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Scandale présumé à l’Iaaf : Le protocole de Moscou

Pour la première fois, le contenu de l’interrogatoire de Massata Diack devant les enquêteurs de la Sûreté urbaine de Dakar est connu. L’homme sous le coup d’un avis de recherche mondial pour son implication directe, présumée dans le scandale à l’Iaaf, a admis l’existence d’un « compromis » avec les Russes, même s’il se défend de tout versement de pots-de-vin. Du « financement de la bataille de Dakar », évoqué par son père en garde à vue aux relations avec Valentin Balakhnichev, le patron de Pamodzi a livré ses arguments aux enquêteurs sénégalais, alors qu’il refuse de déférer aux convocations de la justice française.


Rédigé par leral.net le Mercredi 19 Septembre 2018 à 16:06 | | 0 commentaire(s)|

« Oui, on peut dire qu’il y’ a eu compromis et non deal ». Ce 17 février 2016, Massata Diack fait face aux enquêteurs de la Sûreté urbaine de Dakar. L’homme se trouve au cœur d’un scandale présumé de corruption pour lequel son père, Lamine Diack, a été cueilli à l’hôtel Sheraton Roissy, interrogé sous le régime de la garde à vue puis mis en examen. Il est soupçonné d’avoir, en échange de faveurs, « géré » des cas de dopage, impliquant des athlètes russes.

Depuis, la descente aux enfers se poursuit pour l’ancien patron de l’athlétisme mondial. Tout récemment, il a été mis en examen encore pour abus de confiance suite à une lettre de 84 pages adressée aux juges du Pôle financier dans laquelle l’avocat de l’Iaaf met en cause des montants indus, versés à son fils, Massata Diack, sur l’argent issu du sponsoring et des droits télés. Auparavant, Lamine Diack avait été placé sous le statut de témoin assisté- qui peut basculer à tout moment vers celui de mis en examen- pour des soupçons de corruption autour de l’attribution des Jo 2020 à Tokyo. Alors que la justice brésilienne souhaiterait l’entendre sur des micmacs ayant entourés l’attribution des jeux de 2016. Dans le cadre de cette procédure d’ailleurs, Carlos Nuzman, le président du comité olympique brésilien, a été placé en détention provisoire.

« Oui, on peut dire qu’il y avait un compris avec les Russes… ».

Dans tous ces dossiers, c’est le nom de Massata Diack qui revient. Mais jusqu’à ce jour, la Justice française qui a envoyé des commissions rogatoires au Sénégal, n’a pas pu l’entendre. Et Dakar a clairement fait entendre que le fils de Lamine Diack ne sera pas « livré » d’autant qu’une information judiciaire a été ouverte au tribunal hors classe. Ce 17 février 2016 donc, Massata Diack a tenu à livrer pour la première fois aux policiers sénégalais sa version des faits.

Un interrogatoire dévoilé en exclusivité par Libération. Lorsque les enquêteurs lui demandent s’il a eu connaissance de cas de dopage au sein de la fédération russe d’athlétisme, Massata Diack a affirmé que…oui mais s’explique : « Effectivement, j’ai été informé par un collègue nommé Nick Davis (ndlr, ancien secrétaire général de l’Iaaf renvoyé à la suite de l’éclatement du scandae) et un article d’un journal britannique « Mail on Sunday ». Le président Valentin Balakhnichev (ndlr, ex trésorier de l’Iaaf et président de la fédération russe exclu à vie en même temps que Massata) a lors d’un déjeuner avec le ministre des Sports fait part de son inquiétude à voir sanctionner tous les cas de dopage car la presse britannique attaquait de manière virulente la Russie par rapport à ces cas.

Le ministre des Sports et le président de l’Araf (association russe d’athlétisme) ont émis à Lamine Diack la volonté d’étaler les sanctions des athlètes russes. Il lui propose ainsi un deal pour ne pas affecter les championnats du monde Moscou 2013 et Pékin 2015 et en contrepartie le sponsor VTB qui soutient l’Iaaf depuis 2007 allait continuer son sponsoring jusqu’en 2015″.
Quid de l’argent reçu de la fédération russe évoqué par Lamine Diack lors de son interrogatoire devant les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales? « Je nie toute forme de négociation entre un officiel de l’Iaaf ou de moi-même avec des athlètes russes. Et les sanctions ont été appliquées aux athlètes coupables de dopage au fur et à mesure et ce jusqu’en 2014. Il y a aussi eu renouvellement du contrat de Vtb », se défend Massata Diack. Le patron de Pamodzi saute d’ailleurs sur l’occasion pour faire une précision : à la place d’un « deal » avec les Russes il préfère parler de « compromis ».

