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Ce président-là, vraiment . . . . . .

OUI, ce président-là ne cesse de nous étonner, et de nous indigner. Au fur et à mesure des engagements qu’il prend et des actes qu’il pose, je me demande légitimement comment des compatriotes ont pu le réélire. Oui, il a été réélu même si, en amont, des moyens illicites et massifs ont été mis en œuvre pour faciliter cette réélection. Il m’arrive, devant certains des actes qu’il pose, sans état d’âme, de me reporter à mes modestes archives pour m’assurer que c’est bien lui qui a pris tel ou tel autre engagement. C’est ainsi que je suis tombé, comme par hasard, sur la première grande interview de son quinquennat, qu’il a accordée à l’hebdomadaire JEUNE AFRIQUE du 03 juillet 2012. L’interview a eu lieu le 14 juin à 10 heures, dans les salons de la Gouvernance de Kaolack. Ce jour-là, il y présidait son deuxième Conseil des ministres décentralisé, le premier étant celui de Saint-Louis.


Rédigé par leral.net le Lundi 22 Juillet 2019 à 22:49 | | 0 commentaire(s)|

Voici la deuxième question que l’hebdomadaire lui a posée :

« Comment comptez-vous incarner la rupture promise, vous qui avez tout de même participé, comme ministre puis chef du gouvernement, au régime d’Abdoulaye Wade et compte tenu de votre marge de manœuvre économique et financière pour le moins étroite ? »



Notre président, celui que j’appellerai plus tard le président-politicien, répondit :

« La rupture n’est pas qu’un slogan. C’est un comportement, celui que les dirigeants de ce pays doivent adopter. Humilité, sobriété et rigueur doivent régir notre action politique. Je vous assure qu’il s’agit bien là d’une rupture, profonde, avec les pratiques en vigueur sous mon prédécesseur… AVEC MOI, TOUT VA CHANGER. J'AI RENONCÉ À DEUX ANS DE POUVOIR, en ramenant le mandat présidentiel de sept à cinq ans et en m’appliquant immédiatement cette mesure, comme je m’y étais engagé. J’ai tenu, pour la première fois dans l’histoire de ce pays, à déclarer publiquement mon patrimoine, malgré les polémiques entretenues à dessein par mes adversaires. Visiblement, il vaut mieux ne rien publier et cacher son patrimoine, cela attire moins de problèmes. À la fin de mon mandat, je ferai le même exercice, et l’on pourra comparer.



Les Sénégalais ont réclamé une gouvernance plus vertueuse, plus éthique. Nous avons L'OBLIGATION DE RENDRE DES COMPTES, de RÉDUIRE LE TRAIN DE VIE et les dépenses naguère somptuaires de l’État. J’ai, par exemple, pris la décision de vendre le second avion de la présidence ».



J'AI AUSSI TROUVÉ UN GOUVERNEMENT COMPOSÉ DE 38 MINISTRES EN ARRIVANT, ET JE L'AI RAMENÉ À 25. C’est désormais l’un des plus réduits d’Afrique, et je vous assure qu’il aurait été plus simple pour moi de distribuer plus largement les maroquins. Enfin, j’ai décidé de mettre fin à un certain nombre de projets qui n’ont que très peu d’incidence sur le développement du pays et illustrent un gaspillage de nos ressources dont les Sénégalais ne veulent plus.



J’ai supprimé plus de 60 agences et directions nationales[1] dont l’utilité n’était pas avérée. Autant de coupes qui ne réduiront en rien l’efficacité du gouvernement et de l’administration, bien au contraire…’’



Arrêtons-nous quand même un peu sur cette première réponse en considérant, parmi nombre d’autres engagements formels, les trois suivants :



1) « … AVEC MOI, TOUT VA CHANGER. J'AI RENONCÉ À DEUX ANS DE POUVOIR, en ramenant le mandat présidentiel de sept à cinq ans et en m’appliquant immédiatement cette mesure, comme je m’y étais engagé. »

2) « J’ai tenu, pour la première fois dans l’histoire de ce pays, à déclarer publiquement mon patrimoine, malgré les polémiques entretenues à dessein par mes adversaires. Visiblement, il vaut mieux ne rien publier et cacher son patrimoine, cela attire moins de problèmes. À la fin de mon mandat, je ferai le même exercice, et l’on pourra comparer. »[2]

3) « J'AI AUSSI TROUVÉ UN GOUVERNEMENT COMPOSÉ DE 38 MINISTRES EN ARRIVANT, ET JE L'AI RAMENÉ À 25. C’est désormais l’un des plus réduits d’Afrique…. »


Je ne commenterai pas ; j’en laisse le soin aux lecteurs et aux lectrices de se faire leur propre religion. En tout cas, c’est celui-là qui ose nous regarder aujourd’hui, les yeux dans les yeux, sans aucune gêne. C’est celui que des chefs religieux, des imams et de ‘’grands’’ notables inondent de louanges et de prières. Lui, tout en sachant qu’il est loin, très loin vraiment d’incarner les qualités que l’Islam et la morale tout court, attendent du kilifa. Notre regretté Serigne Abdoul Lahat Mbacké ne le compterait sûrement pas parmi les hommes avec qui avait des relations de confiance



