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Afrique : la guerre au Moyen-Orient fait peser une menace sur l’approvisionnement en médicaments

Rédigé par leral.net le Jeudi 9 Avril 2026 à 18:04 | | 0 commentaire(s)|

La situation géopolitique au Moyen-Orient commence à produire des effets concrets sur le continent africain. Selon plusieurs acteurs humanitaires, les perturbations logistiques liées au conflit risquent d’entraîner des tensions majeures dans l’approvisionnement en médicaments, avec des conséquences potentiellement graves pour des millions de patients.


Depuis Dakar, Rodrigue Alitanou, responsable des opérations de l’ONG médicale Alima, tire la sonnette d’alarme. Il redoute une rupture imminente des stocks si la situation perdure. « À la fin du mois d’avril, on n’aura pas de médicaments », avertit-il, soulignant que les impacts pourraient rapidement affecter la continuité des soins, notamment dans les zones déjà fragilisées.

Une chaîne logistique fortement perturbée

Le Moyen-Orient constitue un hub stratégique dans l’acheminement des médicaments vers l’Afrique, en raison de sa position entre l’Asie — principal producteur pharmaceutique — et le continent africain. Or, les tensions actuelles perturbent fortement ce circuit.

La fermeture partielle de l’espace aérien, les difficultés de transit maritime dans le détroit d’Ormuz et l’augmentation du coût du carburant compliquent considérablement le transport des fournitures médicales. Certaines cargaisons ont même dû être annulées ou redirigées, rallongeant les délais d’acheminement de plusieurs semaines.

Des organisations comme Médecins Sans Frontières et la plateforme logistique de l’Organisation mondiale de la Santé à Dubaï font état de retards significatifs et d’une hausse des coûts opérationnels.

Une dépendance structurelle préoccupante

La vulnérabilité de l’Afrique face à cette crise s’explique en grande partie par sa forte dépendance aux importations. Le continent importe plus de 70 % de ses médicaments et plus de 90 % des principes actifs nécessaires à leur fabrication.

Cette dépendance structurelle rend les systèmes de santé particulièrement sensibles aux chocs externes. Déjà fragilisés par la baisse des financements internationaux, notamment américains, plusieurs programmes de santé risquent désormais d’être ralentis, voire suspendus.

« Sur le continent africain, on fonctionne à flux tendu », rappelle Inès Alaoui de Coalition Plus. Une situation qui limite les capacités de stockage et accentue les risques de rupture.

Des conséquences sanitaires redoutées

Si la crise se prolonge, les conséquences pourraient être lourdes. Les ONG évoquent notamment :

des interruptions de traitement pour les patients atteints de maladies chroniques, comme le VIH ;
une baisse de la prise en charge des cas de malnutrition ;
un recours accru à des médicaments de contrefaçon, avec des risques sanitaires importants.

Pour certains experts, il ne s’agit pas encore d’une pénurie généralisée, mais d’une pression supplémentaire sur un système déjà fragile. Toutefois, la tendance reste préoccupante, d’autant que l’instabilité dans la région du Golfe persiste malgré les tentatives de cessez-le-feu.

Une crise révélatrice des fragilités du système

Au-delà de l’urgence, cette situation met en lumière la nécessité pour les pays africains de renforcer leur souveraineté sanitaire. Le développement d’une industrie pharmaceutique locale, la diversification des sources d’approvisionnement et l’augmentation des capacités de stockage apparaissent comme des priorités stratégiques.

En attendant, les acteurs humanitaires restent mobilisés pour éviter une rupture brutale des soins, dans un contexte où chaque retard logistique peut avoir des conséquences directes sur des vies humaines.