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SERIGNE SAM MBAYE, L’ENCYCLOPEDIE MOURIDE

Cheikh Ahmadou Bamba a laissé, à travers sa vie et ses écrits, un trésor spirituel inestimable, à la confrérie mouride en particulier, et à l’humanité en général. et parmi les disciples qui ont œuvré à faire connaître la dimension de la pensée mouride, Serigne Sam Mbaye occupe incontestablement une place de choix. son savoir, sa rigueur intellectuelle et sa vie d’ascète ont indéniablement contribué à propager les enseignements du Cheikh.


Rédigé par leral.net le Samedi 26 Mai 2018 à 13:59 | | 0 commentaire(s)|



«Mes écrits sont mes miracles», avait dit le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba à ses disciples. Donc l’apprentissage et la transmission de son message devraient être le credo de tout disciple mouride. Et Serigne Sam Mbaye fait partie de ceux qui ont compris très tôt cet appel au savoir. Né en 1922 à Louga, Serigne Saam est le fils de Sokhna Fatou Thiam et de Mame Cheikh Ahmadoul Kabir Mbaye (savant et érudit de haut rang). Son vrai nom est Serigne Mame Mor Diarra Mbaye et il est l’homonyme du frère ainé de Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba. Il serait venu au monde au lendemain du rappel à Dieu de Mame El Hadj Malick SY (RTA) et de son homonyme Serigne Mame Mor Diarra Mbacké en 1921.

Très jeune, il s’est distingué des autres et son père qui était un grand érudit affirmait : «Il est certes très jeune, mais sachez que c’est un érudit». Et tous ceux qui ont eu à le côtoyer durant sa vie savent avec pertinence qu’il dépassait de loin sa génération. Un dépassement perceptible à travers la profondeur de ses pensées, le niveau élevé de ses connaissances les plus pointues, sa grande ouverture d’esprit et surtout son accessibilité bienveillante, eu égard à son rang élevé parmi les Saints, et à un emploi du temps très corsé. Cela ne saurait surprendre, si on remonte le fil de l’histoire avec une descendance qui le relie à Seydina Aboubacar Sadikh, fidèle compagnon du Prophète (PSL) et premier Calife de Islam. Sa quête perpétuelle de connaissances l’a conduit vers divers horizons. De Coki à la Tunisie, en passant par Saint-Louis, la Mauritanie et l’Algérie. D’ailleurs, son ancien maître à Coki, Serigne Modou Sakhir Lo, lui a dédié un poème pour magnifier son intelligence.

CONFERENCIER HORS PAIR ET ASCETE RECONNU

«Si Serigne Saam était d’une autre nationalité, il aurait déjà fait l’objet de nombreuses publications, à l’instar des Hassane El Banna et autres», soutenait le sociologue Abadallah Cissé dans une récente publication. Selon Dr Cissé, «les grandes figures de l’Islam en Afrique sont la plupart du temps d’une importance capitale. Et pourtant elles demeurent insuffisamment connues. Cela s’explique par le fait qu’une grande partie d’entre elles avait préféré cacher leur gloire spirituelle et sociale». Mais s’il a caché ses bienfaits spirituels, sa dimension académique a fait l’unanimité au sein des cercles de savants. Serigne Saam était dépositaire d’immenses formes de connaissances religieuses dans des domaines aussi complexes que le «Nahu» la Grammaire Arabe, le «Fikh» la Jurisprudence Islamique, le «Tawhid» l’Unicité ou la Théologie musulmane, le «Tassawouf» le Soufisme ou encore le «Tarikh» l’Histoire. Ces domaines, notamment le «Tassawouf», étaient peu explorés au Sénégal par les intellectuels musulmans de l’époque. Et il fallait avoir quelqu’un de la trempe de Baay Saam pour ressortir l’essence réelle des rares écrits qui existaient dans ce sens. C’est pourquoi, Dr Cissé souligne que si «le Tassawouf a connu aujourd’hui cet essor au Sénégal, le travail remarquable de Baay Saam en est pour quelque chose». Serigne Sam Mbaye, qui avait su dépasser les clivages confré- riques, a commencé ses causeries sur la véranda de sa maison. La forte affluence notée dans son domicile, chaque année à l’heure de la causerie, l’obligea une fois à délocaliser la conférence hors de la maison, dans un endroit plus spacieux.

De concert avec son grand frère Serigne Ibrahima Mbaye, qui était à l’époque le calife de la famille, ils ont décidé désormais de les tenir sur l’esplanade de la grande mosquée de Mame Cheikh où il animait, jusqu’à son rappel à Dieu en 1998, les conférences dédiées à la nuit du Maouloud. Ses conférences vont le révéler aux yeux du monde, avec ses voyages à travers le globe (Gabon, Italie, France, Etats-Unis, Maroc, Espagne). Et l’une des conférences qui ont le plus renforcé sa communion avec la communauté mouride fut sans nul doute celle qu’il a animée au siège de l’Unesco à Paris en 1979, lors des journées culturelles Cheikh Ahmadou Bamba. Serigne Sam tire sa révérence le 14 Mars 1998, une semaine après avoir animé une conférence à Dépal Mbaye, un village fondé par le frère aîné de son père, Serigne Abdoulaye Mbaye. Ce qui conclut de fort belle manière une vie dédiée au savoir.

Journal l'As