Passons à la question suivante :

« Les Sénégalais souffrent et l’expriment. Ils éprouvent des difficultés à se nourrir, à se loger, à se soigner… Compte tenu de leurs attentes, immenses, ne craignez-vous pas de les décevoir ? »

Le président que nous ne connaissions pas encore, répond :

« Je suis pleinement conscient de la difficulté de la tâche à laquelle nous sommes confrontés, mais je n’ai pas peur des défis. Il nous faut cependant, pour espérer changer les choses, modifier notre manière de gouverner et élaborer un nouveau paradigme en matière de conception de nos politiques de développement, avec plus d’efficacité. Il n’y a pas de miracle en la matière, seulement du travail, une vision, des compétences mises au service de l’optimisation de nos ressources. Pourquoi Taiwan, la Corée du Sud ou, plus près de nous, la Tunisie, qui étaient comparables au Sénégal au début des années 1960, ont-ils pu parcourir tout ce chemin et pas nous ? Pourquoi devons-nous toujours importer ce que l’on consomme dans nos assiettes ? Pourquoi ne pourrions-nous pas remplir les objectifs que nous nous fixons ? Rien ne sera simple. Il faudra beaucoup de sueur, de volonté, et consentir à certains sacrifices. J’ai pris des engagements durant la campagne et je mettrai tout en œuvre pour les tenir. Ensuite, les Sénégalais jugeront… »

Sept ans après, nous avons jugé, comme il nous y invitait. Nous sommes encore loin, très loin de Taïwan et de la Corée du Sud, même de la Tunisie. Le Sénégal est toujours compté parmi les 25 pays les plus pauvres et les plus endettés du monde. Pourquoi ces pays ont-ils pu parcourir tout ce chemin et pas nous ? Aucun mystère. Ils travaillent, avec des dirigeants qui montrent le chemin à suivre, privilégient largement le mérite, la compétence, l’intégrité morale plutôt que la proximité politique, familiale, ethnique, confrérique, régionale, etc. Les dirigeants de ces pays placent largement l’intérêt général au-dessus de toutes autres considérations, en particulier les considérations politiciennes.

« Pourquoi devons-nous toujours importer ce que l’on consomme dans nos assiettes ? », se demande-t-il, comme s’il ne connaissait pas la réponse qui coule de source. Au lieu d’investir massivement et intelligemment dans l’agriculture, l’élevage, la pêche et dans tous les autres secteurs productifs, celui qui allait devenir le président-politicien investit des centaines de milliards dans des infrastructures de prestige comme les Arènes de lutte de Pikine, l’Aréna et le Centre Abdou Diouf de Diamniadio et surtout ce fameux Train Express Régional (TER) qui nous coûte déjà les yeux de la tête et dont le chantier est aux arrêts, peut-être pour de longs mois encore[3]. Pour le Pr Makhtar Diouf, ses méga-réalisations sont des éléphants blancs, ‘’qui s’activent pour l’essentiel dans l’inessentiel’’ [4]

Le futur président-politicien se pose encore cette question : « Pourquoi devons-nous toujours importer ce que l’on consomme dans nos assiettes ? ». Pourquoi ? Il le sait parfaitement. Tout est le résultat de sa politique politicienne, de sa volonté de privilégier les infrastructures-bidons, les méga-réalisations, pour frapper plutôt l’imagination des pauvres populations et de s’assurer leurs votes le moment venu. Nous importons annuellement plus de 80 milliards de francs CFA de produits laitiers alors que, pendant l’hivernage, les éleveurs versent, la mort dans l’âme, l’excédent de leur lait dont ils ne savent que faire et ce, depuis bientôt soixante ans. Je passe sous silence nos lourdes importations de riz alors que ce président s’engageait, en 2015-2016, à nous assurer l’autosuffisance dans cette céréale si prisée au Sénégal. Pourtant, le Sénégal peut non seulement se nourrir, mais nourrir un pays comme les ÉTATS-UNIS, affirmait un diplomate nouvellement accrédité à Dakar. Il venait de faire le tour du pays (Saint-Louis, Podor, Matam, Iles du Saloum, la Casamance naturelle, etc.). On raconte aussi que le président Félix-Houphouët Boigny avait lancé à son homologue sénégalais d’alors, cette boutade : « Donne-moi la Casamance et je nourris l’Afrique de l’Ouest ! »

Nous importons aussi l’essentiel des tissus que nous utilisons au Sénégal. La SOTIBA et nombre d’autres usines textiles ont mis la clé sous le paillasson. Rien de plus normal puisque, depuis 1960, la Société de Développement des fibres textiles du Sénégal (SODÉFITEX) peine à produire annuellement 50000 tonnes de coton. Pendant ce temps, à côté de nous le Mali, et un peu plus loin le Burkina Faso, produisent 500 à 600000 tonnes /an chacun.

