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Sahid Yallou, Directeur général de Ecobank Sénégal, Financement des PMEs : Notre ambition est d’accélérer le rythme et de passer à l’échelle, pour amplifier notre impact


Rédigé par leral.net le Mardi 27 Janvier 2026 à 08:00 | | 0 commentaire(s)|

Quarante ans après la création du Groupe Ecobank au Togo en 1985, le groupe bancaire panafricain s’impose aujourd’hui comme un acteur majeur du secteur financier africain, présent dans 35 pays et une présence internationale à travers Ecobank International à Paris et 3 bureaux de représentation (Londres, Dubaï , Beijing). Au Sénégal, sa filiale joue un rôle central dans la transformation du paysage bancaire, sous l’impulsion de M. Sahid Yallou, Directeur général de Ecobank Sénégal, qui pilote une institution en pleine mutation digitale et stratégique. Dans cet entretien, il revient sur la trajectoire du Groupe, les défis du marché et la vision d’une banque panafricaine, inclusive et tournée vers l’avenir.
Sahid Yallou, Directeur Général de Ecobank Sénégal , Financement des PMEs : Notre ambition est d’accélérer le rythme et passer à l’échelle pour amplifier notre impact.
 
  • Le Groupe Ecobank fête ses 40 ans. Comment se porte aujourd’hui l’institution depuis sa création au Togo en 1985 ?

Merci beaucoup. Permettez-moi d’abord d’exprimer ma gratitude pour l’intérêt que vous portez au groupe Ecobank, qui célèbre cette année ses quarante ans d’existence.
Dès sa création, Ecobank a été conçue pour être une banque véritablement panafricaine, portée par une vision claire d’intégration économique et financière du continent, d’où l’acte fondateur différenciant, qui était la création de la holding en 1985.

Très vite, cette vision s’est traduite par la mise en place de filiales opérationnelles. Quatre décennies plus tard, nous avons démontré qu’il est possible pour des Africains de bâtir une banque solide, fiable et compétitive, capable de rivaliser avec les grandes institutions internationales tout en répondant aux besoins réels de nos économies.

Le Groupe est présent dans 35 pays avec une présence internationale à travers Ecobank International à Paris, et 3 bureaux de représentation (Londres, Dubaï , Beijing).

Cette expansion géographique fait de Ecobank la première banque panafricaine en termes de couverture et même la première au monde avec autant de présence en Afrique.

Notre développement s’est appuyé sur une forte dimension technologique, à travers la création d’un centre d’excellence technologique régional qui connecte toutes nos filiales et constitue une véritable plateforme d’intégration financière africaine.


En résumé, le mandat confié par nos pères fondateurs demeure le même : bâtir une banque panafricaine de classe mondiale, au service du développement et de l’intégration financière de l’Afrique du continent.
 
  • Ecobank Sénégal se positionne comme un acteur de la transformation digitale. Comment la filiale appréhende-t-elle son ambition de leadership digital face aux défis de l’inclusion financière ?

Les 25 années d’existence de Ecobank Sénégal, que nous avons célébrées récemment, ont été marquées par une évolution remarquable. Depuis notre création en 1999, notre objectif a toujours été clair : devenir un acteur majeur de l’économie sénégalaise, en capitalisant sur la force du réseau Ecobank et en traduisant notre ADN panafricain en solutions concrètes pour les acteurs économiques et les communautés.

Pour nous, Africains, Ecobank est la preuve qu’il est possible de trouver des solutions par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

C’est dans cet esprit que nous avons embrassé le digital, il y a une dizaine d’années, pour deux raisons principales : l’inclusion financière et l’efficacité opérationnelle.

Nous avons compris que seule la technologie pouvait nous permettre de réduire les coûts, d’étendre notre portée et de rendre la banque accessible au plus grand nombre.

Nous avons ainsi pris avantage sur la forte pénétration du téléphone mobile et la progression de l’Internet pour repousser les frontières de l’inclusion financière.

Ecobank s’est imposée comme pionnière de la banque digitale au Sénégal, avec le lancement de Ecobank Mobile. Nous avons ensuite enrichi notre offre via des services à valeur ajoutée : Omni plus pour les grandes entreprises (dématérialisation des paiements des grandes entreprises), intégrations host to host,  cartes virtuelles,  paiement de factures via l’application, paiements de masse et bien d’autres fonctionnalités.

En parallèle, nous avons ouvert nos portes aux Fintechs, afin de bâtir des partenariats fructueux et faire évoluer ensemble l’écosystème financier.
Les résultats sont tangibles : à titre illustratif, le paiement des bourses étudiants, qui autrefois engorgeait nos agences, est désormais totalement digitalisé et s’effectue en quelques heures seulement.
 
  • Face à la montée en puissance des Fintechs et des opérateurs mobiles, quelle est la position d’Ecobank Sénégal ? Les considérez-vous comme des concurrents ou comme des partenaires ?

Le monde change, et le secteur bancaire aussi. Nous avons vu de nouveaux acteurs émerger, mais nous ne les considérons pas comme des concurrents.

