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Créé au début de la pandémie de Covid-19, le Centre Serigne Babacar Kane, dirigé par Ahmeth Daff, propose une réponse alternative fondée sur la protection, la socialisation et des activités éducatives et productives, tout en mettant en lumière les limites d’un système éducatif national encore incapable d’assurer une inclusion réelle des enfants à besoins spécifiques.


Rédigé par leral.net le Samedi 7 Mars 2026 à 12:40 | | 0 commentaire(s)|

À quelques kilomètres de Dakar, loin des discours institutionnels sur l’école inclusive, une autre réalité se joue chaque jour à Colobane, un quartier de la commune de Rufisque Est. Ici, des enfants autistes, porteurs de trisomie 21 ou vivant avec des déficiences intellectuelles, évoluent hors de toute structure scolaire formelle, sans suivi spécialisé et sans opportunités d’apprentissage adaptées. Beaucoup ont connu la rue, l’abandon ou la violence.

Face à cette exclusion silencieuse, le Centre Serigne Babacar Kane s’est imposé comme un espace de protection, mais aussi comme un lieu de reconstruction sociale, éducative et humaine. Implanté dans un quartier populaire, le Centre accueille des enfants et des adultes vivant avec un handicap mental ou des troubles psychiatriques, pour la plupart totalement exclus du système éducatif.

« La majeure partie de ceux qui sont ici, n’a jamais eu accès à une école adaptée. Ils sont sans accompagnement, sans suivi », constate Ahmeth Daff, président de l’association et directeur du centre.

« Faute d’infrastructures spécialisées, de personnel formé et de dispositifs publics de proximité, ces enfants deviennent souvent une charge insurmontable pour des familles déjà vulnérables », a-t-il indiqué. « Les parents n’ont ni les moyens financiers ni les outils pour assurer les soins, le suivi psychiatrique ou l’éducation. Beaucoup finissent par baisser les bras », explique-t-il.

Le centre est né au début de la pandémie de Covid-19, à un moment où les écoles étaient fermées et où les plus fragiles étaient encore plus invisibles. « Quand tout le monde disait « Restez chez vous », il fallait bien trouver une solution pour ceux qui vivaient dans la rue », raconte Ahmeth Daff. D’abord hébergés provisoirement dans des écoles fermées, les résidents ont ensuite été installés durablement à Colobane.

Le centre assure une prise en charge globale : hébergement, alimentation, vêtements, suivi médical et psychosocial, le tout gratuitement. Concernant la prise en charge, Ahmeth Daff note qu’un réseau de spécialistes parmi lesquels, des psychiatres, des psychologues, des orthophonistes et des médecins, porte assistance et soins aux pensionnaires.

Un quotidien structuré par l’activité

Au cœur du projet du Centre Serigne Babacar Kane, les activités occupent une place centrale. Elles ne sont pas pensées comme de simples occupations, mais comme des outils de socialisation, d’apprentissage et de reconstruction personnelle. « Ici, on ne fait pas que nourrir et loger. On aide la personne à se reconstruire, à reprendre confiance, à redevenir active », explique Ahmeth Daff.

Le centre a mis en place des ateliers manuels et décoratifs, qui jouent un rôle fondamental. Peinture, dessin, fabrication de bracelets, objets décoratifs, travaux artistiques : autant d’activités qui sollicitent la motricité fine, la concentration et la créativité. « Ce ne sont pas des ateliers imposés. On s’adapte en fonction de chaque personne. Certains s’expriment mieux par la peinture, d’autres par les travaux manuels », souligne M. Daff.

Parmi les initiatives les plus structurantes, figure le micro-jardinage, développé progressivement au sein du centre. Les résidents participent à la culture de plantes, à l’entretien de petits espaces verts et à des activités de reboisement organisées dans le quartier ou avec la communauté. « Le contact avec la terre fait énormément de bien. Ça apaise, ça responsabilise, ça donne un sentiment d’utilité », explique le directeur.

Au-delà des ateliers internes, le centre accorde une grande importance aux activités récréatives et aux loisirs. « Ces activités permettent aussi de travailler la socialisation et le vivre-ensemble. Apprendre à attendre son tour, à respecter l’autre, à partager, c’est aussi de l’éducation », rappelle Ahmeth Daff, qui insiste sur l’importance des « codes de la vie », avant toute ambition scolaire classique.

Malgré ces efforts, Ahmeth Daff reste lucide sur les limites de l’action associative. « Tout ce que nous faisons ici, ne remplace pas une école inclusive digne de ce nom », précise-t-il. Selon lui, « l’école sénégalaise reste largement inaccessible aux enfants vivant avec des troubles du neurodéveloppement. Dans les écrits, on parle d’inclusion. Dans la réalité, il n’y a pratiquement rien ».

« Les rares écoles inclusives existantes sont privées et coûteuses », a fait savoir M. Daff. « Seules les familles qui ont des moyens, peuvent y envoyer leurs enfants. Les autres n’ont aucune alternative », déplore-t-il, évoquant une exclusion éducative massive, notamment à l’intérieur du pays. Au Centre Serigne Babacar Kane, l’activité devient alors un substitut à l’école, un outil pour préserver la dignité et construire des repères.

leSOleil.sn

Mame Fatou Kebe