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Découpage territorial: Décryptage d’un spécialiste en Gouvernance territoriale (Entretien avec Vox Populi)

« Techniquement, le ministre Oumar Guèye a raison, car le découpage est une question de limite territoriale et non de personne, d'affinité ou de position ».
Avec le découpage de 2011, la créature (Ndiagne Diop) était devenue beaucoup plus imposante que son créateur (Oumar Gueye). L’enjeu c’est le contrôle du département de Rufisque


Rédigé par leral.net le Vendredi 14 Mai 2021 à 17:09 | | 0 commentaire(s)|

Découpage territorial: Décryptage d’un spécialiste en Gouvernance territoriale (Entretien avec Vox Populi)
Pourquoi ce découpage-ci se justifie et où se situent exactement les enjeux ?

Le nouveau découpage du département de Rufisque entre en droite ligne des orientations de l’acte 3 de la Décentralisation, dont l’objectif, dans la deuxième phase, est la correction des incohérences territoriales de nos collectivités territoriales, qui, parfois, ont des étendues tellement vastes qu’il se pose un problème de Gouvernance territoriale.

C'est l'exemple du territoire de l'ex- communauté rurale de sangalkam. Or le principe en matière de décentralisation, est de rapprocher l’administration des administrés. la communauté rurale de Sangalkam avec 195 km2, polarisait 33 villages et cités. Ces vastes limites géographiques ne permettent pas une administration de proximité.

Les populations de Gorom 1, 2, et 3, celles de Tivaouane peulh et Niaga, Kounoune, Keur Ndiaye Lô et Keur Daouda sarr, en plus des cités Mbaba Guissé et autres, devaient toutes affronter des distances énormes pour se rendre à Sangalkam et obtenir leurs états-civils. « Un découpage administratif, c’est une question de limite territoriale et non de personne, d'affinité ou de position ». Le nouveau découpage, sur le plan technique et administratif, est bien correct, mais il peut être perfectible.

Pour les enjeux, il faut comprendre que la communauté rurale de Sangalkam a été créée en 1984 à la faveur de la loi N° 83- 48 du 18 février 1983 portant réorganisation administrative de la région du Cap – vert. Elle couvre une superficie de 195 km2, soit le tiers de la région de Dakar. Elle est limitée par l’océan Atlantique, par Keur Massar, par la communauté rurale de Diender dans la région de Thiès et par les communes de Sébikotane, Diamniadio et Bargny.

Toutes ses limites géographiques sont problématiques car il y a une forte dose de sociologie des terroirs. Le département de Rufisque est actuellement l’unique porte de sortie sur Dakar et la principale réserve foncière restante de la région. C’est pourquoi cette zone est en train de recevoir certains grands projets de l’Etat comme par exemple les ZAC de Kounoune et de Tivaouane Peulh, le Plan Jaxaay, la cité des Nations unies qui couvre 100 hectares, l’hôtel de l’OCI qui va couvrir 80 hectares ainsi que le village de la Paix, pour une superficie de 100 hectares.

Pourquoi dites-vous souvent que c'est aussi un règlement de comptes personnel entre deux anciens amis ?

La réalité, au-delà de la science administrative, c’est un conflit entre un créateur (Oumar Gueye) et sa créature (Ndiagne Diop), l’enjeu, c’est le contrôle du département de Rufisque.

Nous avons expliqué ici pourquoi ces vastes limites territoriales devraient être remembrées et corrigées. Mais en 2011, le découpage a été mal fait sur les limites territoriales, mais sur le plan de l’éthique administrative, les populations de Bambilor, Jaxaay, Tivaouane Peulh et Niague sont tous d’accord sur le principe. La preuve, lorsque le président de la République a voulu y revenir, elles étaient toutes contre et l’ont manifesté. Le problème, ce sont les limites géographiques, il faut le rappeler, « un découpage administratif, c’est une question de limite territoriale et non de personne et de position ».

Pour le découpage de 2011, Feu Ibou Diop, ancien sous- préfet de l’arrondissement de Bambilor, a imposé le découpage de 2011 à son ami Ousmane Ngom, ministre de l’Intérieur, qui l’a accepté. Les autorités politiques et administratives se sont arrimées aux propositions du ministère de l’Intérieur, uniquement basées sur des données politiques et n’ont pas cru nécessaire de corriger les dysfonctionnements géographiques. Le découpage s’est fait avec la création de 2 communes (Sangalkam et Jaxaay parcelle Niakoul rap) et de 2 communautés rurales, à savoir Bambilor et Tivaouane Peulh Niague.

