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Avis d'inexpert : Des malades mentaux en vedette devant la caméra (par Jean Meïssa Diop)


Rédigé par leral.net le Samedi 21 Juillet 2018 à 21:50 | | 0 commentaire(s)|

Les scènes ressemblent à d’autres vues, il y a une dizaine d’années, sur la Rtbf, chaîne de télévision nationale du Burkina Faso : devant une caméra, des individus mènent une ‘’action de générosité’’ en direction de malades mentaux. Au Burkina, filmés par la caméra, les ‘’bienfaiteurs’’ pourchassaient les déficients mentaux alors forcés à s’arrêter dans leur fuite éperdue pour leur permettre de recevoir - de force -  des habits et des couvertures.

Au Sénégal, précisément à la Sicap-Mbao, dans la lointaine banlieue de Dakar, un certain Abdou  Aziz Diop, lui aussi agissant devant une caméra, ‘’collecte’’ des malades mentaux pour les faire raser, laver et vêtir d’habits dont nous voyons qu’ils sont nouveaux certes, sans pouvoir être certains que ces vêtements sont neufs. Nuance ! Et les scènes filmées sont visibles sur le réseau social Youtube et estampillées leral.net, un portail bien connu de la médiasphère sénégalaise. Le commanditaire de cette opération insolite donne, afin que nul n’en ignore, son adresse géographique et son nouveau surnom : ‘’Le père Teresa sénégalais’’ ! Quand on déploie tant de générosité, il faut que cela se sache ! Bien sûr ! Il faut que cela se chante. Bien sûr aussi !

Mais la vertu semble se tamponner de l’éthique et de la loi qui protège l’identité de toute personne malade mentale. Ne parlons pas de la morale qui réprouve que l’action charitable tintinnabule – sinon plus, qui tambourine et se fait filmer et poster sur la webosphère - et se laisse aller à des élans narcissiques forcément ridicules. L’enseignement biblique veut que la main gauche du donateur ignore ce que fait la droite. Qui n’aura pas procédé dans la discrétion a déjà touché sa récompense qui n’est pas du tout celle que Dieu lui réservait.

Allez savoir s’il n’y a pas un rideau derrière ces actions ; un esprit retors ou méfiant se demanderait ce que ‘’l’homme qui habille et lave  les malades mentaux du Sénégal’’ (sic) va-t-il faire des haillons récupérés des errants et mis dans un gros sac. Et un superstitieux se demanderait ce qu’il en est fait des cheveux coupés… Arrêtons là. Déjà que les distributions de ‘’ndogou’’ (repas de rupture de jeûne par temps de ramadan) éveillent des soupçons malicieux, mais bien légitimes, suspectant d’autres intentions derrière la générosité ostentatoire.

L’opération de rasage de malades mentaux à la Sicap-Mbao devrait susciter deux réactions chez le paladin de la cause des déficients mentaux, le sieur Ansoumana Dione, président aussi volubile que tonitruant de l’Association sénégalaise pour le suivi et l’assistance aux  déficients mentaux (Assad). En effet, Dione peut saluer l’initiative de ‘’père Teresa’’ et, en même temps, protester contre la mise en scène de handicapés mentaux filmés à visages découverts et montrés ainsi sur un puissant réseau social. Mais Dione privilégie - et s’égare toujours dans - les querelles insolites qui finissent par donner l’impression que l’action de l’Assad et de son président est plus politique que sociale.

‘’Communication, tama la, sabar la, xumben la’’ (la communication, c’est du tama, du tam-tam, de l’ambiance). C’est ainsi qu’un quidam, dans un dossier diffusé le 3 juin 2018 sur la Rfm et portant sur les communicateurs traditionnels, a défini le nouveau nom des griots professionnels. Les professionnels de la communication, mais aussi les théoriciens et sociologues de cette science pourraient nous édifier sur cette définition spontanée et artisanale de ce qui se décline comme ‘’l'ensemble des interactions avec autrui qui transmettent une quelconque information’’. Certes, on ne peut écarter le tambourinage des diverses expressions de la communication, mais cette dernière ne saurait être limitée à du tam-tam et à de la réjouissance.

De plus en plus, depuis qu’on les a affublés de ce titre de  communicateurs traditionnels, certains griots tentent de restreindre la communication à ce qu’ils font, mais aussi à quoi les cibles présumés ne sont pas, dans l’absolu, exposés. Evidemment !




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