiper les effets économiques des réformes que nous adoptons.

Quelles sont, selon vous, les conséquences concrètes de cette situation ?

Justine Judith Lekogo

Les conséquences sont multiples et préoccupantes. D'abord, il y a une forme d'injustice pour les jeunes créateurs, qui investissent du temps, de l'énergie et du talent sans en tirer de revenus.

Ensuite, nous assistons à une fuite des talents, certains créateurs étant contraints d'ouvrir des comptes à l'étranger ou de s'expatrier pour bénéficier de conditions plus favorables.

Enfin, cette situation favorise le développement d'une économie informelle, marquée par des partenariats non déclarés, une absence de transparence et un manque à gagner pour l'État.

À terme, cela affaiblit à la fois notre économie numérique et notre capacité à structurer ce secteur de manière durable.

Face à ce constat, quelles solutions proposez-vous en tant que députée ?

Justine Judith Lekogo

En tant que représentante de la nation, je considère qu'il est de notre devoir d'accompagner cette réforme par une véritable stratégie économique.

Cela passe d'abord par un dialogue constructif avec les grandes plateformes internationales afin de permettre au Gabon d'accéder aux programmes de monétisation. Ensuite, il est essentiel de développer un écosystème local en encourageant les entreprises à collaborer avec les créateurs et en structurant le marché de la publicité digitale.

Il convient également de mettre en place un statut fiscal clair et adapté pour les créateurs de contenu, afin de formaliser leurs activités et sécuriser leurs revenus. Enfin, l'État doit investir dans la jeunesse numérique, notamment à travers la création d'un fonds de soutien dédié à la création digitale.

Quel message souhaitez-vous adresser au gouvernement ?

Justine Judith Lekogo

Le message que je porte est un message de responsabilité et de cohérence. Nous ne pouvons pas demander aux jeunes d'être responsables, structurés et professionnels, sans leur donner les moyens de réussir.

Le numérique représente une opportunité majeure pour notre pays, en particulier en matière d'emploi et d'innovation. Il est donc essentiel d'aller au bout de la démarche en conciliant régulation et développement économique.

Et quel message adressez-vous aux jeunes créateurs gabonais ?

Justine Judith Lekogo

Je souhaite leur dire qu'ils sont pleinement légitimes dans leurs ambitions. Leur travail a de la valeur et mérite d'être reconnu.

Je les encourage à se structurer, à professionnaliser leurs activités et à adopter une démarche responsable. Mais je les invite également à faire entendre leur voix, car ils sont les premiers concernés par ces enjeux.

Le développement du numérique au Gabon doit se construire avec eux et pour eux.

Un dernier mot, Madame la députée ?

Justine Judith Lekogo

Je dirais simplement ceci : le Gabon ne doit pas se contenter d'encadrer les réseaux sociaux. Nous devons en faire un véritable levier de croissance, de création d'emplois et d'opportunités pour notre jeunesse.

C'est à cette condition que la réforme prendra tout son sens et produira des résultats durables pour notre pays.

Propos recueillis par MT/LJ



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/communication/ar...