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Addictions et santé mentale : au Gabon, l'urgence d'une réponse publique

Rédigé par leral.net le Dimanche 9 Août 2026 à 09:34 | | 0 commentaire(s)|

Le tabac, l'alcool, les drogues et les troubles psychiatriques ne relèvent plus seulement de comportements individuels. Ils constituent désormais un enjeu de santé publique, mais aussi une question sociale et de responsabilité collective. C'est le constat porté ce samedi à Libreville par le Centre de traitement des addictions et de médecine générale Alia & Zeida Clinique et l'ONG Agir pour le Gabon, à l'occasion d'un déjeuner de presse organisé dans le cadre d'une campagne de (...)

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Le tabac, l'alcool, les drogues et les troubles psychiatriques ne relèvent plus seulement de comportements individuels. Ils constituent désormais un enjeu de santé publique, mais aussi une question sociale et de responsabilité collective. C'est le constat porté ce samedi à Libreville par le Centre de traitement des addictions et de médecine générale Alia & Zeida Clinique et l'ONG Agir pour le Gabon, à l'occasion d'un déjeuner de presse organisé dans le cadre d'une campagne de sensibilisation.

Derrière le message « NON au tabac, aux drogues et à l'alcool », les organisateurs cherchent surtout à déplacer le regard porté sur les addictions et les maladies mentales. Car au Gabon, ces problématiques restent encore largement marquées par la stigmatisation, l'incompréhension et, parfois, l'abandon.

De la rue aux structures de soins : un problème qui dépasse la médecine

À Libreville, la présence de personnes souffrant de troubles mentaux dans les rues constitue l'une des manifestations les plus visibles d'un problème beaucoup plus profond. Certaines personnes vivent dans des conditions d'extrême vulnérabilité, sans accompagnement médical, familial ou social adapté.

Cette situation pose une question essentielle : que fait-on des personnes qui ne sont plus en capacité de se prendre elles-mêmes en charge ?

Au-delà de la compassion, la question renvoie à l'organisation du système de santé, à la disponibilité des structures spécialisées, à l'accompagnement des familles et à la capacité des pouvoirs publics à construire une véritable politique de santé mentale.

« Un pays qui ne soigne pas ses malades mentaux est un pays malade », a lancé le Dr Louma, responsable du Centre Alia & Zeida et président-fondateur de l'ONG Agir pour le Gabon.

Une formule forte qui résume l'enjeu : traiter la maladie mentale uniquement lorsqu'elle devient visible dans l'espace public revient à intervenir trop tard.

Les addictions, des maladies chroniques et non des fautes morales

Le discours du Dr Alphonse Louma insiste également sur une évolution nécessaire dans la perception des addictions.

« Les addictions, tout comme les maladies psychiatriques, sont des maladies chroniques. Il faut une plus grande mobilisation », a-t-il rappelé.

Cette approche implique de sortir d'une lecture exclusivement morale de la consommation d'alcool ou de drogues. La dépendance nécessite un diagnostic, un traitement, un suivi et, surtout, un environnement favorable à la réinsertion.

Or, si les structures spécialisées existent, leur capacité reste nécessairement limitée face à l'ampleur potentielle des besoins.

En six ans, Alia & Zeida Clinique indique avoir accueilli environ 600 personnes souffrant d'addictions et d'autres troubles psychiatriques. Un chiffre qui témoigne à la fois de l'existence de la demande et de la nécessité de renforcer l'offre de soins.

Une mobilisation qui ne peut reposer uniquement sur les acteurs privés

L'engagement de l'ONG Agir pour le Gabon, qui affirme œuvrer depuis plus de 30 ans dans ce domaine, et celui du Centre Alia & Zeida depuis six ans montrent qu'une partie de la société civile et des professionnels tente déjà de répondre au problème.

Mais une question demeure : jusqu'où peuvent aller ces initiatives sans une politique publique structurée et durable ?

La prévention, la prise en charge médicale, la psychiatrie, l'accompagnement psychologique, la réinsertion sociale et le soutien aux familles nécessitent des moyens humains, financiers et institutionnels.

La lutte contre les addictions ne peut donc pas être réduite à des campagnes ponctuelles. Elle suppose une stratégie nationale, des données fiables, des structures accessibles et une coordination entre les secteurs de la santé, de l'éducation, de la justice et de l'action sociale.

L'expertise française comme piste de coopération

Les organisateurs ont également salué la récente visite de la Première Dame du Gabon, Zita Oligui Nguema, dans un centre spécialisé dans le traitement des addictions en France, lors de son séjour dans l'Hexagone.

Cette visite a permis, selon eux, de découvrir des dispositifs français de prise en charge des addictions et d'identifier des pistes d'inspiration pour le Gabon.

L'enjeu ne serait toutefois pas de reproduire mécaniquement un modèle étranger, mais d'en tirer les enseignements susceptibles d'être adaptés aux réalités gabonaises : ressources disponibles, organisation du système de santé, contexte familial et social et spécificités des addictions observées dans le pays.

Allumer une « petite bougie »

« Plutôt que de permettre l'obscurité, chacun de nous doit allumer sa petite bougie », a déclaré le Dr Alphonse Louma.

Au-delà de la formule, le message pose une question politique et sociale : quelle place le Gabon veut-il accorder à la santé mentale dans son modèle de développement ?

La multiplication des personnes vulnérables visibles dans les rues, les difficultés des familles à obtenir une prise en charge et la progression des addictions plaident pour une réponse qui dépasse les initiatives individuelles.

La sensibilisation est nécessaire. La mobilisation l'est davantage encore. Mais l'enjeu véritable demeure la construction d'un système durable de prévention, de soins et de réinsertion, capable de considérer la santé mentale non comme une question marginale, mais comme une composante essentielle de la santé publique et du développement du pays.

Au Gabon, l'urgence n'est donc plus seulement de dire « non » aux addictions. Elle est désormais de construire les moyens de leur dire durablement non.

DRB



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/sante/article/ad...