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Californie: qui du trumpiste Hilton ou du discret démocrate Becerra pour diriger le puissant État?

Rédigé par leral.net le Mercredi 10 Juin 2026 à 10:46 | | 0 commentaire(s)|

La primaire des candidats au poste de gouverneur de Californie a désigné un candidat démocrate et un républicain pour s’opposer lors du second tour au mois de novembre. Xavier Becerra, candidat discret d’une gauche américaine en manque de leader, et Steve Hilton, ancien conseiller de David Cameron habitué des plateaux de Fox News, s’opposent sur bien des plans. Portrait croisé.


Californie: qui du trumpiste Hilton ou du discret démocrate Becerra pour diriger le puissant État?
Le 4 janvier 2027, Gavin Newsom ne sera plus gouverneur de la Californie. Après deux mandats, l’opposant démocrate de Donald Trump ne peut plus se présenter. Initialement perçu comme son remplaçant, Eric Swalwell a quitté la course en avril 2026, après des accusations d’agression sexuelle formulées à son encontre par l’une de ses anciennes conseillères. Son départ précipité a laissé un vide difficile à combler pour les démocrates.

À gauche, six candidats majeurs se sont présentés, s'invectivant parfois les uns les autres et prenant le risque de fractionner le vote démocrate. Une pluralité trop importante de voix qui a fait, un temps, envisager la possibilité de voir deux candidats républicains sortir en tête de la primaire.

Les électeurs ont finalement choisi le scénario classique. Un démocrate, Xavier Becerra, s'est hissé en tête du scrutin avec 27,9% des voix, talonné par Steve Hilton, un républicain soutenu par Donald Trump, crédité de 25% des voix, alors que les résultats définitifs seront officialisés dans les prochains jours.

Carrière et panache

En portant Steve Hilton au second tour, les électeurs républicains se sont rangés derrière un immigré britannique, naturalisé américain en 2021. Animateur de l’émission The Next Revolution sur la chaîne conservatrice Fox News, le quinquagénaire est « habitué à la parole publique », remarque Emmanuelle Perez Tisserant, docteure en histoire, spécialiste des États-Unis, du Mexique et de l'histoire de la Californie. « Il s’est d’abord fait remarquer par Trump parce qu’il a critiqué les mesures de confinement au moment de la pandémie de Covid », poursuit la chercheuse.

Après avoir été adoubé officiellement par le locataire de la Maison Blanche le 6 avril 2026 sur sa plateforme Truth Social, Steve Hilton a vu sa cote de popularité monter en flèche, distançant dans les sondages l’autre candidat républicain, Chad Bianco.

Conservateur assumé et populiste, ce fils d'immigré hongrois commence sa carrière politique en 2010 en tant que conseiller du Premier ministre britannique David Cameron. Les positions pro-Brexit de Hilton entachent durablement les relations entre les deux hommes et Steve Hilton quitte l’équipe du conservateur deux ans plus tard.

Parodié dans la sitcom britannique « Au cœur de l’action » pour ses frasques - il était connu pour déambuler pieds nus et en short dans les couloirs de Downing Street, rapporte le New York Times - sa personnalité contraste avec la sobriété de son opposant.

Xavier Becerra s’appuie lui sur une carrière politique longue de plus de trente ans grâce à laquelle il cherche à se présenter en candidat expérimenté.

Fils d’immigrés mexicains, issu des classes ouvrières, Xavier Becerra est le premier membre de sa famille à obtenir un diplôme universitaire - un doctorat en droit à la prestigieuse université de Stanford. Élu en 1990 à l’Assemblée de l’État de Californie, puis au Congrès, où il siège 24 ans avant d’être le premier latino-américain nommé procureur général de Californie, Xavier Becerra serait également le premier gouverneur latino-américain de l’État doré. Le sexagénaire a pourtant refusé de « jouer sur le côté identitaire » pendant sa campagne, préférant faire parler son expérience politique, explique Emmanuelle Perez Tisserant.

Champion MAGA contre progressisme discret

Sans faire de bruit dans les médias, Xavier Becerra a voté contre des lois restrictives sur le mariage homosexuel, s’est positionné en faveur d’un renforcement des contrôles sur les armes à feu et défend le droit à l’avortement. Procureur général de Californie entre 2017 et 2021, il s’est opposé plusieurs fois à l’administration Trump pour sa politique migratoire et environnementale. « Ce n’est vraiment pas un populiste, poursuit Emmanuelle Perez Tisserant, mais il a défendu des thèmes chers aux démocrates pendant son temps au gouvernement ».