Ainsi Oumar Guàye, le principal adversaire du PDS dans la zone, se trouve amputé de tout et se retrouve avec 3 villages (Sangalkam, Noflaye et Ndiakhirate), la commune de Jaxaay qui comprend les quartiers du plan Jaxaay dans Keur massar. Le jackpot revient aux communautés rurales de Bambylor qui polarise 21 villages et tivaouane peulh Niague qui polarise 13 villages.

Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que les cités (El hadji Doudou Bass, cité Mbaba Guissé, cité Sagef Kounoune) ainsi que les villages de Keur Ndiaye Lô (dès que vous descendez le pont de Rufisque), Keur Daouda Sarr, Kounoune, Kounoune Ngalap, sont géographiquement plus proches de Sangalkam que de Bambilor. Il y a donc problème. On voulait simplement affaiblir Oumar Guèye. Ngendouf, par exemple, appartient bel et bien au territoire de Sangalkam, de la même manière que Ndiakhirate peulh, qui est la version jumelle de Ndiakhirate wolof, à 1 km de Sangalkam.

Mais même ce nouveau découpage ne règle pas définitivement les problèmes, car les cités (El hadji Doudou Basse, cité Mbaba Guissé, cité Sagef Kounoune) ainsi que les villages de Keur Ndiaye Lô (dès que vous descendez le pont de Rufisque), Keur Daouda Sarr, Kounoune, Kounoune Ngalap et cité Dabakh, veulent être érigées en communes et s’administrer librement.

Dans l’ex communauté rurale de Tivaouane Peulh Niague, les problèmes sont mineurs, sauf la volonté de Niague qui désire que Tivaouane peulh soit détachée d’elle et rattachée à Keur massar et que lui soit rattaché à Niakoul Rap dans le Jaxaay, car les deux villages ne sont séparés que par la route de Keur massar.

Nous avons face-à-face, Oumar Guèye, diplômé, teigneux et extrêmement mystique et Ndiagne Diop, pas d’études poussées, mais efficace et pragmatique, une machine à produire des résultats. Aujourd’hui, c’est une histoire entre une créature et son créateur. Ndiagne Diop est une créature d’Oumar Guèye.

Dans l’ex communauté rurale de Sangalkam, Oumar Guèye n’écoutait qu’une seule personne, Ndiagne Diop, son tout-puissant président de Commission domaniale. Oumar a un faible pour Ndiagne Diop, je l’ai constaté dans tous ses écrits, car en 2011, "tout ce qu’Oumar Guèye gérait était entre mes mains".

Les deux avaient des relations fusionnelles. Mais avec le découpage de 2011, la créature (Ndiagne Diop) est devenue beaucoup plus imposante que son créateur (Oumar Guèye). Ndiagne est député- maire et siège au Conseil départemental si je ne m’abuse, détient plus de 1 milliard en termes de CEL (contribution économique local qui a remplacé la patente) et avait la haute main sur plus de 21 villages (objet de toutes les convoitises), tandis que Oumar Guèye est patron du département de Rufisque sur le plan politique, mais maire d’une commune de 3 villages et ministre en charge du secteur. Politiquement, Ndiagne est plus attractif, et le Président Macky Sall, au lieu d’arbitrer, essaie d’en tirer profit, en laissant les choses en l’état.

Aujourd’hui, Ndiagne Diop est devenu politiquement très fort et proche de la Première dame et s’est affranchi de la tutelle d’Oumar Guèye. Avec la communalisation intégrale et conséquemment la disparition des communautés rurales, les limites territoriales sont restées tel quel et il fallait corriger pour être en cohérence avec la deuxième phase de l’acte 3.

Tous deux visent le contrôle du département de Rufisque, mais Ndiagne devrait surtout surveiller ses arrières, je ne lui apprends rien. A Sangalkam et dans le territoire de l’ex communauté rurale, Oumar Guèye s’est bâti un mythe et un mysticisme. Teigneux, il ne laissera rien passer maintenant qu’il a l’occasion de corriger le découpage de 2011. Apparemment, c'est ce qui s'est passé.


AKD, spécialiste en Gouvernance territoriale
Ancien président de la Délégation spéciale de Sangalkam



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