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Commissaire Marème Diao, Directrice de la Police des étrangers et des titres de voyage : Une femme de conviction

Rédigé par leral.net le Mercredi 18 Mars 2026 à 16:02 | | 0 commentaire(s)|

Commissaire de police divisionnaire, Marème Diao fait de sa profession un sacerdoce. Directrice de la Police des Étrangers et des Titres de Voyage (Dpetv), elle s’engage à servir, en tout lieu et en tout temps, la nation. Parcours d’une dame de conviction au service de la police.


Son bureau est spacieux et bien ordonné. Chaque objet est à sa place. Les dossiers sont soigneusement rangés. Les stylos sont bien rangés. On a l’impression que l’espace lui-même, obéit à une discipline intérieure. Ce décor n’est pas anodin. Il ressemble à celle qui l’occupe : Marème Diao, commissaire de police divisionnaire, Directrice de la Police des étrangers et des titres de voyage (Dpetv), communément appelée « Bureau des passeports ». Elle dirige cette entité depuis août 2024.

Cette direction est chargée de la délivrance des passeports nationaux et des sauf-conduits, de l’application de la législation fixant les conditions de séjour et d’établissement des étrangers, de la délivrance des cartes d’identité d’étrangers, des cartes de circulation et des documents portant exemption du versement de la consignation de rapatriement, ainsi que de l’exécution des arrêtés d’expulsion.

Trouvée dans ses locaux sis à Dieuppeul, la commissaire dégage une grande sérénité. Son regard est attentif, sa posture droite. Quand elle parle, les mots viennent avec mesure. La voix est posée et calme, sans précipitation. Chaque phrase est claire, cohérente, comme dans un rapport d’enquête, où la précision est une exigence. Née à Pikine Guinaw Rail (Dakar), Marème Diao est la fille aînée d’un père profondément attaché aux valeurs islamiques. Elle grandit ainsi dans un environnement où la rigueur et l’éducation occupent une place centrale. Elle effectue ses premières années d’études françaises à l’école 8 de Pikine puis à l’école « Baraak », avant de poursuivre son cycle moyen au cours privé « Gaïndé Fatma », où elle obtient son Brevet de fin d’études moyennes (Bfem). Elle est, par la suite, orientée au lycée Blaise Diagne, où elle décroche, en 1997, le baccalauréat série A3 avec mention.

Son ambition est alors de poursuivre ses études supérieures à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Mais, souligne-t-elle, « puisque mon papa ne voulait pas que je m’éloigne trop de lui, j’ai changé de cap pour m’inscrire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ». À l’époque, son rêve est clair : devenir avocate. « Enfant, quand on jouait, j’étais toujours l’avocate », se souvient-elle. Fascinée par les grandes figures du barreau, notamment la défunte avocate Mame Bassine Niang, elle nourrit très tôt une passion pour le droit. Elle s’inscrit à la Faculté des sciences juridiques et politiques. L’effectif pléthorique des étudiants dans l’amphithéâtre et les conditions difficiles de la faculté, ne l’ont pas découragée. Très vite, elle s’intègre, prend ses marques et se met au travail. Elle fait un parcours sans faute de la première à la quatrième année. Une abnégation et un sérieux dans les études ,sanctionnés par une maîtrise en droit, option relations internationales. Mais, au fil des années, une autre influence va progressivement orienter son destin : son oncle, policier. Petite, elle le voit rentrer à la maison, vêtu de son uniforme.

L’image la marque. « Je courais toujours vers lui quand il arrivait », raconte-t-elle. Cette admiration silencieuse s’ajoute à sa formation juridique et finit par la conduire vers les métiers de la sécurité. Lorsqu’elle apprend que la police recrute, elle décide de tenter le concours, presque par défi personnel. « On nous avait dit que la police nationale ne prenait que deux femmes. Je me suis dit : je vais essayer pour tester mes capacités », rappelle-t-elle. Le pari est risqué, mais elle réussit brillamment. Avec le recul, elle y voit presque un signe du destin. « Je croyais que je le faisais pour m’entraîner. Mais je pense que Dieu avait déjà décidé autrement. Je suis une femme de conviction et de passion ».

