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De secrétaire particulier à porte-parole du khalife: La longue marche d’une identité remarquable

Rédigé par leral.net le Lundi 27 Septembre 2021 à 11:06 | | 0 commentaire(s)|

L’histoire de la fonction de porte-parole du Khalife général des Mourides suit la courbe d’évolution d’une communauté consciente des enjeux de la préservation d’un héritage vital. Ainsi, est-on passé d’un secrétaire particulier à un porte-parole, pour faire face aux exigences du temps.


De secrétaire particulier à porte-parole du khalife: La longue marche d’une identité remarquable
Remonter le temps. Il ne peut en être autrement s’il est question de parler de la fonction de porte-parole dans la communauté mouride. Lorsque l’épidémie de peste faisait des ravages à Diourbel, en 1924, les Français avaient des difficultés pour confiner les populations majoritairement composées de Mourides.

L’administration coloniale sollicitait ainsi le concours de Cheikh Ahmadou Bamba, afin de les convaincre. Rencontrant des difficultés à avoir une entrevue avec le guide religieux alors en recueillement pendant toute une journée, les autorités coloniales lui ont exprimé le souhait d’avoir un interlocuteur pour ne plus vivre pareille infortune.

Proposition qu’il accepte, avant de demander aux personnes âgées de choisir quelqu’un. Et le choix a été porté sur son frère, Serigne Balla Thioro, grâce à ses aptitudes à lire et à écrire en français. Cumulativement avec sa fonction d’administrateur de la ville de Diourbel, chargé d’assurer l’organisation de la cité, il remplissait le rôle de secrétaire particulier du Cheikh jusqu’en 1927, date de la disparition de ce dernier.

L’ancien porte-parole du Khalife de Ngouye Mbind, Serigne Cheikh Thioro Mbacké, (il n’était pas le porte-parole de Serigne Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké en tant que Khalife général des Mourides) définit le rôle en ces termes du secrétaire particulier: « Ce dernier écrit ou reçoit les recommandations du Khalife général pour les exécuter conformément à sa volonté ». Il ajoute que les premiers dignitaires de la confrérie disposaient de secrétaires particuliers.

Ainsi, Serigne Touba avait un secrétaire particulier, en la personne de Serigne Cheikh Balla Thioro. Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, premier Khalife général des Mourides, s’était attaché les services de Massourang Sourang. Serigne Fallou Mbacké avait à ses côtés El Hadji Dame Dramé. Il en était de même avec Serigne Abdoul Ahad Mbacké avec Serigne Modou Mamoune Niang et Abdou Karim Fall. Me Mamadou Lô a joué le rôle de secrétaire particulier auprès de Serigne Abdou Khadre Mbacké.

L’exception Serigne Saliou Mbacké

Le cinquième Khalife de la communauté mouride, Serigne Saliou Mbacké, ne disposait pas de secrétaire particulier mais faisait appel à certains hommes de confiance. En effet, selon Serigne Cheikh Thioro Mbacké, une fois au khalifat, Serigne Saliou avait invité tous les petits-fils susceptibles d’être nommés à ce poste, à la résidence Khadim Rassoul. Il leur a fait savoir qu’il aimerait discuter avec eux de la fonction de secrétaire particulier et leur a dit ceci : « Je n’en vois pas l’utilité, ni ce qu’il nous coûte de ne pas en disposer. Et c’est pourquoi je n’en cherche pas. Sachez tous que c’est juste le droit d’aînesse qui m’impose cette charge. Vous pouvez tous occuper ma position. Alors, partant de l’idée que nous tous avons la même intention d’œuvrer pour Serigne Touba, je ne peux choisir l’un d’entre vous. Toutefois, le premier d’entre vous que je verrai, pourra exécuter cette tâche de manière satisfaisante ». Telle a été la démarche de Serigne Saliou pendant ses 17 ans de khalifat (1990-2007).

Serigne Bass Abdou Khadre, une voix rafraîchissante

Sa disparition en 2007 ouvre l’ère des petits-fils au khalifat. El Hadji Mouhamadou Lamine Bara Fallilou, le premier à être Khalife général des Mourides parmi les petits-fils de Cheikh Ahmadou Bamba, a choisi Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre pour qu’il joue le rôle de secrétaire particulier, mais avec une autre appellation : porte-parole du Khalife général des Mourides. C’était en 2009. « Ñi ko moomoon dem nañ ñi bokk ño fi dess » (Les propriétaires ne sont plus, ce sont les héritiers qui sont là maintenant), disait Serigne Bara. Il a ainsi confié la « voix » de la confrérie à Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre.

D'après "Le Soleil", à la disparition d’El Hadji Mouhamadou Lamine Bara, son successeur, Serigne Cheikh Sidy Moctar Mbacké, l’a reconduit à son poste et l’a conforté dans sa mission, en affirmant en public au cours d’une de ses déclarations, que c’est Serigne Bassirou Abdou Khadre « l’œil, la bouche, les pieds » du Khalife général, faisant ainsi de lui une figure familière. Serigne Mountakha Mbacké, actuel Khalife de la communauté mouride, lors d’un récent discours d’appel au grand Magal, lui a renouvelé sa confiance à travers ces propos : « Tant que je suis là, ce sera avec vous… ».

S’agissant de Serigne Bass Abdou Khadre, notre interlocuteur confie qu’il éprouve une grande fierté en l’écoutant car, dit-il, c’est une volonté de Serigne Touba qui s’exprime, non sans souligner la difficulté de la tâche. « C’est comme un discours de Serigne Abdoul Ahad autant dans la forme que dans le fond. Il parle utilement », soutient Serigne Cheikh Thioro. Il poursuit : « C’est une personne charismatique qui force le respect et c’est très important. Il a aussi une grande culture générale, qui lui permet d’allier calme, éloquence et pertinence ».

Le fardeau

Pour Serigne Cheikh Thioro Mbacké, avant la désignation du porte-parole, le Khalife était trop exposé. Mais avec l’avènement du porte-parole, qui coordonne les activités du Khalife, parle à la presse au besoin et le représente un peu partout, il y a une meilleure organisation. Par ailleurs, les khalifes, en raison de leur âge avancé, ont besoin de quelqu’un pour les suppléer dans les différentes activités.

Les premiers guides de la communauté n’étaient pas trop âgés quand ils accédaient à la tête de la confrérie. Serigne Modou Moustapha n’avait pas plus de 40 ans. Serigne Fallou était dans la cinquantaine. Serigne Abdoul Ahad avait 54 ans. 75 ans, c’est l’âge de Serigne Abdou Khadre et Serigne Saliou au moment de prendre les rênes. Contrairement aux fils, les petits-fils accèdent au khalifat à un âge plus avancé. Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, né en 1921, avait 86 ans en 2007 lorsqu’il devenait Khalife général des Mourides. Son successeur, Serigne Cheikh Sidy Moctar, était âgé de 85 ans. L’actuel Khalife général, Serigne Mountakha Mbacké, est octogénaire.



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