Leral.net - Sénégal
leral.net | S'informer en temps réel
Politique

L’ORIGINE DU « PROTOCOLE DE REBEUSS » Dans les coulisses des négociations entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck

Rédigé par leral.net le Jeudi 17 Septembre 2026 à 11:23 |

Dakar — 2005-2006. Avant que l’expression « Protocole de Rebeuss » ne devienne l’un des termes les plus connus de la vie politique sénégalaise, il y eut une succession de visites, de messages confidentiels, de propositions, de contre-propositions et de négociations menées autour d’Idrissa Seck, alors détenu à la prison de Rebeuss.

Le terme « Protocole de Rebeuss » a été popularisé par Le Quotidien, qui l’avait employé à sa Une puis consacré une publication à son origine en novembre 2006. Le journal expliquait alors que les discussions comportaient à la fois une dimension judiciaire, financière et politique. (SenePlus)

Au cœur de ces échanges apparaissent deux émissaires : Me Nafissatou Diop Cissé, présentée comme l’intermédiaire auprès d’Idrissa Seck, et Me Ousmane Sèye, avocat de l’État dans les procédures visant l’ancien Premier ministre.

Mais il existe une précaution essentielle : le récit détaillé qui suit correspond principalement à la version relatée par Idrissa Seck après sa libération. Me Ousmane Sèye avait contesté cette présentation, affirmant que le contenu des négociations avait été déformé. Abdoulaye Wade avait, de son côté, ultérieurement présenté sa propre version du document. (SenePlus)

15 novembre 2005 : le premier message

Le 15 novembre 2005, selon le récit attribué à Idrissa Seck, Me Nafissatou Diop Cissé lui rend visite à Rebeuss après avoir été reçue au Palais présidentiel.

Elle lui rapporte alors un message attribué à Abdoulaye Wade.

L’objectif supposé de cette première démarche serait de trouver une issue à la situation judiciaire d’Idrissa Seck, détenu dans le cadre des procédures liées notamment aux chantiers de Thiès.

Dans cette version, Wade aurait évoqué la possibilité qu’Idrissa Seck contribue au financement de la campagne électorale de 2007, en échange d’une solution permettant de mettre fin aux procédures.

Idrissa Seck aurait refusé de considérer une simple liberté provisoire comme une solution.

Sa position, telle qu’elle est rapportée, est claire : il veut sortir de prison avec son honneur préservé et refuse de reconnaître une faute qu’il affirme ne pas avoir commise.

22 novembre : le « geste de bonne volonté »

Une semaine plus tard, Me Nafissatou Diop Cissé revient à Rebeuss.

Selon le récit, elle explique qu’Abdoulaye Wade souhaite obtenir d’Idrissa Seck l’assurance qu’une fois libéré, il n’utiliserait pas ses moyens politiques contre lui.

Idrissa Seck maintient alors son exigence : un non-lieu, puis une discussion politique.

Un système de codes aurait même été convenu pour permettre à Me Nafissatou Diop Cissé de transmettre discrètement l’état des discussions.

23 novembre : entrée en scène de Me Ousmane Sèye

Le lendemain, Me Ousmane Sèye se rend à Rebeuss.

Selon le compte rendu attribué à Idrissa Seck, l’avocat tient un discours essentiellement politique.

Il aurait expliqué que Wade considérait Idrissa Seck comme son héritier politique et qu’une solution devait être trouvée.

Mais la discussion prend rapidement une dimension financière.

Il est question d’argent conservé pour de futures échéances électorales et de la possibilité de restituer une partie de ces fonds ou d’effectuer un acompte.

Idrissa Seck refuse de reconnaître un quelconque détournement et demande un document écrit.

La réponse attribuée à Me Ousmane Sèye est particulièrement révélatrice de la nature des discussions : selon ce récit, « ce n’est pas une affaire d’avocats. C’est politique ».

28 novembre : une première proposition écrite

Le 28 novembre, Me Nafissatou Diop Cissé remet à Idrissa Seck un document présenté comme une proposition.

