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Dieu et les Hommes : Ce que la souffrance des autres dit de nous

Rédigé par leral.net le Samedi 15 Août 2026 à 15:20 | | 0 commentaire(s)|

Un prêtre et un médecin. L'abbé Pierre et Bernard Kouchner. Deux hommes que beaucoup de choses séparent. L'un regarde le monde à partir de Dieu. L'autre à partir de l'Homme, de ses blessures, de ses détresses, de l'urgence de lui venir en aide.
Et pourtant, dès qu'il est question de souffrance, de pauvreté, de maladie, de vies à secourir, ce qui les sépare s'efface peu à peu. L'un agit au nom de sa foi, l'autre au nom d'une certaine idée de l'Homme, mais tous deux se retrouvent devant (...)

- LIBRE PROPOS /

Un prêtre et un médecin. L'abbé Pierre et Bernard Kouchner. Deux hommes que beaucoup de choses séparent. L'un regarde le monde à partir de Dieu. L'autre à partir de l'Homme, de ses blessures, de ses détresses, de l'urgence de lui venir en aide.

Et pourtant, dès qu'il est question de souffrance, de pauvreté, de maladie, de vies à secourir, ce qui les sépare s'efface peu à peu. L'un agit au nom de sa foi, l'autre au nom d'une certaine idée de l'Homme, mais tous deux se retrouvent devant la même urgence, celle de ne pas abandonner celui qui souffre.

En ce week-end si particulier, entre le 15 août, fête de l'Assomption, et le 17 août, fête de notre indépendance, j'ai ressenti le besoin de rouvrir un livre lu il y a longtemps, Dieu et les Hommes.

Publié en 1993 chez Robert Laffont, l'ouvrage confronte les regards croisés de l'abbé Pierre et de Bernard Kouchner, deux hommes que tout oppose à première vue, mais que la souffrance humaine ramène sans cesse à la même interrogation, celle de notre responsabilité devant l'autre.

Ces deux hommes parlent de Dieu, bien sûr. Mais ils parlent surtout de l'Homme. De celui qui souffre. De celui qui a faim. De celui que la maladie, la guerre, la pauvreté ou l'abandon ont laissé sur le bord du chemin.

Deux chemins, une même humanité

L'abbé Pierre avait Dieu pour horizon. Bernard Kouchner avait l'Homme pour urgence. Mais lorsque quelqu'un souffre, que reste-t-il vraiment de cette différence ? Devant un enfant malade, une famille sans toit, une mère désemparée, un vieillard abandonné, les grandes discussions philosophiques deviennent soudain très petites.

Reste l'essentiel : que faisons-nous ?

Cette question prend une résonance particulière en ce long week-end où se rencontrent, à deux jours d'intervalle, une grande fête chrétienne et la fête de notre indépendance. Entre l'invocation de Dieu et la célébration de la Nation, il y a une réalité que nous ne devrions jamais perdre de vue, celle des Hommes.

« Que Dieu bénisse le Gabon »

Au Gabon, cette phrase est devenue presque incontournable. Elle conclut les discours, accompagne les cérémonies, revient dans la bouche de presque tous les responsables politiques. À force de l'entendre, on pourrait parfois croire notre République gagnée par une forme de théocratie. Mais il suffit de regarder la vie quotidienne pour mesurer la distance entre les mots et les réalités. Trop de citoyens affrontent encore, jour après jour, des difficultés aussi élémentaires que l'accès à l'eau, à l'électricité, aux soins, à l'emploi, parfois simplement à des conditions de vie dignes.

Et certaines réalités devraient pourtant nous atteindre au plus profond de notre humanité.

Un enfant au milieu des décombres. À Plaine-Orety, un quartier situé derrière l'Assemblée nationale, une adolescente de 17 ans a accouché, en février dernier, dans un abri de fortune, au milieu des décombres. Une jeune mère. Un nouveau-né. Des ruines autour d'eux.

Cette scène dit à elle seule ce que les mots peinent parfois à exprimer. Un enfant qui ouvre les yeux sur le monde dans un abri de fortune, au milieu des gravats. Une mère de 17 ans qui l'accueille dans ces conditions.

Comment ne pas éprouver quelque chose devant une telle image ?

Les mots « déguerpissement », « précarité » ou « problème social » prennent alors un autre visage. Ce ne sont plus seulement des notions. Mais des vies, des familles, des enfants.

Il ne s'agit pas d'accuser. Encore moins de chercher dans chaque souffrance matière à polémique. Il s'agit simplement de refuser l'indifférence. De ne jamais nous habituer à voir, près de nous, des hommes, des femmes et des enfants vivre dans des conditions qui devraient continuer de nous émouvoir et de nous interpeller. Car une société perd peu à peu une part de son humanité lorsqu'elle finit par trouver ordinaire la souffrance des autres.

Et le 17 août arrive

Dans deux jours, nous célébrerons notre indépendance. Il y aura le drapeau. L'hymne national. Les cérémonies. Les discours. Les souvenirs. Et certainement, une fois encore, cette invocation que nous connaissons si bien : « Que Dieu bénisse le Gabon. »

Alors le dialogue entre l'abbé Pierre et Bernard Kouchner me revient. L'un parlait à partir de Dieu. L'autre parlait à partir de l'Homme. Leurs convictions n'étaient pas les mêmes. Mais devant celui qui souffrait, cette différence disparaissait.

C'est cela que je voudrais retenir en ce 15 août.
Non pas une leçon de religion.
Non pas une leçon de politique.

Simplement une question : Que faisons-nous du malheur des autres ?
Parce qu'au bout du compte, derrière Dieu, derrière la République, derrière les institutions, derrière nos convictions et nos différences, il reste cette chose fragile qui devrait nous rassembler.

Notre humanité.

Michel ONGOUNDOU LOUNDAH
(*) Dieu et les Hommes, dialogue entre l'abbé Pierre et Bernard Kouchner, conversations recueillies par Michel-Antoine Burnier, Robert Laffont, 1993.



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...