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Un ex-détenu, militant de Pastef, raconte son calvaire : «J'ai failli perdre les yeux, nous étions traités comme des chiens»

Cheikh Fall, habitant du village de Réfane, militant de Pastef arrêté le 31 juillet, juste 30 minutes après l’incarcération de son leader Ousmane Sonko, bénéficie d’une liberté provisoire depuis ce samedi 17 février 2024. Il a vécu le pire en prison. Torturé, il accuse des agents du GIGN de lui avoir aspergé un liquide aux yeux, un produit dangereux qui aurait affecté sa vision pendant plus d’une demi-heure.


Rédigé par leral.net le Mercredi 21 Février 2024 à 09:55 | | 1 commentaire(s)|

“C’est avec le même produit qu'a été aspergé Sonko au visage. On me l’a aspergé sur les yeux et je suis resté 40 minutes sans pouvoir les ouvrir. Mon calvaire a duré de Yoff, en face de l’agence de la Sde, jusqu’à la gendarmerie Foire ,après une ronde à Ouest foire. C’est à la gendarmerie de Foire que j’ai pu rouvrir les yeux que j’ai failli perdre. Imaginez ce qui serait arrivé s’il y avait un malade parmi les personnes interpellées en même temps que moi!

Mais là-bas, dans cette brigade, ce n’était que le début des tortures. On m’a isolé et torturé des heures durant. J’ai même eu des problèmes au niveau de la mâchoire gauche. Je suis resté 15 jours sans pouvoir manger.

Mon frère, Ibrahima Guèye, m’amenait chaque jour de la nourriture composé de hamburgers, de chawarmas, de bananes etc. Je ne pouvais manger que les bananes. Le reste, je le donnais à mes codétenus.

On était dans des « violons » même pas dignes de chiens. De petits endroits où étaient entassées neuf personnes avec, dans chacune de ces cellules, une bouteille de 10 litres pour faire pipi. Des violons que l’on ferme à 20 heures pour les rouvrir le lendemain à 8 heures. On était détenus dans des conditions vraiment inhumaines.

On a fait une semaine de retours de parquet au Commissariat central de Dakar, avant d’être placés sous mandat de dépôt, le 14 août. On m’a notifié les charges d’association de malfaiteurs, troubles à l’ordre public, participation à une manifestation non autorisée, détention de cocktails Molotov..., des charges lourdes.

On m’a interpelé le lundi 31 juillet et déposé comme un malpropre dans le violon. Le mardi 1er août, on m’a accusé d’avoir mis le feu sur la citerne qui a été attaquée sur la route de Yoff. Ce, alors que j’ai passé la nuit, où les faits sont censés avoir été commis, au commissariat. On m’a collé ce dossier et d’autres délits. Mais le combat ne fait que commencer.

En prison, les détenus candidats à l’émigration dépassent de loin le nombre de détenus politiques et manifestants. Les « clandestins » sont nombreux dans la prison de Rebeuss. C’est une injustice pour des gens qui ont dépensé des fortunes, espérant une vie meilleure ailleurs.

Ils ont été rapatriés et mis en prison. Ils ont perdu leur argent et mis sous mandat de dépôt sans jugement. En prison, nous avons fait une collecte qui a rapporté 3 millions de francs Cfa pour notre participation au projet Pastef et à la campagne électorale.

Les moments qui m’ont le plus marqué, c’est lors du discours de fin d’année du 31 décembre de Macky Sall et le samedi, où il a annoncé sa décision de reporter les élections.

Ce jour-là, les détenus ont reçu un choc terrible. Alors qu’on attendait la tenue de la présidentielle pour être libérés, à notre grande surprise, Macky Sall prolongeait notre calvaire à travers ce report.

Le manque d’eau est un problème en prison. On est resté 15 jours sans que l’eau ne coule. Si tu veux prendre une douche, tu achètes une bouteille Kirène de 10 litres à la boutique de la prison. C’est une obligation.

Aucun détenu n’a le droit d’acheter quoi que ce soit au dehors. Ici, c’est un autre monde. La plus grande erreur de Macky Sall, c’est d’avoir mis tout ce beau monde, membres de Pastef, en prison. On ne devait jamais connaître la vie en prison.

Prochainement, s’il pose d’autres actes injustes envers la population ou envers notre leader, il verra. Ce sera l’enfer pour lui. On est prêts à retourner en prison. Nous croyons au projet Pastef parce que, pour nous, la solution, c’est le changement.

Cela suppose que les jeunes se sacrifient. A chaque époque, une génération doit se révolter pour tout remettre sur les rails. Quel que soit le prix à payer”.