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Chronique-fiction : entretien loin des radars entre Yaya Jammeh et Obiang Nguema à son arrivée à Malabo

Après le départ historique de l’ancien homme fort de Banjul du pouvoir à destination de la Guinée équatoriale, nos confréres du quotidien Guinéenews continuent à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction repris par Leral.net. Ainsi, un tête-à-tête imaginaire entre Yaya Jammeh et son homologue de la Guinée équatoriale, Obiang Nguema, vous est présenté. Les deux hommes en toute intimité, présentent des similitudes rares : l’un a dirigé son pays pendant 22 ans, l’autre est au commande depuis 37 ans sans partage. Lisez leur entretien…


Rédigé par leral.net le Mardi 24 Janvier 2017 à 09:37 | | 0 commentaire(s)|

Chronique-fiction : entretien loin des radars entre Yaya Jammeh et Obiang Nguema à son arrivée à Malabo
Chronique-fiction : entretien loin des radars entre Yaya Jammeh et Obiang Nguema à son arrivée à Malabo

Obiang Nguema : Comment vas-tu mon frangin, le bâtisseur des ponts et des rivières ?

Yaya Jammeh : Merci mon frère d’armes, je vais bien, par la grâce de Dieu et toi ?

Obiang Nguema : Oh, je vais bien aussi. Je suis très content de te revoir. Je te souhaite la bienvenue en Guinée équatoriale, au nom de l’hospitalité africaine.

Yaya Jammeh : Merci beaucoup pour l’accueil fraternel. Ton geste ne me surprend guère. Ta générosité est légendaire en Afrique. Sincèrement, je suis honoré.

Obiang Nguema : Tu n’as pas à me remercier, Jammeh. C’est un devoir. Je suis convaincu, que si j’étais dans la même situation que toi, tu aurais fait la même chose.

Yaya Jammeh : Sans doute. A bas le néocolonialisme, l’impérialisme et tous ses valets. Tu sais, on m’avait fait beaucoup de propositions. La Mauritanie, le Maroc à cause de mon épouse, la Guinée et le Nigéria mais j’ai décliné toutes ces offres.


Obiang Nguema : Tu as bien fait de le refuser. En Mauritanie ou en Guinée, les présidents de ces deux pays respectifs sont tentés par un troisième mandat. En cas d’échec, tu pourrais être dans le collimateur des nouveaux dirigeants. Au Maroc, tu as vu comment ils ont déclaré Sékouba Konaté persona non grata.

En Arabie Saoudite, avec Ben Ali, vous risquez de grossir les rangs des présidents indésirables. Au Nigéria enfin, ils ont été le premier à envoyer des troupes pour aller te combattre. Mieux, tu connais l’exemple de Charles Taylor. Ils lui ont offert l’asile, après ils l’ont pris pour le remettre à la Sierra Leone. Au nom de la lutte contre Boko Haram, on pourrait t’y choper un beau matin.


Yaya Jammeh : ça, c’est ton analyse politique des faits de façon objective mais du côté spirituel, je t’explique pourquoi j’ai décliné. Quand j’ai consulté mes livres saints, on m’a suggéré des pays commençant par « G » comme la Gambie. C’est pourquoi, j’ai fait escale en Guinée avant de continuer vers la Guinée équatoriale.

Obiang Nguema : Dans l’un ou l’autre cas, nous partageons les mêmes avis. C’est moi, personnellement, qui ai appelé le président Condé pour proposer Malabo. Parce que je pense que, pour une belle retraite, tu dois vivre loin de Banjul.

Yaya Jammeh : Merci mon frère d’armes, tu es un panafricaniste convaincu.

Obiang Nguema : Tu sais, Jammeh, ce qui m’a le plus réjoui aujourd’hui, c’est ta sérénité. Je te trouve décontracté et égal à toi-même, malgré toutes les pressions envers toi. Ton malheur, c’est d’avoir eu un opposant, du nom d’Adama Barrow. Le seul Adama bon que j’ai connu, c’est l’époux d’Êve, notre ancêtre.

Yaya Jammeh (rires) : Barrow est une marionnette à la solde de l’étranger et de Macky. Il n’a pas l’étoffe d’un chef. Il prête serment dans une ambassade hors de son pays. Il attend que je quitte Banjul pour rentrer après moi. Son enfant meurt à Banjul, il est incapable d’écourter son séjour au Sénégal pour rentrer en Gambie.


Obiang Nguema : Sincèrement, je pense que tu as fait le bon choix. Que Dieu guide tes pas pour le reste de tes jours. Quand le vent souffle, tu dois plier comme le roseau sans céder. Après le grand vent, tu reprendras ta position initiale. J’ai appris cette sagesse du général Babangida, notre frère d’armes nigérian.

Yaya Jammeh : Tu sais, les militaires sont stoïques et stratèges. Je me suis effacé pour ne pas gêner Barrow. Je vais observer sa gestion de loin. On juge le maçon au pied du mur. Mais je crains qu’il ne soit un président pantin téléguidé de l’étranger.

Obiang Nguema : Mais Jammeh, dis-moi qu’est-ce qui s’est réellement passé, tu perds les élections, tu reconnais ta défaite, tu félicites le vainqueur du scrutin. Tout d’un coup, tu reviens sur ta décision et tu refuses de céder le pouvoir.

Yaya Jammeh : Quand j’ai félicité Adama Barrow lors de mon allocution télévisée, sincèrement, j’étais dans les dispositions de lui transmettre le pouvoir. Je ne le dis pas aujourd’hui parce que j’ai perdu le pouvoir. Je le dis parce que je le pense en âme et conscience.

