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Sow Pedro, le rire comme arme de construction massive

Cadre bancaire pendant treize ans, l’humoriste guinéen a quitté la banque en décembre 2020 pour se consacrer à la scène. Il a depuis foulé celle du Marrakech du Rire.

Rédigé par leral.net le Dimanche 30 Août 2026 à 09:00 | | 0 commentaire(s)|

Sow Pedro a annoncé en décembre 2020, lors d’une conférence de presse, qu’il quittait le monde bancaire pour se consacrer pleinement à l’humour. Né le 20 novembre 1981 à Abidjan, l’humoriste, scénariste, metteur en scène et producteur guinéen a depuis imposé une signature unique, entre satire sociale et conscience citoyenne.


L’appel de la scène, dès l’enfance

Sow Pedro, humoriste, scénariste et producteur guinéen.
Sow Pedro, humoriste, scénariste et producteur guinéen.
L’aventure débute dans les années 1990, alors que les colonies de vacances deviennent pour lui un premier théâtre d’expression.

Quand la crise scolaire de 1990 pousse sa famille à retourner définitivement en Guinée, c’est à Conakry, au sein de l’école Sainte-Marie de Dixinn, qu’il poursuit ses études tout en s’immergeant dans l’art dramatique.

La rencontre avec Solo Niaré, son formateur au lycée, est décisive. Celui-ci lui enseigne l’essence du jeu de scène, du one man show et de l’autodérision, et lui ouvre les portes d’un univers peuplé d’artistes professionnels.

Le virage français : humour et autodérision

En 2000, Sow Pedro s’installe en France pour ses études supérieures. Entre Reims et Lyon, il affine son art : humour parodique, regard critique sur les maux de la société, ironie sur soi-même.

Pendant quatre ans, il multiplie les prestations dans des événements universitaires et culturels, préparant sans le savoir les grandes étapes de sa carrière.

Banquier le jour, humoriste la nuit

De retour en Guinée, Sow Pedro mène une double vie : cadre bancaire pendant treize ans, comédien le soir et les week-ends.

Une situation intenable, qu’il finit par trancher lors d’une conférence de presse en décembre 2020. Il quitte alors la banque pour se consacrer pleinement à sa passion.

Ce choix résume assez bien le personnage : humoriste, mais aussi scénariste, metteur en scène, caricaturiste et producteur. Bien plus qu’un amuseur public, il se présente comme un artisan du verbe et un conteur d’Afrique.

Producteur exécutif de la quasi-totalité des spectacles des Serial Rieurs, il a également accompagné les créations de Zebal Traoré et de Thérèse Ndiaye, contribuant à structurer une véritable filière du rire à Conakry.

Les Serial Rieurs, collectif comique à succès

En 2012, avec Zebal Traoré, Oumar Manet et Mamadou Thug, il cofonde les Serial Rieurs, collectif humoristique qui marque un tournant dans l’histoire du rire guinéen.

De 2012 à 2017, ils créent 21 spectacles originaux, explorant les travers sociaux, politiques et culturels du pays avec finesse et audace.

La scène solo, humour à fleur de vérité

En 2014, il signe « Le Dernier Mariage », son premier spectacle en solo, satire décapante sur les réalités du mariage guinéen. Suivent « Siguissa », hommage musical à la culture guinéenne, puis « Ethniz », en duo avec Zebal Traoré, qui dénonce l’ethnocentrisme.

En 2016, il explose avec « Censuré », solo sur la sexualité présenté au Festival MASA d’Abidjan. La même année, il signe sa première pièce de théâtre, « Chaplin, s’il avait été guinéen », qui questionne le cinéma local à travers la figure de Charlot.

Ces performances lui valent le prix du meilleur humoriste aux Guinée Comedy Awards.

L’international, terrain de jeu du verbe

À partir de 2017, Sow Pedro conquiert les scènes internationales : Le Parlement du Rire, le Festival MASA — deux fois tête d’affiche —, le Match du Rire, puis le Marrakech du Rire en 2019.

Il y partage la scène avec de grands noms du continent comme Michel Gohou, Tatiana Rojo ou Digbeu Cravate, et présente « Immigration Men », sketch engagé sur les drames de la migration clandestine.

En 2018, inspiré par le Jamel Comedy Club, il lance « Sow Pedro Comediz », format télévisé qui révèle de jeunes talents. L’une des saisons est consacrée à la migration irrégulière.

Un humour lucide et panafricain

Face aux tensions politiques de 2019, il crée « Polistik », sixième spectacle solo qui appelle à l’unité nationale. Le rire devient pour lui un outil de dialogue.

En 2020, il met en scène « Un 25 Novembre, Chronique d’une Journée sans Femmes ». En 2023, il apparaît au cinéma dans « Safari à Conakry ».

Aujourd’hui, il continue d’arpenter les scènes d’Afrique et d’ailleurs, entre satire sociale, humour engagé et conscience citoyenne. Son œuvre est celle d’un homme qui rit du monde sans jamais cesser de le questionner.