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SUCCES DU CCD BNDE « Covered » 6,50 % 2026-2028 : Un coussin de sécurité significatif


Rédigé par leral.net le Dimanche 26 Juillet 2026 à 14:26 | | 0 commentaire(s)|

En levant 20 milliards de FCFA via un certificat de dépôt « covered » 6,50 % 2026-2028 adossé à une garantie sur-collatéralisée, la Banque Nationale pour le Développement Économique (BNDE) devient la première institution de la zone UEMOA à déployer ce mécanisme sophistiqué, ouvrant la voie à une mobilisation endogène des ressources jamais exploitée.
SUCCES DU CCD BNDE « Covered » 6,50 % 2026-2028 : Un coussin de sécurité significatif
Déjà 20 milliards de FCFA mobilisés dans une première tranche pour un objectif de 50 milliards dans une prochaine étape. C’est dans une ambiance de triomphe mesuré que s'est déroulée, le vendredi 24 juillet 2026, la cérémonie de célébration du succès de l'émission du Certificat de dépôt « covered » 6,50 % 2026-2028, objet de la fierté collective. Au centre de l'événement, la Banque Nationale pour le Développement Économique (BNDE) et son partenaire stratégique, Impaxis Securities, Arrangeur et Chef de file, dirigée par Ababacar Diaw, Administrateur Directeur Général. 

L'objet de la fierté collective ? Une première historique dans l'espace UEMOA : l'émission d'un certificat de dépôt de type covered, une innovation financière qui pourrait redessiner les règles du jeu de la mobilisation des ressources en Afrique de l'Ouest. « Une première dans toute la zone UEMOA, pas seulement au Sénégal », confirme Mamadou Sarr, président du conseil d’administration de la BNDE, devant un parterre d’acteurs de l’écosystème comme François Sène, Directeur National de la BCEAO dont la validation a été décisive.

Au-delà de son caractère innovant, « Cette opération consacre le retour de la confiance envers notre institution », déclare pour sa part le Directeur général de la BNDE, Mamadou Faye. Selon lui, « Cette confiance est la résultante d’une transformation profonde de la BNDE engagée depuis deux ans ».

Pour rappel, la BNDE est détenue à 80 % par l’État du Sénégal, avec comme cœur de métier le financement des entreprises, des collectivités territoriales ainsi que du secteur agricole.
Les 20 milliards mobilisés seront d’ailleurs intégralement consacrés au financement de la campagne agricole 2026, selon les responsables.

« Voir une institution financière nationale réussir à structurer une opération innovante de mobilisation des ressources est pour nous une source de satisfaction », a déclaré Aliou Ndiaye , Secrétaire général du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan  lui-même ancien administrateur de la banque. « Cette opération dépasse le cadre de la BNDE. Elle témoigne de la capacité de nos institutions à innover, à diversifier leur mode de financement et à renforcer leur contribution au développement économique », a-t-il renchéri.

Au-delà de la prouesse technique, l'opération revêt une dimension stratégique. Les fonds levés viendront renforcer la capacité d'intervention de la BNDE, notamment dans le secteur agricole, en complémentarité avec les politiques publiques menées par le ministère de l'Agriculture. L'objectif affiché : financer les chaînes de valeur agricoles, soutenir l'investissement productif et accompagner les entreprises nationales.

Une opération chirurgicale

L'opération repose sur un mécanisme juridique et financier inédit dans la région. Il s'agit d'un titre de créance négociable (TCN) (un certificat de dépôt classique) mais « covered », c'est-à-dire adossé à un pool d'actifs de qualité. Concrètement, la BNDE a mis en garantie additionnelle des titres publics de l'État du Sénégal qu'elle détenait dans ses portefeuilles (OAT, BAT et autres émissions régionales). Ce nantissement d'actifs souverains a permis de rehausser la notation de crédit de l'opération, offrant aux investisseurs une sécurité de « première ordre ».
 
Interrogé sur le risque souverain (que se passerait-il en cas de restructuration de la dette de l'État du Sénégal ?), Ababacar Diaw botte en touche et souligne que « l'émetteur principal est la BNDE, pas l'État. Les titres mis en garantie sont des actifs existants, acquis sur le marché et par conséquent, l'acteur principal reste l'émetteur, la banque », insiste-t-il.

Se faisant plus précis, l’administrateur directeur général de Impaxis Securities architecte de la structuration, explique : « L'investisseur dispose de trois sources de remboursement : La crédibilité intrinsèque de l'émetteur, la BNDE ; un mécanisme de sûreté avec des comptes de rémunération additionnels ; et en troisième ligne, un pool d'actifs de qualité garantie. Cela réduit drastiquement le risque et, mécaniquement, le coût du financement pour l'émetteur. »
 
Ces éléments ont en tout cas fortement pesé sur le vif intérêt suscité par cette opération dont le succès de la souscription est sans appel : 97 % des titres ont été absorbés par des investisseurs institutionnels, la plupart sous prérogative d'intervention, et près du ¼ provient des investisseurs régionaux. Un vote de confiance massif qui confirme, selon le représentant du ministère des Finances, « la maturité et l'ingénierie » du secteur bancaire sénégalais.
 