Concernant les aveux sur Pv faits par son père, Massata Diack ne se fait pas de doute : « (…) Je trouve qu’un tel discours est lié au poids de l’âge et des conditions de son arrestation ». D’ailleurs, il ajoute n’avoir jamais eu connaissance d’un quelconque montant versé par son père à un politique sénégalais même si, devant les policiers financiers, Lamine Diack avait admis avoir sollicité les Russes, particulièrement Valentin Balakhnichev, pour « la bataille de Dakar » contre l’ancien Président Abdoulaye Wade. « Avec Balakhnichev, nous avons d’abord des relations professionnelles parce qu’il participait à l’effort de rénovation dans le marketing de l’Iaaf. Ensuite, nous avions des relations que je qualifierais d’amicale, je me plais de l’appeler grand-frère en langue russe », jure Massata.

Pas au courant de transactions financières entre Lamine Diack et un politique sénégalais.

Il a aussi tenu à rejeter les déclarations de Lilya Shobukhova et ses connections présumées avec Black Tidings. Comme le révélait ‘’Le Monde’’, les enquêteurs français assurent que Black Tidings, une société-écran basée à Singapour, avait servi à virer 300 000 euros, le 27 mars 2014, vers le compte d’Igor Shobukhov, lorsque son épouse, Liliya Shobukhova, sachant qu’elle allait être sanctionnée, réclamait le remboursement de l’argent qu’elle aurait versé à Papa Massata Diack.

‘’Le Monde’’ avait ensuite eu accès à de nouveaux documents qui montraient aussi que deux jours plus tôt, le 25 mars, Pamodzi Consulting SARL de Papa Massata Diack, a effectué un vire ment de 434 950 dollars (environ 315 000 euros selon le taux de change de l’époque) vers Black Tidings. Nos confrères poursuivaient : « Le 5 août 2013, cinq jours avant le début des Mondiaux d’athlétisme à Moscou, Black Tidings effectue trois transferts pour un montant total de 750 000 dollars, dont un virement de 100 000 dollars vers un compte de Ian Tan Tong Han, un proche de PMD, et un autre de 350 000 dollars vers Sporting Age SUARL, une société basée à Dakar et dirigée par Assane Ba.

Pour les seules journées des 6 et 12 novembre 2013, 197 000 dollars ont été virés de Black Tidings vers PMD Consulting, et 20 000 dollars de la société singapourienne vers un compte personnel de Papa Massata Diack. Les liens financiers entre Black Tidings et PMD apparaissent donc multiples. »

« Je ne suis ni actionnaire ni propriétaire de Black Tidings »

Devant les enquêteurs sénégalais, Papa Massata Diack est formel : « Les déclarations de Lilya Shobukhova ne traduisent pas la vérité. Son manager André Baranov a bien dit que c’est dans leur culture de verser un pourcentage dans leur revenu à la fédération ou à leur entraineur. De ses déclarations, il est ressorti que Lilya Shoboukhova a versé 450.000 euros à son entraineur Alexi Melkinov pour le compte d’officiels de l’Iaaf pour dissimuler ses dopages afin qu’elle puisse participer aux jeux olympiques de Londres 2012. Quid de Black Tidings cette société qui lui appartiendrait et qui aurait reçu le versement des pots-de-vin? « Je connais le propriétaire Ian Ton Tan qui est le consultant de Dentsu/ Ams et il est chargé de la liaison avec le comité d’organisation des jeux olympiques Pékin 2015.

A ce titre, il a eu à travailler avec moi pour la prospection et la signature de Sinopec. Nous avons des relations professionnelles. Hormis cela, il a introduit mon prénom Massata dans le nom de son fils qui est né le même jour que moi. Je n’ai jamais rencontré aucun athlète russe. Je nie toute implication dans cette transaction financière car je ne suis ni actionnaire ni propriétaire de Black Tidings. Et personne ni à l’Agence mondiale antidopage ni le comité d’éthique de l’Iaaf ne pourront prouver un versement à mon profit par virements bancaires ou en espèces ».

Liberation



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