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Salif Bâ, de la Fac aux champs

Agé de 29 ans, Salif Bâ s’active dans la production et la commercialisation de fraises depuis trois ans. Si sa première année était difficile, il s’en sort maintenant. Ses fraises inondent le marché et n’ont rien à envier à celles qui nous viennent d’ailleurs. Cette saison, il a récolté 20 tonnes. Découvrons avec lui, les secrets de cette filière.


Rédigé par leral.net le Mercredi 30 Juin 2021 à 19:40 | | 0 commentaire(s)|

2018 ! Salif Bâ, inscrit en Master II au Département d’Anglais de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, soutient son mémoire sur le thème : « The american dream, realities and perspectives (Ndlr : Le rêve américain, réalités et perspectives) ». Le résultat est sans appel. Il réussit avec la mention « Bien ». Ses parents sont fiers de lui. Les efforts qu’ils ont fournis pour ses études, ne sont pas vains. Ils le voient déjà dans un bureau climatisé, costume taillé sur mesure et cravate bien nouée.

Bref, un cadre de l’Administration. « Dans notre culture, on s’attend à ce qu’une personne qui fait des études supérieures, travaille dans un bureau », souligne Salif Bâ qui, après sa soutenance, a faussé les pronostics de ses parents et proches. Il range tous ses documents dans un carton jalousement gardé dans sa chambre et prend le chemin des champs. Très vite, il s’est reconverti en agriculteur, spécialisé dans la culture des fraises. Deux raisons expliquent ce choix « inopiné » : exercer sa passion et valoriser les terres de ses parents.

Un chiffre d’affaires de 9 millions de FCfa

Fils de Ndoyène, village situé à côté de Diamniadio, Salif Bâ travaille chaque jour dans sa glèbe de fraises. Nous l’y avons trouvé le jeudi 24 juin aux environs de 11 heures. Son champ s’étend sur un hectare. Mais, il n’utilise que la moitié parce que « la culture de la fraise est coûteuse ». Le silence ambiant qui prévaut sur les lieux, n’est troublé que par les gazouillis des oiseaux qui, du haut de leurs nids, forment un comité d’accueil pour les visiteurs. Vêtu d’un tee-shirt rouge assorti d’un blouson de la même couleur, Salif Bâ est à l’œuvre.

Exit le désherbage, il arrose ses dernières plantations pour cette année. Derrière sa taille moyenne, se cache un homme travailleur, endurant, qui aime bien son métier. Il se souvient de ses débuts difficiles. La tête plongée dans les souvenirs, il raconte : « J’ai démarré mes activités avec 400 000 FCfa. Comme tout début, c’était un peu compliqué pour nous, parce que notre première récolte a été chaotique. J’avais moins d’une tonne ». Grâce à son courage et son abnégation, il n’a pas baissé les bras. Au contraire, Salif a tiré les enseignements de sa première expérience pour rebondir.

D'après "Le Soleil", son rendement de cette saison en est une preuve. Une bonne partie des fraises vendues à Dakar vient de son champ. « Cette année, notre production a dépassé les 20 tonnes. Notre chiffre d’affaires tourne autour de neuf millions de FCfa. C’est prometteur vu la surface et les moyens rudimentaires que nous avons pour l’exploitation », s’enorgueillit-il.

Une filière rentable

« Au Sénégal, produire des fraises toute l’année est impossible. La campagne dure sept mois. Elle démarre au mois d’octobre et il faut attendre deux mois pour espérer voir les premiers fruits. De janvier à début juin, il y a une production conséquente. Elle baisse en fin juin. À partir du mois de juillet, on observe une pause à cause de l’hivernage qui est un obstacle à la production des fraises parce que l’eau de pluie est acide et avec elle, on ne peut pas récolter des fraises de qualité », explique Salif Bâ, qui a une expérience grandissante.

Pendant la saison des pluies, il préfère entretenir ses pépinières. Mais, Salif est en train de chercher des solutions alternatives comme la culture sous serre, pour essayer de produire tout au long de l’année. Salif Ba produit trois variétés de fraises : « Beauty », « Camarosa » et « Festivale ». Cette dernière est la plus prisée parce qu’elle développe un arome exceptionnel. La « Camarosa », produite par vague, n’est pas endurante. La « Beauty » se distingue par ses gros fruits.

Spécialisé dans la production et la commercialisation des fraises bio, il reconnait, pour être honnête, qu’il peut arriver qu’il utilise des pesticides chimiques homologués.

Le Chef de l’État, Macky Sall, a validé le Programme d’urgence pour l’insertion et l’emploi des jeunes « Xëyu Ndaw ñi » doté de 450 milliards de FCfa et qui a commencé à générer, à compter du mois de mai 2021, 65 000 emplois. La filière de la fraise est porteuse d’emplois. Salif emploie 20 personnes (des hommes et des femmes) pendant la saison. Ils s’occupent de l’arrosage, du taillage des fraises, des traitements phytosanitaires, des emballages… Mais, lors de notre passage, coïncidant avec la fin de la saison, nous y avons trouvé seulement Bassirou Faye en train d’arroser.

Quid de la cueillette ? Salif précise : « Tout le monde ne peut pas le faire. Nous sommes très exigeants sur la qualité. Donc, nous prenons des personnes qui sont un peu aguerries et qui prennent le temps de bien voir la qualité et de faire des tris. Ce n’est pas une tâche facile, car la marchandise est fragile ».

Si on lui achète ses fraises partout à Dakar, c’est parce qu’il est très présent sur les réseaux sociaux, plus précisément sur Twitter. Avec les tweets et les retweets de ses amis, il écoule facilement ses produits. « Nos clients se trouvent, en majorité, à Dakar et sur la Petite côte. Ce sont, informe-t-il, les tenanciers des hôtels et des restaurants, les unités de transformation et aussi les particuliers. Le kilogramme varie entre 3500 et 4000 FCfa. Le carton de trois kilogrammes coûte 12 000 FCfa. Nous avons un système très particulier. Nous enregistrons la commande la veille et le matin, nous effectuons la récolte pour essayer de l’envoyer le plus tôt possible à Dakar. Comme ça, les clients ont des fraises fraichement cueillies ».

Un bémol : la logistique fait défaut. « Nous n’avons pas de véhicule adapté pour acheminer la marchandise. Nous faisons appel aux transporteurs locaux qui sont là et nous payons, pour chaque charge, 9000 FCfa ».

Autre équation : l’exportation du produit vers l’international. « Nous avons beaucoup de demandes au niveau international, mais les moyens ne suivent pas pour les satisfaire. Nous n’avons pas de chambre froide pour stocker les fraises avant de les exporter ou de les envoyer à l’intérieur du pays. Nous travaillons à corriger tout cela et, nous pensons que, dans les années à venir, nous allons commencer l’exportation vers les pays voisins », rassure le producteur.

Optimiste et doublé d’un engagement sans crainte, Salif Bâ a un objectif bien précis : être le numéro un des producteurs de fraises au Sénégal et dans la sous-région. Réalisable. À cœur vaillant rien d’impossible !



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