Impacter positivement

Après trois ans de formation à l’École nationale de police, elle en sort en 2005, en tant que commissaire. Son parcours dans cette institution ressemble à un long voyage à travers les différentes facettes du métier. « J’ai bourlingué partout », confie-t-elle avec un sourire. À sa sortie, elle débute au commissariat des Parcelles Assainies. Pendant un an et demi, elle y fourbit ses premières armes, apprend sur le terrain et se confronte aux réalités quotidiennes du maintien de la sécurité publique.

Très vite, la curiosité professionnelle la pousse à explorer d’autres horizons. Elle quitte la sécurité publique pour rejoindre les renseignements, une expérience qui a profondément marqué sa carrière. « Les renseignements m’ont beaucoup appris. J’ai été au contact de commissaires qui ont consacré toute leur vie à ce domaine », reconnaît-elle. Quelques années plus tard, elle retourne à la sécurité publique. Elle inaugure le commissariat de Golf Sud (Guédiawaye), qu’elle dirige pendant plus de deux ans, avant d’être affectée au commissariat de la Médina, puis au Premier arrondissement de Thiès, avant de retourner à Dakar.

Aujourd’hui à la tête de la Direction de la Police des étrangers et des titres de voyage, elle s’est fixé une mission claire : rapprocher la police des citoyens. Chaque matin, en arrivant au bureau, elle se rappelle cet objectif. « Nous devons impacter positivement la perception que les usagers ont de la police », dit-elle. Pour elle, l’image du policier ne doit pas être associée à l’arrogance ou à la distance. Au contraire, le policier doit rester à l’écoute du citoyen, prêt à le servir. Cette philosophie guide son management. Elle veille à ce que ses collaborateurs partagent cet état d’esprit : professionnalisme, respect et sens du service public. Derrière l’uniforme, il y a aussi une femme, une épouse et une mère. La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale n’est pas toujours simple, dans un métier aussi exigeant.

« La police est un sacerdoce : servir en tout lieu et en tout temps », rappelle-t-elle. Mais elle peut compter sur le soutien de son époux, qu’elle décrit comme un pilier essentiel. « Nous avons le devoir d’être là, de répondre présent à l’appel du citoyen, de répondre aux demandes des citoyens et d’essayer de les soulager. Et cela n’est possible que lorsque votre conjoint vous comprend et vous soutient. J’ai eu cette chance. Je vis avec mon mari qui me comprend beaucoup, qui comprend mes contraintes, mon travail et les défis », se réjouit-elle.

Toujours animée par une grande soif d’apprendre, elle poursuit également ses études et prépare actuellement un Dea. Passionnée de lecture, elle cultive un esprit curieux pour rester en permanence au diapason du monde qui évolue. « Il faut toujours apprendre, toujours se remettre en question pour que le train ne vous laisse pas à quai », dit-elle.

Dans un univers longtemps dominé par les hommes, Marème Diao est aussi consciente du rôle que jouent les femmes dans la transformation de l’institution. Elle rend hommage aux pionnières qui ont ouvert la voie. « Elles ont balisé le chemin pour que les femmes aient leur place dans la police. Aujourd’hui, la nouvelle génération doit poursuivre ce combat, avec solidarité et détermination », renseigne-t-elle. Être femme, dit-elle, n’est pas un obstacle. Au sein de la police, hommes et femmes poursuivent les mêmes objectifs et accomplissent les mêmes missions. Elle milite également pour une plus grande présence féminine dans les opérations internationales, notamment au sein des missions de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies (Onu). « Le directeur de la Police nationale est vraiment très disposé et très conciliant envers toutes les femmes de la police. Il a une ferme volonté de faire en sorte que les femmes puissent s’épanouir au sein de la police », magnifie-t-elle.






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