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VISITE DU FORUM CIVIL A NGADIAGA: Entre le manque d’eau, d’emplois et de poste de santé, Ngadiaga menace de reprendre ce qui lui revient de droit

Rédigé par leral.net le Mercredi 31 Mars 2021 à 20:05 | | 0 commentaire(s)|

VISITE DU FORUM CIVIL A NGADIAGA: Entre le manque d’eau, d’emplois et de poste de santé, Ngadiaga menace de reprendre ce qui lui revient de droit
 
Un forum sous l’arbre à palabre à Ngadiaga par le Forum civil ! Une occasion pour les habitants de cette localité, mise sous les feux de la rampe par cette explosion d’un puits de gaz en décembre dernier, de faire un large tour d’horizon de leur mal-vivre. En effet, en plus d’être spoliés de leurs terres, les habitants ne bénéficient pas des retombées de l’usine Forteza. Une situation qui ne saurait perdurer, selon les habitants, qui ont décidé de braver le fer contre Forteza pour reprendre ce qui leur revient de droit.
 
 
Une délégation du Forum civil dirigée par son coordonnateur Birahim Seck s’est rendue, hier, à Ngadiaga. Une localité qui a cristallisé les attentions pendant trois mois, suite à l’explosion d’un puits de gaz de l’usine Forteza le 19 décembre 2020. Un incendie qui a également permis de mettre en lumière les nombreuses difficultés des habitants de cette bourgade sise dans la commune de Notto Gouye Diama. Même si le feu a été éteint, les flammes n’ont pas emporté toutes ces souffrances vécues au quotidien par ces autochtones. Au contraire, ces problèmes sont plus que jamais présents et assaillent ces voisins de la société américaine. En effet, entre l’inquiétude de voir le feu se propager de nouveau, comme ce fut le cas par le passé, l’anxiété d’une cohabitation risquée avec ces puits de gaz, le manque d’emploi et l’absence de satisfaction des besoins sociaux de base, les populations de Ngadiaga ne savent plus à quel saint se vouer. A l’entrée du site de l’incendie, l’accès est interdit aux visiteurs et la dizaine de gendarmes déployée veillaient au respect de cette instruction.
Des concessions à moins de 200 mètres du puits de gaz
 
Cependant, invraisemblable que cela puisse paraitre, le puits se trouve à moins de 200 mètres des habitations. La maison située à droite de l’entrée de l’usine présente des fissures, en plus d’un pan d’un mur qui a cédé à cause de la déflagration. Les occupants ont été ainsi contraints de vider les lieux. Tout le contraire d’Assane Ba qui a cohabité en compagnie de sa famille avec le danger que représentait cet incendie. En dépit de sa proximité avec ce puits de gaz, il n’a jamais été approché, dit-il, par les responsables de Forteza pour un recasement loin du site. Pire, il révèle que durant l’hivernage, l’eau qui provient de l’usine inonde sa maison. Sa maison abrite d’ailleurs le cantonnement des sapeurs-pompiers. Non loin du lieu d’explosion, se trouve un autre puits de gaz. Un robinet de fortune est installé pour les habitants. D’après les riverains, cette eau est impropre à la consommation et ne sert qu’aux travaux ménagers. «C’est le seul robinet offert par Forteza à une population de 3000 habitants. C’est honteux», sérine Mame Samba Gadiaga, porte-parole du collectif pour le développement de Ngadiaga, qui fait remarquer que le forage de Notto Gouye Diama ne peut plus desservir Ngadiaga.
 
Une famille spoliée en contrepartie de la construction de deux chambres
 
En face de ce puits de gaz, de l’autre côté de la route, se trouve la concession de Aïssata Sow. Une veuve qui a donné la veille l’une de ses filles en mariage. La dame révèle que son défunt époux vivait dans le périmètre qui abrite le puits de gaz. Il a été spolié de ses terres et, en contrepartie, les responsables de Forteza ne lui ont construit que deux chambres avec une toiture en zinc. Aucune compensation financière ou un accompagnement de ses enfants pour une société qui exploite dans leur désormais ex-habitation des milliards. Pire, la maison de la veuve est traversée par un tuyau de gaz qui relie ces deux puits. Non loin, à l’école élémentaire de la localité, construit depuis 2002 avec deux salles de classe, l’association Forteza-Petrosen a permis à l’établissement scolaire la construction de quatre salles de classe supplémentaires ainsi qu’une direction. Mais, même si les salles de classe sont fonctionnelles, à notre passage, le mobilier faisait défaut. En effet, pour une moyenne de 30 élèves par classe, les potaches s’asseyent à quatre. Il n’y a ni électricité ni eau et les toilettes de la direction ne sont pas encore fonctionnelles.
 
Le gardiennage, seul travail qui s’offre aux habitants
 
Outre cette visite dans les différents sites, le Forum civil et les habitants du village de Ngadiaga se sont retrouvés sous l’arbre à palabre du village. Un forum qui a pris les allures d’une foire aux problèmes. En effet, les impactés de Forteza se sont succédé au micro pour partager leur désolation. C’est le cas de Mbaye Gadiaga, très remonté contre les responsables de Forteza qui, dit-il, l’ont spolié de ses terres qu’il partageait avec ses deux frères. En effet, lors d’une réunion présidée par le préfet, les chefs coutumiers du village et les responsables de Forteza, l’autorité administrative avait indiqué que les terres des villageois étaient en réalité des terres du domaine national. Les manguiers sont indemnisés à hauteur de 25.000 ou 50.000 francs le pied. Ce qui n’était pas de l’avis de Mbaye Gadiaga qui avait proposé 150.000 francs par manguier. A l’en croire, après la saison des mangues, il fait en moyenne un bénéfice de 700.000 francs. Ce qui lui fait dire qu’il n’a pas été indemnisé à juste prix pour ses 58 manguiers. Mais c’était sans compter avec les autorités administratives et les responsables de Forteza qui ont campé sur leur position. Pire, après cette indemnisation, il est proposé au propriétaire du champ de travailler comme agent de sécurité à l’usine. «Si c’est une personne âgée, on propose de recruter son fils. On nous spolie de nos terres pour exacerber notre mal-vivre», se désole de constater Gadiaga, très en colère.
 
Le feu, un avertissement
 
Même son de cloche chez Mor Ndiaye qui déplore le manque d’eau dans le village. «Forteza peut forer 15 puits de gaz à Ngadiaga et est incapable de creuser un forage pour que la population puisse avoir accès à l’eau. Ici, on nous prive de tout. De l’eau, des emplois, des infrastructures. Le seul travail disponible, c’est le gardiennage. C’est honteux», fulmine Mor Ndiaye qui révèle que les jeunes ne comptent pas rester les bras croisés devant cette forfaiture. A l’en croire, il est temps que Ngadiaga jouit de l’exploitation de ses terres. «On ne peut pas exploiter toute une population et espérer vivre tranquillement, tout en poursuivant l’exploitation du gaz. Le feu n’est qu’un avertissement et ils doivent s’attendre à pire, car le bien mal acquis ne profite jamais. Même les enfants invités à se prononcer connaissent les maux de leur localité. C’est le cas de Mouhamed Mbengue, qui résume le mal-vivre de ses parents au manque d’eau, au manque d’emploi et de poste de santé.
 
Moussa CISS
 
 
 
 



Source : https://www.jotaay.net/VISITE-DU-FORUM-CIVIL-A-NGA...


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