Sept éléments sont notamment évoqués :

* un non-lieu total dans la procédure d’atteinte à la sûreté de l’État ;
* une liberté provisoire dans le dossier des chantiers de Thiès ;
* un voyage avec les deux intermédiaires ;
* le dépôt d’un acompte sur un compte à double signature ;
* un non-lieu dans le dossier des chantiers de Thiès ;
* le règlement d’un complément financier après accord sur la comptabilité ;
* une discussion politique entre Wade et Idrissa Seck.

Idrissa Seck rejette la proposition.

Sa contre-proposition est beaucoup plus simple :

un non-lieu ou un procès juste et équitable, puis un tête-à-tête avec Wade.

L’expression utilisée dans le récit est devenue emblématique :

« Ma bouche, son oreille ; sa bouche, mon oreille. »

29 novembre : les négociations se précisent

Le 29 novembre, Me Ousmane Sèye revient avec une proposition détaillée.

Cette fois, le récit fait apparaître explicitement une dimension financière supplémentaire : en cas d’accord, un complément devait être versé ; en cas de désaccord, l’acompte devait être restitué.

Le document évoqué dans le récit mentionne également une commission de 10 % destinée aux intermédiaires, dont la moitié aurait été supportée par Idrissa Seck.

Idrissa Seck rejette à nouveau la proposition.

Il maintient son exigence d’un règlement judiciaire et d’une rencontre directe avec Wade.

4 décembre : la tension monte

Le 4 décembre, une lettre de Me Nafissatou Diop Cissé est transmise à Rebeuss.

Dans cette lettre, elle rapporte la colère supposée du président face au refus d’Idrissa Seck.

Elle emploie une formule particulièrement forte en évoquant une situation qui ressemble, selon elle, à une « prise d’otage avec demande de rançon ».

Cette phrase, comme les autres propos rapportés dans ce récit, relève toutefois du témoignage publié et doit être distinguée d’un fait judiciairement établi.

20-22 décembre : l’offre « par ordre »

Les discussions reprennent à partir du 20 décembre.

Selon le récit d’Idrissa Seck, Me Ousmane Sèye explique alors que le président ne souhaite pas signer directement la proposition mais lui aurait donné mandat pour le faire « par ordre ».

Le 22 décembre, une offre écrite lui est finalement remise.

Idrissa Seck demande 48 heures de réflexion.

Il affirme vouloir notamment sécuriser le document et en préserver une copie hors de la prison.

27-29 décembre : le cœur du marchandage

À la fin du mois de décembre, les négociations semblent entrer dans une phase décisive.

Selon le récit publié, l’accord envisagé porte notamment sur :

1. un non-lieu dans la procédure relative à l’atteinte à la sûreté de l’État ;
2. un non-lieu partiel concernant les chantiers de Thiès ;
3. une discussion politique directe entre Wade et Idrissa Seck.

Mais une condition revient dans les échanges : Idrissa Seck doit annoncer un montant ou prendre un engagement financier lié à la campagne présidentielle de 2007.

Il refuse de donner un chiffre et renvoie à des éléments comptables qui lui auraient été communiqués après les élections législatives de 2001.

30 décembre : l’accord annoncé

Le 30 décembre 2005, Me Nafissatou Diop Cissé revient à Rebeuss et transmet, selon le récit, une confirmation de l’accord présidentiel sur le non-lieu.

La formule retenue devient alors :

non-lieu dans l’affaire de la sûreté de l’État ; non-lieu partiel dans les chantiers de Thiès ; discussion politique entre Wade et Idy.

8 janvier 2006 : les conditions politiques

Le 8 janvier, Me Ousmane Sèye aurait transmis à Idrissa Seck un nouveau message attribué au président.

Le calendrier annoncé est précis :

* audience le 16 janvier ;
* second non-lieu avant le 31 janvier ;
* absence de triomphalisme de la part des avocats ;
* absence de déclaration politique susceptible d’inquiéter l’entourage présidentiel ;
* possibilité pour Idrissa Seck de partir quelque temps en France.

La dimension politique apparaît alors clairement dans les discussions rapportées.

La question n’est plus seulement celle de la sortie de prison : il s’agit également de gérer les conséquences politiques de cette libération.

17 janvier : « Il sera libre mardi »

Le 17 janvier, Me Ousmane Sèye se rend à Rebeuss.