130% de couverture
 
Le succès de l'opération certificat de dépôt « covered » lancée par la BNDE, ne tient pas seulement au montant levé. Il réside dans la combinaison entre une structure de financement innovante, un niveau de couverture protecteur, une rémunération attractive pour les investisseurs et un risque encadré.

A l’analyse, plusieurs mécanismes expliquent l’attractivité de cette opération structurée par Impaxis Securities.

D’abord la solidité de l'émetteur et la qualité des actifs affectés en couverture.
La sécurité offerte aux souscripteurs repose sur un mécanisme de nantissement particulièrement robuste : les titres publics de l'État du Sénégal apportés en garantie constituent le panier de couverture et représentent 130 % de la valeur nominale des certificats émis.

Concrètement, pour chaque tranche de 100 FCFA de certificats émis, ce ne sont pas 100, mais 130 FCFA de titres souverains sénégalais qui sont mobilisés en collatéral. Ce sur-nantissement crée un coussin de sécurité substantiel, protégeant les investisseurs contre d'éventuelles fluctuations de valeur des actifs sous-jacents et renforçant considérablement la qualité de crédit de l'instrument.

Cette architecture financière permet à la BNDE de transformer des titres publics (déjà considérés comme des actifs de référence sur le marché de l'UEMOA) en un gage de solidité pour ses propres émissions.

Le message envoyé aux marchés est clair : l'investissement dans ce certificat de dépôt bénéficie d'une double garantie, celle de l'émetteur bancaire et celle, indirecte, de la signature souveraine de l'État du Sénégal.
 
Pourquoi ce ratio de 130 % change la donne
 
Dans l'univers des instruments financiers adossés, le ratio de couverture est l'indicateur clé que scrutent les investisseurs avant de s'engager. Un taux de collatéralisation de 130 % dépasse largement les standards minimaux généralement observés sur ce type de structuration, où des ratios de 100 % à 110 % sont souvent la norme.

Cette sur-collatéralisation volontaire de 30 % répond à plusieurs objectifs stratégiques : rassurer les investisseurs sur la capacité de remboursement, même en cas de scénario de stress sur la valorisation des titres nantis ; améliorer la notation implicite de l'instrument financier, facilitant sa souscription par des acteurs institutionnels aux exigences de prudence élevées ; réduire le coût du risque perçu par le marché, ce qui a vraisemblablement contribué à sécuriser un taux de 6,5 % compétitif pour un instrument de cette nature, et qui apparaît comme le résultat d'un équilibre entre rémunération offerte aux investisseurs et maîtrise du coût de financement pour la banque.
 
Le succès de cette première tranche constitue une validation grandeur nature du modèle de structuration choisi par la BNDE. Fort de cette confiance affichée par les marchés, l'institution dispose désormais d'un argumentaire solide pour dérouler les tranches suivantes de son programme de 50 milliards de FCFA.

Coup d’éclat ou nouvelle ère ?

Si le rythme de souscription observé sur ces 20 premiers milliards se confirme, la BNDE pourrait bien achever son programme dans des conditions tout aussi favorables (un signal encourageant) pour l'ensemble de l'écosystème financier sénégalais, qui voit ainsi, dans un contexte économique tendu et un marché financier régional assoiffé de liquidités, émerger des instruments toujours plus sophistiqués, alliant rendement, sécurité et ancrage sur la dette souveraine nationale.

L'innovation pourrait surtout déclencher un effet boule de neige sur l'ensemble de la zone UEMOA. Le marché régional des titres publics génère chaque année près de 12 000 milliards de FCFA d'émissions (OAT, BAT). Les banques et investisseurs institutionnels détiennent des montants colossaux de ces actifs souverains qui, aujourd'hui, « restent largement oisifs dans leurs portefeuilles », confie le Directeur général  de Impaxis Securities.

Par ailleurs, « Nous avons près de 4 000 milliards d'euros de produits de ce type dans le monde, dont plus de 500 milliards rien qu'en France, alors que c'était la première dans tout l'espace UEMOA », souligne Ababacar Diaw selon qui : « Ce schéma de structuration permet de monétiser en partie ces actifs, de sécuriser les investisseurs tout en gagnant. C'est l'effet catalytique de l'ingénierie financière. »

Reste désormais à voir si cette « première » restera un coup d'éclat isolé, ou si elle inaugure une nouvelle ère de mobilisation des ressources endogènes en Afrique de l'Ouest. Les 30 milliards restants du programme de la BNDE, et les potentiels émetteurs qui pourraient emboîter le pas, donneront la réponse dans les mois à venir. Une chose est sûre : le « covered bond » africain vient de naître, et il a déjà trouvé sa voie.
Malick NDAW



Source : https://www.lejecos.com/SUCCES-DU-CCD-BNDE-Covered...

La rédaction