Notre approche est celle d’un écosystème ouvert, fondé sur la complémentarité.

Les acteurs du mobile money apportent la proximité et l’agilité, tandis que nous, banques, offrons la solidité réglementaire, la sécurité des transactions et l’accès au financement.
Ensemble, nous créons de la valeur pour le client final et renforçons la compétitivité du marché sénégalais.

Aujourd’hui, Ecobank Sénégal est le partenaire bancaire privilégié des Fintechs au Sénégal.
Nous travaillons avec elles dans un esprit de complémentarité, en leur offrant une intégration facilitée, un accompagnement réglementaire et une sécurité renforcée pour cocréer des solutions à valeur ajoutée.

Nous avons à cet effet mis en place une structure organisationnelle dédiée à cette collaboration.
Nous avons certes encore beaucoup de chemin à faire ensemble mais nous sommes satisfaits de la collaboration.
 
  • Ecobank Sénégal met beaucoup d’énergie sur le financement des PME. Comment ajustez-vous vos offres pour soutenir les entreprises locales, moteur de l’emploi ?

Au-delà du digital, le financement des PME est un pilier essentiel de notre stratégie.
Nous y consacrons une attention particulière, car l’avenir économique du Sénégal et de l’Afrique en général dépend largement des PME.

Notre rôle est de trouver des solutions adaptées : structurations de financement, mécanismes d’accompagnement basés sur des partenariats avec les faitières.  
Notre approche va donc va bien au-delà du simple octroi de crédit. Nous considérons que financer une PME, c’est aussi l’accompagner dans son développement, dans sa structuration et dans sa formalisation.

Le financement des PME appelle à relever des défis, notamment la qualité du portefeuille de crédits mais nous avons déjà expérimenté plusieurs dispositifs qui ont donné des résultats encourageants.

Désormais, notre ambition est d’accélérer le rythme, et passer à l’échelle pour amplifier notre impact.

Nous avons des programmes spécifiques d’accompagnement à l’image de Ellever, dédié aux femmes entrepreneures, un programme emblématique de notre engagement pour une croissance inclusive.

En résumé, nous finançons déjà activement les PME.
Notre priorité aujourd’hui est d’intensifier ce mouvement, en nous appuyant sur le digital pour fluidifier les démarches, accélérer la prise de décision et renforcer la proximité avec nos clients.
 
  • La conjoncture bancaire à Dakar semble difficile, avec près de 825 milliards de FCFA de crédits en souffrance. Comment Ecobank gère-t-elle cette situation ?

Le crédit repose avant tout sur la confiance.
Il ne s’agit pas d’être alarmiste : le système bancaire sénégalais reste solide et bien capitalisé.
Mais cette situation doit rappeler l’importance d’un environnement sain et responsable pour favoriser le financement des entreprises locales.

Le marché ne sanctionne pas assez les débiteurs de mauvaise foi. Mon appel s’adresse aussi aux faitières des secteurs et sous-secteurs d’activité pour leur rappeler l’importance de travailler avec le système bancaire afin de trouver des mécanismes permettant de mettre en extrême minorité les acteurs mal intentionnés.

Nous devons collectivement promouvoir un climat de confiance et de responsabilité afin de faciliter le financement de l’économie réelle dominée par les PMEs tout en protégeant les déposants.
 
  • Le Bureau d’Information sur le Crédit (BIC) et le tribunal de commerce ont été mis en place pour renforcer le système financier. Quel regard portez-vous sur leur impact ?

Le BIC a eu un impact positif sur la transparence du marché notamment avec les clients particuliers. Plusieurs initiatives sont en cours pour améliorer son efficacité. De même, la création du tribunal de commerce a été une avancée majeure.
Elle a permis de régler plus rapidement certains litiges, mais son impact pourrait être plus fort avec davantage de moyens humains et matériels.  
 
  • Dans le contexte actuel, quels sont les défis réglementaires et macroéconomiques qui impactent votre stratégie de croissance ? Et comment Ecobank s’organise-t-elle pour y faire face ?

Notre activité est fortement réglementée. Mais nous considérons la réglementation comme un cadre de confiance et un gage de solidité du système dans son ensemble.  De façon générale, il existe un cadre de concertation entre le régulateur et les banques sur les défis posés par la réglementation face à notre réalité économique.
Au niveau macroéconomique, deux défis se détachent :
  • le défi géostratégique et sécuritaire dans la sous-région, dont les impacts se font ressentir sur l’ensemble des pays via la perturbation des corridors économiques.
  • le second défi est lié à la problématique de la dette publique et ses conséquences sur la notation souveraine du pays.
Malgré ce contexte difficile, nous restons confiants : les fondamentaux économiques du Sénégal sont solides et indiscutables. Le franc succès du Forum Invest in Senegal est une illustration du maintien de la confiance des investisseurs.
 
  • Comment jugez-vous le marché financier régional, notamment la BRVM, que certains estiment encore peu profonde ?