Sa crédibilité est effectivement renforcée par ses quatre années passées comme secrétaire à la Santé et aux Services sociaux sous l’administration Biden de 2021 à 2025. Pendant son passage, somme toute assez discret, à cette position clé du gouvernement, le démocrate avait notamment « essayé de soutenir la question de Medicare », rappelle Emmanuelle Perez Tisserant. Centrale dans cette élection, la problématique des prix du logement en Californie - et plus largement la question économique de l’État - est au cœur de la campagne démocrate.

Pour Steve Hilton, même combat, mais réponses différentes. Pour le trumpiste, « il faut réduire les taxes et les régulations, y compris environnementales », résume Emmanuelle Perez Tisserant. Le républicain propose, entre autres, de supprimer la taxe californienne sur le revenu pour les 100 000 premiers dollars perçus. Il promet également un gel des taxes sur la propriété. Pour compenser ce manque à gagner pour les finances publiques, Hilton assure sur son site de campagne qu’il les ramènera « au niveau d'avant la pandémie ».

À coup de prises de positions très médiatiques, il s’inscrit pleinement dans l’idéologie MAGA actuelle. Steve Hilton milite activement pour la formation d’un département pour l’efficacité gouvernementale en Californie, à l’image du DOGE monté par Elon Musk au début du second mandat de Donald Trump. Le républicain, soutien du président actuel depuis sa première campagne, est également ouvertement opposé à la participation d’athlètes transgenres à des compétitions sportives.

Candidats en eaux troubles

MAGA compatible, Hilton l’est. Jusque dans son attitude visiblement très favorable aux grands noms de la tech et aux grandes fortunes. Berceau de l’innovation technologique et des start-ups de la Silicon Valley, la Californie regorge de businessmen, parfois progressistes, mais aussi et surtout à la recherche d’un système à faible taxation qui favorise leur développement.

Steve Hilton assume vouloir faire de la Californie la « crypto-capitale du monde ». Qui plus est, sa femme, Rachel Whetstone, a travaillé tour à tour pour Google, Uber, Facebook et Netflix dans des postes de direction des services de communication de ces entreprises.

« Même s’il essaye d'en appeler plus largement à des plus petits entrepreneurs et aux foyers ruraux, il est clairement un candidat plutôt soutenu par les grands milieux entrepreneuriaux. » Sa campagne a notamment été financée par le co-fondateur de Google, Sergey Brin, ou encore par le magnat des médias Rupert Murdoch, propriétaire de Fox News, par l’intermédiaire de sa société News Corp.

Xavier Becerra cherche de son côté à incarner le candidat d’un « vote raisonnable et utile », développe Emmanuelle Perez Tisserant. « Il a occupé des positions exécutives au sein du gouvernement californien, mais aussi au sein du gouvernement fédéral. Il défend des valeurs qui tiennent à cœur aux Californiens, notamment aux démocrates, en particulier la couverture sociale en santé. »

Ses soutiens lui trouvent un caractère rassurant, une attitude du « I’ll get things done [je vais faire le nécessaire, NDLR] », souligne l’universitaire. Un point d’ombre a toutefois plané sur sa campagne. Des enquêtes du New York Times de 2023 avaient révélé que de nombreux jeunes migrants mineurs isolés s’étaient très grièvement blessés en effectuant des métiers à risques après leur arrivée aux États-Unis. Les articles mettent en avant la politique du département de la Santé et des Services sociaux, dirigé à l’époque par Xavier Becerra, en charge de trouver des foyers pour ces enfants.

Face à l’afflux de mineurs isolés au début de l’administration Biden, « M. Becerra a incité son personnel à les faire transiter plus rapidement dans les foyers qui pouvaient être bondés », écrit le New York Times. Une fois sortis des centres d’accueil, les enfants doivent normalement recevoir un appel du département au bout de quelques semaines pour s’assurer qu’ils sont bien en sécurité. Le journal rapporte qu’un tiers d’entre eux, soit 85 000, n’auraient pas été joints.

Parmi eux, certains travaillaient effectivement dans des emplois dangereux, mais d’autres n’ont simplement pas répondu aux appels pour des raisons banales : changement de numéro, filtrage d’appels inconnus, peur d’avoir des problèmes. Aussi, plusieurs candidats, notamment le milliardaire Tom Seyer, ont fortement insisté sur le fait que Xavier Becerra avait « perdu 85 000 enfants ».

Des accusations que ce dernier réfute, s’alignant sur la ligne soutenue par le département de la Santé à l’époque selon laquelle l’administration ne pouvait être tenue responsable de ce qui arrivait aux enfants après leur sortie des foyers d’accueil. Si cette zone trouble n’a pas suffi à écorner durablement l’image du démocrate jusqu’à maintenant, elle reste une faille facilement exploitable pour son opposant trumpiste d'ici le second tour de novembre.

Rfi