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Deschamps répond aux critiques: «Le football, ce n'est de la playstation"

Seconde partie du long entretien exclusif, accordé au Figaro/Sport24 par le sélectionneur des champions du monde, consacrée à la stratégie et, aux critiques.


Rédigé par leral.net le Lundi 3 Septembre 2018 à 11:16 | | 0 commentaire(s)|

DESCHAMPS RÉPOND AUX CRITIQUES : «LE FOOTBALL, CE N’EST PAS DE LA PLAYSTATION»
DESCHAMPS RÉPOND AUX CRITIQUES : «LE FOOTBALL, CE N’EST PAS DE LA PLAYSTATION»
Avez-vous revu la finale contre la Croatie ?

Didier Deschamps. Non. C’est déjà le passé. Je n’ai pas pour habitude de regarder dans le rétroviseur. Ce qui m’intéresse, c’est revoir pour analyser, non pas pour se faire du bien sur le côté émotionnel. A contrario, des critiques ont émané autour du jeu de l’équipe de France… (il coupe)

C’est quoi un style de jeu ? Une philosophie ? Le foot de haut niveau, c’est le résultat. Pour y arriver, il y a plusieurs façons. Je n’ai jamais dit : «peu importe la manière». Oui, il faut gagner, je préfère que mon équipe maîtrise (son sujet), mais tout dépend de l’adversaire. Il y a un rapport de force. On peut penser que … mais à un moment il y a deux situations. Quand on a le ballon et qu’on ne l’a pas. Il faut être efficace dans ces deux situations et on l’a été, plus que tous les autres. Après, si on prend les statistiques -au passage, on peut en faire ce qu’on veut des stats, un peu trop même - la Coupe du monde a été spéciale et n’a pas mis en valeur les équipes qui font de la «possession». Et encore, si c’est pour avoir le ballon et se faire des passes dans sa moitié de terrain et ne pas être dangereux, aucun intérêt.

Comprenez-vous ces critiques ?

Dès notre premier match contre l’Australie (2-1), j’ai senti que ce serait une compétition spéciale. Et lors de tous les premiers matches qu’il y a eu dans les autres poules. Si on peut lier les deux, c’est tant mieux, mais il ne faut pas dire : «j’étais parti pour un tel schéma et j’ai renoncé». Ce n’est pas vrai. Je n’ai renoncé à rien, on s’adapte toujours. Je préfère que mon équipe ait 80% du temps le ballon. C’est arrivé durant le Mondial. Critiquer nos matches contre la Croatie, ou la Belgique, en disant qu’ils ont eu plus le ballon … Peut-être. Après, il faut marquer et faire la différence. On a été bon dans ces domaines, en y ajoutant les coups de pieds arrêtés.

«Il n’y a rien qui m’énerve et m’agace. Chacun est libre de penser ce qu’il veut»

Est-ce que ces discussions autour du jeu des Bleus vous agacent ?
Pas du tout. Je ne les ai pas écoutées pendant et forcément après, des choses me sont revenues aux oreilles. Il n’y a rien qui m’énerve et m’agace. Chacun est libre de penser ce qu’il veut. Que je devais faire jouer untel plutôt qu’un autre, qu’on devait jouer de telle façon (il souffle). Le football ce n’est pas la playstation. Le haut niveau, c’est utiliser ses forces pour contrer un adversaire et anticiper au maximum les choses. Dans ce qu’on peut prévoir, ça peut basculer à un moment. Entre vouloir maîtriser, le faire, se montrer efficace et gagner, sur le papier c’est parfait. Idéal. Mais votre adversaire vous en faites quoi ? Par moment il faut utiliser plus de qualités mentales, être plus laborieux, mais qui a connu une Coupe du monde sans accroc ? Personne. Je n’ai pas mis six matches pour trouver mon équipe. J’ai fait des choix. Au premier match, au deuxième (face au Pérou) et après on a retrouvé les mêmes joueurs lors de la finale.

Sentez-vous vos joueurs mieux armés que vous ne l’étiez en 98 pour entendre et passer outre les critiques ?
Tout dépend de la génération, dont on parle. Les plus jeunes de mon groupe, c’est la génération zapping, ils passent rapidement à autre chose. Les plus anciens prennent ça plus à cœur. Ce qui était le cas pour ma part quand j’étais joueur. Après, ça dépend de chacun. Du caractère, de la personnalité. Mais mes joueurs ne peuvent pas rester insensibles. Ça conditionne logiquement le reste et c’est pour cette raison que je n’ai pas voulu l’être durant la Coupe du monde en me coupant de tout. Ça m’a permis d’être très tranquille et serein, quoi qu’il se passe.
«Il peut y avoir une décompression, un coup de moins bien»

Avez-vous hâte de retrouver la quasi-intégralité des champions du monde ce lundi ?
Ça me fait plaisir. On a passé tellement de temps ensemble, 55 jours avec le staff, quasiment autant avec les joueurs, H24. Il y en a qui se sont découverts, ont appris à se connaitre. Ce ne sont pas que des joueurs de foot, mais aussi des êtres humains. Il y avait les 23 joueurs, plus les membres du staff, le président de la FFF, la DG, les gens qui travaillaient pour nous, ça en fait du monde. On était habitué à un planning chargé et d’un seul coup tout s’arrête. Il n’y a plus rien.

On ne se réveille plus le matin avec le paperboard à noter les consignes, c’est bizarre comme sensation. Je ne vais pas vous mentir, on se réveille très bien le lendemain et les jours suivants. J’ai tout coupé avec le foot assez rapidement.

Sur quoi allez-vous insister face à vos joueurs pour les retrouvailles ?
J’y réfléchis depuis quelques jours. Tout prend forme dans ma tête pour que ce soit le plus clair possible. On se retrouve, après avoir accédé au toit du monde, mais des échéances pas moins importantes arrivent. Il peut y avoir une décompression, un coup de moins bien. Mais, ce ne sont plus les mêmes. Car, ils sont champions du monde. Le regard des gens n’est plus le même. Moi, je suis habitué et vacciné (rires).

Sport24



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