Nous pourrions nous arrêter sur le maïs, avec lequel on produit une partie de l’aliment de bétail consommé au Sénégal. Avec cet hivernage tardif sur une bonne partie du territoire national, notre bétail est gravement menacé de famine. L’aliment de bétail coûtant très cher, rares sont les éleveurs qui peuvent nourrir leur bétail avec. Et pourtant, des centaines de milliers de tonnes de maïs pourraient être produits dans la vaste zone qui couvre les régions de Kaolack, de Kaffrine, d’une partie de Fatick, celles de Tambacounda, de Kédougou, la région naturelle de Casamance, sans compter la vallée du Fleuve Sénégal ! Il suffisait d’y mettre le prix, et ce prix existe bel et bien. Les Arènes de lutte de Pikine, l’Aréna et le Centre de conférences Abdou Diouf de Diamniadio n’ont pas coûté moins de 100 milliards de francs CFA. Des observateurs avertis avancent même 120 à 130 milliards de FCfa. Avec autant d’argent, peut-être avec moins, on pourrait démarrer un vaste programme de production de maïs, confiée à une agence (ou autre structure), animée par des hommes et des femmes qui n’ont vraiment rien de commun avec ceux et celles qui nous gouvernent aujourd’hui. Des hommes et des femmes choisis parmi les meilleurs d’entre nous, tant sur le plan de la compétence, de l’expérience, de l’esprit d’entreprise, que de l’intégrité morale. Ils auraient pour mission de nous produire, dans un délai raisonnable (cinq ans peut-être), autant de maïs qu’il nous faudrait pour nous auto-suffire en aliments de bétail comme pour les hommes. Il ne s’agit point-là du rêve fou et osé d’un profane. Ce rêve est bien réalisable, jusqu’à preuve du contraire, jusqu’au moment où des experts, de vrais, m’administrent la preuve de ma folie.

Revenons à la fameuse interview qui sert de prétexte à cette contribution ! La question suivante est celle-ci :

« Vous avez lancé une vague d’audits destinés à faire la lumière sur la gestion du pays pendant les années Wade (2000-2012), en précisant toutefois que vous ne souhaitiez pas qu’ils se transforment en chasse aux sorcières. Quel est l’objectif réel et quelles en sont les limites ? »

De sa réponse, nous retiendrons ceci : « Les grands chantiers de Wade, comme entre autres l’aéroport Blaise-Diagne, ont englouti d’énormes ressources. Comment les contrats ont-ils été signés ? Sur quelles bases ? Où en est l’exécution ? Comment l’argent public a-t-il été dépensé ? » Qu’a-t-il fait, en réponses à ces questions ? Rien, sinon que nous nous posons aujourd’hui les mêmes questions sur ces chantiers, notamment ceux du pétrole et du gaz. Ce président-là, vraiment …

Une autre question dont la réponse nous laisse de marbre :

« Y aura-t-il des personnalités intouchables ? Wade lui-même ou certains de vos proches ? »

Voici la réponse renversante de l’ex-mentor du vieux président-politicien: « Personne n’est au-dessus des lois. Le temps de l’impunité est révolu. » Personne vraiment ! Pas même les anciens directeurs généraux de la Société nationale de Poste et du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (COUD ? Pas même les anciens responsables du PRODAC et de nombreux autres gestionnaires indélicats qui sont légion dans la dynastie Faye-Sall et ses suppôts de la coalition au pouvoir ?

Terminons par une dernière question sur le Mouvement ‘’Y en a marre’’ et à laquelle il répond : « Il faut rendre hommage à ce mouvement Y’en a marre, issu des cultures urbaines et du hip-hop, qui s’attache au changement des mentalités, qui s’adresse au chef de l’État comme aux jeunes des banlieues, et qui tente de faire évoluer notre société. Il prône le civisme, le respect du bien commun, la responsabilisation des citoyens, l’intérêt collectif, la solidarité entre les générations, le respect des droits fondamentaux dans un État de droit, etc. Je suis entièrement d’accord avec eux sur ces points (…).

Je renvoie le lecteur, la lectrice, à ce qu’il dit aujourd’hui de ‘’Y en a Marre’’, pour se faire vraiment une idée de ce président-là. Il a accumulé trop de passifs, des passifs très lourds. Dans tout autre pays, un pays sérieux en tout cas, avec des populations conscientes de leurs responsabilités citoyennes et une justice indépendante, il terminerait difficilement son premier mandat ou même, s’il y parvenait, éprouverait toutes les peines du monde à se faire réélire. Aujourd’hui en tout cas, il est empêtré, avec la dynastie Faye-Sall, dans ce qu’on appelle l’Affaire PETRO-TIM. Espérons que, quand la production du pétrole et du gaz commencera vraiment, il aura déjà quitté le pouvoir pour aller ‘’se la couler douce’’ à Houston ou dans un grand palais de luxe, qu’il se fera construire – si ce n’est déjà fait d’ailleurs – dans un lointain paradis fiscal.

Dakar, le 22 juillet 2019

Mody Niang



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