La BRVM joue un rôle essentiel dans la diversification des sources de financement puisqu’elle est censée compléter la finance intermédiée largement représentée par les banques et les SFD.   Récemment, le marché des actions à franchi pour la première fois la barre de 13 000 milliards de capitalisation boursière, ce qui est encourageant pour un marché aussi jeune. 
 
Nous avons cependant beaucoup de marge de progression sur le chemin de financement des entreprises : multiplication des compartiments, élargissement de la base d’entreprises cotées, diffusion de la culture boursière au sein du public, développement de nouveaux produits financiers.

Parallèlement, le private equity doit être encouragé et développé pour renforcer l’accès des PMEs notamment les starts up aux investisseurs de la région. C’est désormais unanimement reconnu à travers l’attribution du dernier prix Nobel d’Economie que l’innovation est au cœur de la croissance sur le long terme. Il est donc important d’encourager le développement des starts up qui sont reconnues pour être les principales porteuses d’innovation
 
  • Peut-on s’attendre à une entrée en bourse d’Ecobank Sénégal à moyen terme ?
L’entrée en bourse de Ecobank Sénégal dépend de la décision des actionnaires. Nous aviserons une fois qu’ils auront considéré cette option.  
  • L’interopérabilité des paiements est désormais une réalité dans l’UEMOA. Comment Ecobank garantit-elle une expérience fluide à travers tous les canaux numériques et les différents réseaux ?

L’interopérabilité est une avancée que nous appelions de nos vœux depuis longtemps.
Elle permet des transactions fluides, sécurisées et accessibles à travers tous les réseaux et à tous moments.

Pour Ecobank, cette évolution s’inscrit naturellement dans notre vision panafricaine.
Nous disposons déjà d’une expérience solide dans les paiements transfrontaliers, à travers des solutions comme RapidTransfer, qui facilitent les transferts entre pays africains. De plus, notre application mobile est déjà connue pour faciliter les transactions dans la zone UEMOA.

Pour rappel, nous avons été parmi les premiers à proposer des transferts bank-to-wallet et wallet-to-bank qui sont aujourd’hui généralisés par le système de paiement interopérable.
Nous sommes aussi la banque qui sponsorise le plus les participants de catégorie B, ce qui illustre notre engagement pour un écosystème ouvert.

Ecobank mobile intègre aujourd’hui toutes les fonctionnalités liées à la plateforme régionale PI-SPI, garantissant une expérience fluide et homogène à nos clients dans toute l’UEMOA.
 
Quelle est la position d’Ecobank Sénégal vis-à-vis des technologies de rupture, comme la Blockchain ou l’Intelligence artificielle ?

Ces technologies sont déjà une réalité, et nous les intégrons progressivement à nos processus internes.
Leur utilisation est attendue pour avoir des impacts sur notre capacité de traitement des données, l’analyse, la sécurité et la fiabilisation de nos opérations, de même que la rapidité et la transparence des échanges et différentes contreparties. Mais nous avançons avec discernement, en cohérence avec les bonnes pratiques, l’éthique et la réglementation.  

La technologie ne va pas sans risques. Comment Ecobank gère-t-elle les risques liés à leur utilisation ?

La gestion des risques est au cœur de notre métier et une partie intégrante de notre culture d’entreprise.
Nous disposons d’un centre technologique intégré reliant toutes nos filiales, ce qui nous permet de mutualiser nos capacités de gestion de risque et de sécurité.

La cybersécurité est une priorité stratégique : nous investissons en permanence dans des systèmes et dispositifs de protection avancés ainsi que la formation de nos équipes.
Notre approche est claire : faire de la technologie un levier de confiance et de performance.
 
Quelle est votre vision à long terme, et comment voyez-vous le rôle d’Ecobank dans une économie sénégalaise transformée par les ressources naturelles et la digitalisation ?
 
Nous croyons fermement que la croissance africaine va s’accélérer, et le Sénégal fera partie des piliers
L’exploitation des ressources naturelles, notamment le gaz, sera un catalyseur décisif pour la transformation de l’économie.

Notre rôle, chez Ecobank Sénégal, est d’être un partenaire clé de cette transformation.

Les projets Gas to Power et Gas to Industry illustrent cette ambition, et Ecobank se positionne déjà pour accompagner les acteurs de cette filière à travers une division dédiée au Oil & Gas et au secteur minier. A cet effet, nous avons scellé un partenariat pionnier avec le comité national du contenu local.


En tant que banque panafricaine, nous avons la capacité de financer les grands projets structurants tout en soutenant les entreprises locales.

Notre vision reste fidèle à celle de nos Pères fondateurs. Notre ambition pour le futur est de faire de Ecobank un acteur incontournable du développement économique et social du Sénégal, en alliant la puissance du digital à l’engagement de nos équipes et en nous appuyant sur la force et la solidité du Groupe.
L’avenir de l’Afrique repose sur le panafricanisme et Ecobank est la banque panafricaine.

Lejecos Magazine Novembre 2025



Source : https://www.lejecos.com/Sahid-Yallou-Directeur-Gen...

La rédaction