Selon le témoignage publié, il transmet à Idrissa Seck un message attribué à Wade :

« Il sera libre mardi. »

Le même message demande à l’ancien Premier ministre de rester calme et de gérer politiquement les manifestations de joie de ses partisans.

La libération annoncée n’intervient cependant pas à cette date.

6 février : les préparatifs de sortie

Le 6 février 2006, un responsable de l’administration pénitentiaire vient voir Idrissa Seck.

Selon son récit, des mesures de sécurité sont préparées pour sa sortie.

Il est notamment question d’une sortie discrète, par une porte dérobée, dans une voiture banalisée, avec coordination des services chargés de sa sécurité.

Le contexte est celui d’une libération considérée comme politiquement sensible.

7 février 2006 : Idrissa Seck sort de Rebeuss

Le 7 février 2006, Idrissa Seck quitte finalement la prison.

Une décision de la Commission d’instruction de la Haute Cour de justice intervient ce même jour. Les sources contemporaines rapportent une mise en liberté d’office, tout en indiquant que l’information judiciaire suivait encore son cours à ce stade. (Seneweb)

C’est cette séquence de négociations, de propositions et de discussions entre les différents protagonistes qui donnera naissance à ce que la presse appellera ensuite le « Protocole de Rebeuss ».

Pourquoi parle-t-on de « Protocole de Rebeuss » ?

L’expression ne désigne donc pas simplement un document.

Elle renvoie à un ensemble de discussions qui auraient mêlé trois dimensions :

1. La dimension judiciaire

Les négociations portent, dans le récit publié, sur des non-lieux, une liberté provisoire et le traitement des procédures concernant Idrissa Seck.

2. La dimension financière

Les documents et conversations rapportés évoquent un acompte, des comptes à double signature, une comptabilité, des sommes destinées aux échéances électorales et un éventuel complément financier.

3. La dimension politique

Enfin, les discussions portent directement sur les rapports entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck, sur leur avenir politique et sur la présidentielle de 2007.

C’est précisément cette combinaison qui explique la portée historique du dossier.

Un récit contesté

Il est essentiel de ne pas transformer ce récit en vérité judiciaire définitive.

Lors de sa publication, Le Quotidien précisait que le « Protocole de Rebeuss » correspondait à une version d’Idrissa Seck et que Me Ousmane Sèye avait contesté cette présentation, affirmant que l’ancien Premier ministre avait déformé le contenu des négociations.

Abdoulaye Wade avait également, ultérieurement, présenté à la télévision son propre « protocole », qu’il considérait comme la bonne version. (SenePlus)

Le dossier doit donc être lu comme une reconstitution historique fondée sur des témoignages, des documents et des versions contradictoires, et non comme un récit dont chaque élément aurait été définitivement établi par une juridiction.

Une affaire qui continue de peser sur la mémoire politique sénégalaise

Près de deux décennies après les événements, le « Protocole de Rebeuss » reste associé à l’une des séquences les plus controversées de l’histoire politique sénégalaise des années 2000.

Ce qui ressort des documents publiés est surtout la complexité des rapports entre pouvoir judiciaire, pouvoir politique, négociations informelles et ambitions présidentielles.

Au centre de cette histoire se trouvent deux hommes qui avaient longtemps été politiquement proches : Abdoulaye Wade et Idrissa Seck.

Entre eux, la rupture avait débouché sur une procédure judiciaire, une détention à Rebeuss, puis une série de négociations dont les contours exacts restent disputés.

Une chose est historiquement établie : Idrissa Seck a été libéré le 7 février 2006 après plusieurs mois de détention, dans le contexte des procédures liées notamment aux affaires de Thiès. (Seneweb)

Le reste — le contenu exact des engagements, les sommes éventuellement discutées, les mandats donnés aux intermédiaires et la portée politique des négociations — demeure indissociable des différentes versions produites par les protagonistes.

C’est précisément cette confrontation des récits qui fait du « Protocole de Rebeuss » l’un des dossiers les plus sensibles de la politique sénégalaise contemporaine



● DIRECT

La télé et la radio en direct, sur Leral.net

72 chaînes du Sénégal, d'Afrique et du monde · 21 radios · gratuit

SENTVTFMRTS 1WALF TV2STVLERAL TVRTI2MFrance 24+63