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Serigne Ahmadou Sakhir Lô: le maître qui a fait de Coki une terre de savoir

De Nguère Malal à Coki, Serigne Ahmadou Sakhir Lô a consacré son existence à l’apprentissage et à la transmission du Coran. Fondateur du célèbre daara de Coki en 1939, il a formé plusieurs générations d’élèves et laissé une empreinte profonde dans l’enseignement islamique au Sénégal.


Rédigé par leral.net le Dimanche 23 Août 2026 à 16:51 | | 0 commentaire(s)|

« Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et l’enseigne. »

Ce hadith rapporté par Al-Bukhari résonne particulièrement dans le parcours de Serigne Ahmadou Sakhir Lô, dont toute la vie semble avoir été consacrée à ces deux dimensions : apprendre et transmettre.

De Nguère Malal à la quête du savoir

Né en 1903 à Nguère Malal, près de Louga, de Cheikh Ndiaye Anta Sylla Lô et de Fatou Dia, Ahmadou Sakhir Lô découvre très tôt l’enseignement coranique auprès de son père.

Après deux années d’apprentissage familial, le jeune homme prend la route à la recherche d’autres maîtres. À une époque où le savoir religieux se transmettait principalement de foyer en foyer, il multiplie les rencontres et approfondit sa formation.

Parmi les figures qui marquent son parcours se trouve son homonyme Serigne Ahmadou Sakhir Mbaye, plus connu sous le nom de Mame Cheikh Mbaye, qui devient à la fois son maître et son guide spirituel.

Sa quête le conduit également à Saint-Louis, où il rejoint Serigne Ibrahima Diop. Il y côtoie notamment El Hadji Abdou Aziz Sy Dabakh, El Hadji Tafsir Diouf de Bargny et Serigne Alpha Mouhamadou Seck.

Ces années d'apprentissage vont progressivement forger la personnalité du futur maître de Coki.

1939 : naissance du daara de Coki

Après plusieurs années consacrées à l'étude, Ahmadou Sakhir Lô choisit à son tour de transmettre.

En 1939, avec l'ordre et la bénédiction de son guide, Mame Cheikh Ahmadou Kabir Mbaye, il fonde le daara de Coki.

Le contexte est alors difficile. Le Sénégal vit sous administration coloniale et l'enseignement islamique dispose de moyens limités. Malgré ces contraintes, le nouveau maître poursuit son projet.

Les premiers pensionnaires viennent apprendre à lire, mémoriser et réciter le Coran. Mais l'enseignement ne se limite pas aux connaissances religieuses : discipline, comportement et éducation occupent également une place importante.

Très rapidement, Coki commence à attirer des élèves qui marqueront à leur tour l'histoire religieuse et sociale du Sénégal.

Les premiers grands élèves

Parmi les premiers pensionnaires figurent notamment Serigne Sam Mbaye, El Hadji Djily Mbaye et Serigne Abdou Salam Mbaye.

En 1942, trois ans seulement après la création du daara, Serigne Sam Mbaye est présenté comme l'un des premiers élèves à avoir entièrement récité le Coran à Coki.

Un premier résultat qui confirme la vocation du lieu : faire de l'apprentissage coranique une véritable œuvre de transmission.

Un maître attaché à la simplicité

La réputation de Serigne Ahmadou Sakhir Lô ne repose pas uniquement sur son œuvre pédagogique.

Les récits consacrés à sa vie décrivent un homme profondément attaché à la simplicité et au dépouillement. Il aurait vécu dans une case rudimentaire, dormi à même le sol et accordé une attention particulière à ses manuscrits du Coran.

Cette austérité personnelle contrastait avec l'attention qu'il accordait à ses élèves.

Il veillait à leur nourriture, à leur santé et à leur éducation. Pour lui, former un talibé ne consistait pas simplement à lui faire mémoriser des versets. Il s'agissait également de lui inculquer une discipline et une manière de vivre.

Une parole qui lui est attribuée illustre cette philosophie :

« Si j’avais les moyens financiers, je paierais chaque talibé ainsi que leurs parents pour m’avoir donné l’opportunité de leur enseigner la Parole de Dieu. »

L'enseignement était ainsi vécu comme une mission et non comme une activité ordinaire.

Coki, une école qui a essaimé à travers le Sénégal

Au fil des décennies, le daara de Coki gagne en notoriété. Des générations de talibés s'y succèdent.

Certains deviennent des hafiz, d'autres des enseignants et des guides religieux. Beaucoup retournent ensuite dans leurs localités respectives pour transmettre à leur tour les connaissances acquises à Coki.

C'est cette chaîne de transmission qui constitue l'une des principales marques de l'œuvre de Serigne Ahmadou Sakhir Lô.

Parmi les anciens élèves associés à l'histoire du daara figurent notamment Imam Alioune Ndao, qui y séjourna de 1967 à 1973, ainsi que Serigne Sam Mbaye et El Hadji Djily Mbaye.

D'autres personnalités comme Oustaz Ahmad Lô, fondateur de Manar Al Houda, le professeur Djim Dramé, Serigne Mboup et Abdou Aziz Sylla sont également citées parmi les personnes ayant fréquenté ou étant liées à l'histoire de Coki.

Mais au-delà des personnalités connues, ce sont surtout des milliers d'élèves anonymes qui constituent l'héritage le plus important du fondateur.

Une reconnaissance officielle de l'État

L'œuvre éducative de Serigne Ahmadou Sakhir Lô finit également par recevoir une reconnaissance officielle.

Le 17 novembre 1983, il est nommé Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques par décret présidentiel, en reconnaissance des services rendus à la nation dans le domaine de l'éducation.

Quelques années plus tard, le 30 mars 1988, le fondateur de Coki s'éteint à l'âge de 85 ans.

Mais sa disparition ne signifie pas la fin de son œuvre.

Le maître est parti, Coki demeure

La véritable mesure de l'héritage d'un éducateur se trouve souvent dans la trajectoire de ceux qu'il a formés.

Dans le cas de Serigne Ahmadou Sakhir Lô, cet héritage demeure visible à Coki, mais également dans de nombreuses localités du Sénégal où d'anciens pensionnaires ont poursuivi la chaîne de transmission.

Le daara continue de former des élèves, des maîtres continuent d'y enseigner et de nouveaux hafiz poursuivent cette tradition.

L'homme est parti en 1988, mais l'œuvre continue.

À chaque récitation d'un talibé, à chaque leçon donnée dans un daara et à chaque ancien élève qui transmet à son tour ce qu'il a appris, une partie de l'héritage du maître de Coki demeure vivante.

Serigne Ahmadou Sakhir Lô aura ainsi consacré sa jeunesse à apprendre auprès des grands maîtres de son époque, puis le reste de son existence à transmettre.

Coki est devenu bien plus qu'un daara : il est devenu le symbole d'une chaîne de savoir dont Serigne Ahmadou Sakhir Lô fut l'un des grands bâtisseurs.