Leral.net - S'informer en temps réel

Visite délicate aux États-Unis pour le chancelier allemand Friedrich Merz

Rédigé par leral.net le Mardi 3 Mars 2026 à 12:00 | | 0 commentaire(s)|

Après la Chine, Friedrich Merz est en visite ce 3 mars 2026, aux États-Unis. Le chancelier allemand rencontre ce mardi, Donald Trump à la Maison Blanche. Cette visite est la seconde effectuée par Friedrich Merz en tant que chancelier à Washington. Elle intervient sur fond de tensions avec l'Europe et dans le contexte de la guerre menée contre l'Iran.


Visite délicate aux États-Unis pour le chancelier allemand Friedrich Merz
Friedrich Merz a bien l’intention de parler des droits de douane que le président Donald Trump souhaite imposer aux pays européens. Un thème capital pour l’Allemagne, dont l’économie dépend avant tout des exportations. La décision de la Cour Suprême des États-Unis, qui a retoqué une partie de la politique de Trump en la matière, plonge les industriels allemands dans l’incertitude.

L'Allemagne souhaite davantage de clarté sur les taxes qui vont être imposées à ses produits industriels, comme l'explique Hans Stark, professeur de civilisation allemande à la Sorbonne et conseiller à l'IFRI, l'Institut français de relations internationales.

Le principal objectif, c'est quand même le commerce, puisque l'Allemagne est directement concernée. Tous les Européens sont concernés par les 15 % de droits de douane décidés par Donald Trump. l'Allemagne est en première ligne du fait du volume de son commerce avec les Etats-Unis. Le pays a été son principal partenaire commercial pendant quelques années jusqu'au retour de Trump. Maintenant, la Chine est repassé devant les Etats-Unis, ce qui n'est pas bien vu d'ailleurs en Allemagne. Donc, je pense que Friedrich Merz veut avoir quand même un peu plus de clarté au niveau des prévisions au plan commercial. Merz ne va pas directement critiquer le pouvoir américain. A priori, c'est plutôt quelqu'un qui cherche à amadouer Trump pour éviter le pire, à maintenir le dialogue avec les États-Unis, à empêcher les États-Unis de commettre l'irréparable entre guillemets, notamment aussi vis-à-vis de l'Ukraine.

« L’Allemagne veut entendre du gouvernement américain quelles sont les prochaines étapes », précise un porte-parole à Berlin. Friedrich Merz avait également prévu de plaider une fois de plus en faveur de l’Ukraine auprès de Donald Trump et de lui résumer le contenu de sa visite en Chine, alors que l’hôte de la Maison Blanche doit se rendre lui aussi à Pékin début avril.

L'enjeu de la relation transatlantique

Cette visite intervient après le discours plutôt critique à l'égard des États-Unis prononcé par le dirigeant allemand lors de la conférence de Munich en février dernier. Friedrich Merz avait alors déploré le « fossé culturel » séparant l'Europe des États-Unis sous l'influence du mouvement MAGA. Pourtant le chancelier allemand reste un partisan fervent de la relation transatlantique et il espère maintenir une relation aussi bonne que possible avec l'allié américain, comme l'explique Hans Stark.

Aucun chancelier ne s'était rendu autant de fois aux États-Unis dans sa vie que Friedrich Merz. Il s'est rendu dans le pays une centaine de fois. Il a fait du lobbying pro transatlantique, il a travaillé pour une entreprise américaine lorsqu'il était dans le privé, quand il faisait sa traversée de désert politique, quand Angela Merkel était au pouvoir. Donc Merz, c'est plutôt un représentant des milieux transatlantiques. Et c'est la raison pour laquelle son discours à Munich a plutôt surpris. Je l'interprète en me disant que c'est l'expression d'un amour déçu, d'un amour profond pour l'Amérique, blessé par la politique de Trump et entretenant l'espoir que tout ne soit pas perdu.

Le chancelier allemand est le premier dirigeant européen à se ​rendre à Washington depuis le début de la campagne militaire israélo-américaine en Iran et depuis la décision de ‌la Cour suprême américaine d'invalider le 20 février les vastes droits de douane dits « réciproques » du chef de la Maison blanche.

Donald Trump a littéralement explosé l’ordre du jour, selon la presse allemande, en raison de la guerre en Iran. Berlin, allié indéfectible d’Israël, assure partager les inquiétudes des États-Unis et de l’État hébreux sur le programme nucléaire iranien, tout en soulignant ne pas avoir été associé à l’opération militaire. Friedrich Merz a déclaré que l'Allemagne ne donnerait pas de « leçons » sur la légalité de cette opération.

La question du nucléaire européen

Friedrich Merz effectue cette visite à Washington alors que Berlin et Paris ont par ailleurs annoncé lundi 2 mars leur souhait de « renforcer leur coopération en matière de dissuasion en réponse à l'évolution des menaces ». Le président français Emmanuel ​Macron a dit vouloir accroître l'arsenal ‌nucléaire français. Cette démarche illustre la volonté des deux puissances européennes de s'adapter aux remous des relations transatlantiques dans ⁠un contexte de menace continue représentée par la Russie, quatre ans après le lancement de l'invasion de l'Ukraine, et de crainte d'instabilité accrue avec le conflit en Iran.

Il reste à voir comment le président américain réagira, s'il choisit de le faire, à l'annonce inédite d'un « groupe de pilotage nucléaire de haut niveau » de la France et de l'Allemagne afin de « renforcer leur coopération en matière de dissuasion. » Berlin se repose jusqu'ici essentiellement sur la protection militaire américaine au travers de l'Otan.

« Cette coopération franco-allemande viendra compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l'Otan et les accords de partage nucléaire de l'Alliance atlantique, auxquels l'Allemagne contribue et continuera de contribuer », ont pris soin de préciser les deux capitales dans leur communiqué commun.
Edit