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Dans la capitale yéménite, un sans-abri vit dans un arbre

le 12 Octobre 2018 à 16:18

Ce n'est ni pour réaliser un rêve d'enfant ni par fantaisie qu'Ahmed Houbeichi a choisi de vivre dans un arbre dans la capitale du Yémen, Sanaa. Il y a été poussé par la dure réalité de la guerre et la perte de son emploi.


Ahmed Houbeichi dans la cabane qu'il s'est construite dans un arbre en plein Sanaa, capitale du Yémen. Photo prise le 4 octobre 2018
Ahmed Houbeichi dans la cabane qu'il s'est construite dans un arbre en plein Sanaa, capitale du Yémen. Photo prise le 4 octobre 2018

Portant un survêtement rouge, la tête enserrée dans un turban blanc et un pagne noué aux hanches, cet ancien épicier de 29 ans explique calmement sa descente aux enfers.

Il y a quelques mois encore il gérait une petite épicerie, "mais les prix se sont envolés et les dettes se sont accumulées".

Ses clients achetaient à crédit mais n'arrivaient pas à honorer leurs dettes et il a fait faillite, étant incapable à son tour de payer le loyer de sa boutique dans un quartier du sud de Sanaa.

Ahmed Houbeichi a d'abord dormi dans la rue avant d'avoir l'idée de s'installer dans un arbre, un ficus situé sur le terre-plein séparant deux allées très fréquentées de la "Rue 30" de la capitale yéménite.

"C'est mieux que la rue et personne ne vient me réclamer un loyer", dit-il amusé.

Il monte et descend avec agilité de sa cabane faite des restes en bois de son échoppe et de draps tendus entre les branches. Il a même construit une porte.

"J'ai bouché tous les trous pour me protéger du froid", explique-t-il.

Il a aussi réussi à avoir de l'électricité grâce à une petite plaque photovoltaïque, mais vit sans eau courante.

Près de l'arbre, Ahmed Houbeichi surveille un baby-foot que son propriétaire loue aux enfants du quartier. Pour cela, il est chichement rétribué: "J'ai juste de quoi manger".

La guerre qui ravage le Yémen depuis quatre ans a provoqué de graves pénuries et toute la population en souffre. Le conflit a fait quelque 10.000 morts, plus de 56.000 blessés et provoqué la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU.

Sanaa est aux mains des rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, qui sont combattus par des forces progouvernementales appuyées notamment par l'Arabie saoudite.

Mais la situation humanitaire désastreuse n'épargne aucune région du pays.

- Enseignant et trafiquant -

A Taëz, grande ville du sud-ouest, encerclée en partie par les Houthis et défendue par de nombreux groupes, dont des islamistes, des jihadistes, des nationalistes et des pro-gouvernement, un enseignant a lui aussi été poussé à emprunter une voie inhabituelle pour survivre.

Pour subvenir aux besoins de sa famille, Jalal Qassim enseigne l'arabe dans un lycée de la ville le matin, et vend du carburant de contrebande l'après-midi, qu'il propose dans des bouteilles en plastique.

"C'est une situation très pénible. L'enseignant est passé de la classe moyenne au statut de pauvre. Et le salaire n'est pas suffisant pour la location d'une maison et d'autres dépenses quotidiennes", souligne l'enseignant.

"Le salaire, quand il est versé, est trop bas pour couvrir les besoins fondamentaux de la vie", se lamente-t-il, alors que le riyal a perdu les deux-tiers de sa valeur depuis 2015.

Les coûts du gaz, du diesel et de l'essence ont par ailleurs augmenté de 25% depuis novembre 2017, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

Les Houthis accusent les forces loyales au gouvernement soutenues par une coalition militaire sous commandement saoudien de bloquer les approvisionnements d'essence.

Certains habitants accusent eux, les autorités rebelles et les commerçants de s'enrichir sur leur dos en se livrant à un large trafic de carburants.

M. Qassim reste, lui, mystérieux sur ses sources d’approvisionnement.







AFP