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Affaire Karim Wade : Et si le Comité des droits de l’homme de l’ONU voulait gifler notre indolence ?


Rédigé par leral.net le Lundi 19 Novembre 2018 à 13:24 | | 0 commentaire(s)|


Imaginons un imam grandiloquent et mégalomane qui, pour montrer son érudition en matière de « fiqh », se débrouille souvent pour commettre un oubli ou rajout (ne nécessitant donc pas une reprise de la prière) afin de les réparer par une prosternation avant ou après le salut final.

Extérieurement, il pourrait séduire par la finesse de sa connaissance du droit, mais intérieurement, c’est-à-dire, devant sa conscience et devant Dieu (SWT), aurait-il une once de dignité ? Sa prière serait-elle valable ? Parce qu’il n’est pas obligé de reprendre la prière, il se croit en droit de s’amuser avec les préceptes qui régissent celle-ci. Les fidèles qui prient derrière un tel imam, devront un jour se demander : c’est quoi un imam qui passe tout son temps à faire des ajustements ?

Un tel imam ne serait rien d’autre qu’un comédien qui s’amuse avec la science du « fiqh ». C’est exactement ce que font Macky et son clan lorsqu’ils prétendent que les exigences de la justice internationale et du Comité des droits de l’homme de l’ONU ne sont pas contraignantes pour le Sénégal et qu’il n’y avait pas lieu de reprendre le procès de Karim Wade.

La bassesse, c’est justement de louvoyer en ce qui concerne les Droits de l’homme, de plaisanter avec la loi et les valeurs de la communauté internationale. Quand le conseil constitutionnel a donné un Avis sur la réduction du mandat de Macky, ce dernier et ses « scientifiques » de cour ont prétendu qu’il ne pouvait pas passer outre cet avis.

Aujourd’hui que le Comité des Nations-Unies demande la révision du procès de M. Karim Wade, ils sont les mêmes à chercher des pirouettes scientifiques pour opposer une fin de non-recevoir audit comité. Si Macky Sall ne respecte pas les chartes internationales que le Sénégal a ratifiées, pourquoi les citoyens sénégalais devraient-ils respecter les décisions de « sa » justice ? Platon avait vraiment raison de suggérer que sans la pudeur et la justice, les gouvernants sont des tyrans de la pire espèce.

En analysant la neutralité axiologique ou plutôt l’ambivalence de la science, Einstein a dit que « la science est un outil puissant. L’usage qu’on en fait dépend de l’homme, pas de l’outil » : la pratique du droit au Sénégal depuis l’avènement de Macky Sall illustre parfaitement cette ambivalence de la science. On trouvera toujours des pseudos juristes ou des techniciens du droit pour justifier les absurdités d’un régime politique. Mais le bon sens citoyen et la volonté populaire devront invariablement constituer le mur de la réalité inviolable, sur lequel buteront les hallucinations de ces juristes manipulateurs.

Imaginons un élève qui, chaque fois qu’on lui rappelle que la tricherie est une très mauvaise pratique, rétorque « oui, mais comme on ne m’a pas frappé pour ça je peux continuer à le faire ». Comment un pays civilisé peut-il justifier son entêtement à faire des absurdités judiciaires et politiques par le caractère « non contraignant » d’une décision d’un organe des Nations-Unies ?

Ce que le Comité des droits de l’homme dit implicitement aux Sénégalais, c’est que si Macky refuse d’appliquer les décisions de la communauté internationale, vous avez le droit de lui résister, d’opposer un refus citoyen à son arbitraire. Bref, la balle est désormais dans le camp des citoyens face à l’acharnement de leur Président. La sentence du Comité des Nations unies ne s’adresse donc pas seulement au gouvernement ; elle s’adresse directement au peuple sénégalais : n’acceptez pas l’arbitraire, je suis avec vous.

Ceux qui disent que la CREI n’a pas été instituée par Macky Sall n’ont vraiment aucun sens du progrès et des luttes que les hommes font depuis toujours pour davantage humaniser les lois et les institutions. Si on suit leur raisonnement, les gouvernements français qui se sont succédé en France depuis le 7 novembre 1800, pouvaient à leur guise arrêter toute femme portant un pantalon au nom de « l’Ordonnance concernant le travestissement des femmes » qui date de 1800 !

Bien que cette ordonnance eût été partiellement levée par deux circulaires en 1892 et 1909 autorisant le port féminin du pantalon en des termes qui font presque rire ("si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d'un cheval »), elle fut pratiquement sans vigueur jusqu’à son abrogation. Ce n’est que le 31 janvier 2013 que cette ordonnance a été abrogée, mais aucune autorité de police n’a jamais recouru à cette ordonnance depuis plus de deux siècles. Mais quand on manque de culture démocratique, on peut croire que les lois sont faites non pour humaniser les hommes (c’est-à-dire leur permettre de rester vertueux et raisonnables) mais pour les punir et les déchoir de leur humanité.

On entend souvent de la bouche des ministres de Macky que Karim Wade a commis des crimes financiers (sans jamais en apporter les preuves) pour justifier la violation de ses droits dans le procès qui l’a condamné. C’est à la limite effarant d’assujettir la justice humaine à des contingences et à des convictions qui ne reposent que sur l’inimitié ou l’adversité politique.

Or même au cas où Karim serait coupable de tels faits, ça ne donnait nullement le droit à l’État sénégalais de le juger d’une façon aussi scandaleuse. Imaginons qu’un agent pénitencier fasse aux États-Unis le raisonnement suivant : « le condamné à mort Mlle X est dans le couloir de la mort parce qu’il est reconnu coupable de crimes odieux ; en attendant son exécution je peux coucher avec elle en la ligotant ou même lui couper une jambe pour nourrir les chiens de la prison » ! Un tel acte serait-il accepté par l’humanité ? Comment peut-on dire que Karim est coupable, donc nous n’avons pas besoin d’organiser un procès normal et aller chercher des preuves à charge contre lui, il nous suffit simplement d’instituer une cour qui s’appelle la CREI pour nous débarrasser de lui ?

Il parait que « Macky Sall ne plie pas sous la pression ». Il faut alors rappeler à l’auteur de ces propos dithyrambiques que toutes les créatures de Dieu sont inexorablement destinées à « plier » et à se plier. Sauf Satan évidemment ! Mais lui, c’est Satan et nous croyants, commençons nos entreprises par « A Onzou bilahi minal chaytani radjiim ».





Alassane K. KITANE
Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès
Président du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal



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