Obiang Nguema : Tu n’as pas à te justifier, je crois en ce que tu me dis. Je sais que tu es sincère.

Yaya Jammeh : Sincèrement, j’ai eu le flair très tôt que si j’avais rendu le pouvoir à l’époque, j’aurais commis la plus grosse bêtise de ma vie. Mais en revenant sur ma décision, j’ai eu le temps d’ouvrir une crise. Pendant que ça menaçait par-ci, ça criait par-là, j’ai pu préparer mon départ. Aujourd’hui, j’ai sécurisé mes biens, j’ai pris les dossiers d’État, je suis fin prêt pour l’exil.

Obiang Nguema : ça s’appelle profiter des eaux troubles pour pécher. On n’apprend pas à un vieux singe comment se gratter. Je l’ai lu dans un des romans d’Ahmadou Kourouma.

Yaya Jammah : Pour revenir à ta question, sincèrement, je voulais céder le pouvoir mais j’ai été sidéré par les premières déclarations de Barrow et celles de son équipe. Ils ont multiplié les maladresses et les erreurs de communication. Au lendemain du scrutin, quand j’ai senti la défaite, j’ai pris mon téléphone en direct de la télévision nationale pour féliciter Barrow.

Obiang Nguema : Après ta défaite, la suite, on la connait. Il devait s'ensuivre la passation de pouvoir en ce mois-ci et ton retrait à « Kanilaï », ton village natal.

Yaya Jammeh : Exactement ! Mais qu’a fait Barrow ? Le pauvre a d’abord dit que je ne serais pas poursuivi à la CPI. Ce que j’ai hautement apprécié. Peu après, poussé probablement par Dakar, il a dit, sans gêne, que le premier dossier de son mandat serait ma traduction devant les tribunaux gambiens. Quel affront !

Obiang Nguema : Je pense que Barrow est un néophyte aux affaires. Quand tu accèdes au pouvoir dans des conditions similaires que lui, surtout pour un civil, il n’a pas à menacer un militaire aux commandes. Surtout que la passation de service n’a pas eu lieu encore. La sagesse aurait voulu qu’il amorce une transition apaisée en douceur d’abord. Ensuite, il cherche à rassurer tes partisans et à réconcilier les Gambiens. Puis, il relance l’économie, réforme la justice et les forces de sécurité avant de lancer des procès.

Yaya Jammeh : Tu as tout compris, il y a un temps pour chaque chose. Il y a un temps pour la transition et un temps pour la justice. Mais avec une haine incroyable, j’ai entendu Fatoumata Jallow Tambadiang, ancienne conseillère de Dawda Jawara, que j’ai renversé en 1994, et membre de la coalition de Barrow, jusqu’à promettre la prison à moi et à tous les militaires loyalistes. Elle est folle celle-là.

Obiang Nguema : Cela s’appelle l’appel à la vengeance.

Yaya Jammeh : Multipliant les provocations, il a fait libérer les prisonniers politiques.


Obiang Nguema : Cette libération aurait été, politiquement plus appréciée, s’il l’avait fait le jour de son investiture, par exemple mais c’est l’inexpérience.

Yaya Jammeh : Pis, Barrow annonce la normalisation de l’axe Dakar- Banjul. Il est allé jusqu’à promettre sa première visite officielle au lendemain de son investiture au Sénégal, où il irait s'agenouiller devant le calife des Mourides. C’est son plein droit. Mais il aurait pu faire l’économie de ces déclarations tapageuses après son investiture.

Obiang Nguema : Sous Barrow, je te préviens, la Gambie sera une province du Sénégal.

Yaya Jammeh : Et c’est Barrow qui a été le premier à appeler la communauté internationale au secours. Preuve par dix qu’il ne sera pas apte à gérer des crises internes.

Obiang Nguema : Je que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi le Sénégal et le Nigéria sont les plus déterminés à en finir avec toi, coûte que coûte.

Yaya Jammeh : Je t’explique d’abord pourquoi les agitations du Sénégal voisin. Tu sais bien que rien ne va entre Macky et moi. De tous ses prédécesseurs, Macky est le pire. Ensuite, depuis la sortie de la Gambie du Commonwealth, j’ai signé des accords militaires avec la Russie, alors que le Sénégal a préféré signer avec les USA.

Obiang Nguema : Je vois là où tu veux en venir

Yaya Jammeh : Autre problème. Il y a le projet de construction du pont de Farafégni sur le fleuve Gambie. En février 2016, j’ai pris un décret fixant le prix du passage d’un camion de marchandises sur le sol gambien à 400 000 francs CFA au lieu de 4 000 CFA, Macky Sall a vu rouge. Depuis, il m’en veut. Donc, ce qui l’arrangerait, c’est mon départ. Et le prétexte qu’il invoque, ce sont ces élections.

Obiang Nguema : Je comprends ses agissements.

Yaya Jammeh : Comme les Occidentaux, ils ne peuvent pas m’atteindre, ils arment le Sénégal et le Nigeria. Pour rappel, l’Union européenne a suspendu ses relations avec Banjul depuis l’expulsion de sa représentante. Il y a également la sortie de la Gambie du Commonwealth en 2013, puis mon rapprochement d'avec Moscou, Pékin et des pays arabes. Ensuite, Paris qui a mis fin à nos relations diplomatiques et la transformation de la Gambie en République islamique. Sans oublier notre retrait de la CPI.

Obiang Nguema : Va prendre un petit repos, tu es trop fatigué. Après, on en parlera

Yaya Jammeh : Non, je prends mes ablutions pour lire le Coran et maudire ce petit Barrow.

Note de l'auteur : Seuls les personnages sont vrais. L'entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration.
 



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