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Venance Konan tacle Tidjane Thiam : « Sa carrière professionnelle a apporté quoi à la Côte d’Ivoire? »

Il y a quelques jours, j’ai échangé les vœux du nouvel an avec un ami sénégalais vivant à Dakar. Et dans la foulée, il m’a donné les nouvelles de ses enfants.

L’aînée travaille à Paris pour une grande société opérant dans le secteur de l’énergie, son fils qui mesure près de deux mètres et est assez doué pour le basket-ball a entamé une carrière dans ce sport aux Etats Unis où son père l’avait envoyé pour ses études, et sa cadette, qui avait fait des études de comptabilité travaille à Dakar pour une multinationale française. Et mon ami de conclure ainsi : « tu te rends compte, j’ai financé les études de mes enfants, l’Etat sénégalais a pris le relais en leur donnant des bourses et aucun d’eux ne travaille pour son pays ! Nous avons utilisé nos maigres moyens pour former des cadres et les offrir aux pays développés. »


Rédigé par leral.net le Mardi 11 Janvier 2022 à 19:41 | | 0 commentaire(s)|

Je lui expliquai que c’était à peu près la même chose dans ma famille. Quand ce ne sont pas les enfants, ce sont les frères, cousins ou neveux qui font leurs vies ailleurs, en Occident. Avec nos encouragements. Que ceux qui lisent ces lignes regardent autour d’eux. Qui n’a pas un membre de sa famille travaillant en Europe, aux Etats-Unis, au Canada ou ailleurs dans le monde, mais pas en Afrique, sauf comme cadre dans une multinationale ? Oui, ceux que nous envoyons étudier dans les pays développés et qui y font de bonnes études ne consentent à revenir travailler sur le continent que dans les entreprises de ces pays. Ou dans la très haute administration de leurs pays qui conduit à la politique.

L’Afrique au service du monde

Il en est de même pour les sportifs, les artistes, les écrivains. Leurs rêves à tous, est de faire carrière loin du continent africain. Le jeune de Bromacoté qui s’inscrit dans une école de formation de football ne rêve nullement de jouer à l’Asec ou à l’Africa, encore moins au Sacraboutou de Bondoukou. Le jeune chanteur de reggae ou de Zouglou qui s’époumone à Abobo ne rêve que de conquérir Babylone et d’y vivre, avec si possible sa nationalité. En attendant, il se contenterait bien du prix de la radio française RFI.

L’écrivain francophone rêve lui, du prix Goncourt, un prix français décerné aux livres édités en France par des éditeurs français. Les anglophones eux rêvent du Booker Prize, l’équivalent britannique du Goncourt. Nos grands sportifs ne reviennent au pays que lorsqu’ils ont fini leurs carrières en Europe où ils ont investi l’essentiel de ce qu’ils ont gagné. De retour au pays, certains d’entre eux cherchent à occuper des postes de prestige pour continuer d’être au firmament.

Telle est la réalité paradoxale de l’Afrique. Le continent le plus pauvre, qui a le plus besoin de cadres compétents, d’ingénieurs, de techniciens bien outillés se saigne pour former toutes ses ressources humaines et elle les met à la disposition des autres pays déjà riches. Quel est le pays africain qui a mis en place une vraie politique de lutte contre cette fuite des cerveaux ? Ne donnons-nous pas chaque année des bourses aux plus brillants de nos étudiants pour l’étranger en sachant qu’ils risquent de ne plus revenir ?



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Au contraire, combien ne sommes-nous pas fiers lorsque nous apprenons que l’un des nôtres travaille dans une grande entreprise occidentale de dimension internationale, sans nous demander ce que ce dernier apporte à son pays. Nous, Ivoiriens, nous sommes extasiés devant la carrière de notre compatriote Tidjane Thiam, compatriote que nous partageons d’ailleurs avec la France puisqu’il possède aussi la nationalité de ce pays. Mais objectivement, qu’est-ce que sa carrière professionnelle a apporté à la Côte d’Ivoire ?

Tidjane Thiam

Je crois savoir que depuis plus de vingt ans il n’a pas remis les pieds ici. A moins que je ne me trompe. Quelqu’un peut-il nous certifier qu’il l’a vu ici depuis la chute du gouvernement de M. Bédié en 1999 ? A-t-il seulement une maison ici ? En fin de compte, quelle est la raison pour nous d’être fiers de sa réussite ?

Finalement, comment espérons-nous voir l’Afrique se développer lorsque tous ses meilleurs cerveaux, voix et muscles sont pris par le reste du monde ? A qui la faute, demanderions-nous ? A personne et à tout le monde. Quel parent n’est pas fier de dire que son rejeton travaille pour telle multinationale ou est cadre dans tel pays européen, américain, ou asiatique ? Quel parent, ayant décelé quelques dispositions en matière de sport ou d’art chez son enfant ne l’incite-t-il pas à s’exiler ? Quels pays africains encouragent-ils sérieusement leurs ressortissants exilés devenus hauts cadres ou hauts techniciens en Europe ou en Amérique à revenir servir leurs patries ?

N’avons-nous pas applaudi lorsque le président français Macron a organisé l’année dernière son sommet France-Afrique nouvelle formule dont un des aspects les plus importants a été d’attirer en France les start-ups africaines les plus innovantes ? Ne rêvons pas. Nous nous sommes condamnés à rester à la périphérie du monde, transpirant pour lui fournir ce que nous avons de meilleur et nous contentant de nos déchets et de ceux des autres.

Venance Konan https://afriksoir.net/actualite/venance-konan-tacle-tidjane-thiam-sa-carriere-professionnelle-a-apporte-quoi-cote-ivoire/

( Les News )

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