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Babacar Touré : l’homme qui a contribué à libérer la presse sénégalaise

Journaliste, entrepreneur de presse, formateur et ancien président du CNRA, Babacar Touré a marqué plusieurs décennies de l’histoire médiatique du Sénégal. De Sud Hebdo à Sud FM, en passant par l’ISSIC, son parcours reste intimement lié au combat pour une presse indépendante, professionnelle et pluraliste.


Rédigé par leral.net le Jeudi 13 Août 2026 à 19:31 | | 0 commentaire(s)|

Le Sénégal perd une figure majeure de son histoire médiatique. Babacar Touré, journaliste, entrepreneur de presse, formateur et ancien président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), laisse derrière lui un héritage qui dépasse largement les frontières du groupe Sud.

Formé au CESTI de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Babacar Touré appartient à une génération de journalistes qui, dans les années 1980, portait l’ambition d’élargir les espaces de liberté dans un paysage médiatique alors largement dominé par les médias d’État.

Le pari de la presse indépendante

En 1985, il fait le choix de quitter Le Soleil, avec plusieurs confrères, pour se lancer dans l’aventure de la presse indépendante.

Cette décision donnera naissance à une expérience qui va profondément transformer le paysage médiatique sénégalais : Sud Communication.

Avec Sud Hebdo, devenu par la suite Sud Quotidien, Babacar Touré participe aux grandes batailles de presse des « années de braise ». Aux côtés de titres comme Le Cafard Libéré, Walfadjri et Le Témoin, cette nouvelle génération de journaux contribue à faire émerger davantage de pluralisme dans l’espace public.

La presse privée devient progressivement un acteur incontournable du débat démocratique sénégalais.

Sud FM, une révolution dans l’audiovisuel

En 1994, Babacar Touré franchit une nouvelle étape avec la création de Sud FM-Sen Radio, première radio privée du Sénégal.

L’arrivée de cette station constitue un tournant dans l’histoire de l’audiovisuel national. Elle ouvre la voie à une multiplication des radios privées et à une diversification des voix présentes dans le paysage médiatique.

L’expérience Sud va ainsi démontrer qu'une presse privée professionnelle pouvait s’inscrire durablement dans le paysage national.

Former les journalistes de demain

L’engagement de Babacar Touré ne s’est toutefois pas limité à la production médiatique.

À travers l’ISSIC, il s’est également investi dans la formation des professionnels de l’information et de la communication. Plusieurs générations de journalistes et de communicants ont ainsi bénéficié de cette volonté de renforcer les compétences et la professionnalisation du secteur.

Son parcours institutionnel l’a ensuite conduit à la présidence du CNRA, après plusieurs décennies consacrées au développement et à la défense des médias.

Un héritage qui dépasse Sud Communication

Au-delà des fonctions occupées et des entreprises créées, ceux qui l’ont connu retiennent également un homme attaché aux relations humaines, à la culture et aux artistes.

Sa proximité avec les gens ordinaires, sa générosité et son sens de l’amitié ont également marqué son entourage.

Décédé à 69 ans, Babacar Touré appartient désormais à l’histoire de la presse sénégalaise.

Son héritage se retrouve dans les médias privés qui ont grandi après lui, dans les journalistes qu’il a contribué à inspirer et dans le pluralisme médiatique devenu une composante essentielle de la vie démocratique du Sénégal.

Babacar Touré aura ainsi été de ceux qui ont pris le risque d’imaginer une autre presse. Une presse plus libre, plus indépendante et davantage ouverte à la diversité des opinions.

Mansour Bouna Ndiaye.