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Economie

Économie : El Hadj Alioune Diouf appelle à ne pas faire du FMI une solution miracle

Rédigé par leral.net le Dimanche 6 Septembre 2026 à 20:03 | | 0 commentaire(s)|

L’accord technique entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) constitue une étape importante, mais il ne saurait, à lui seul, résoudre les difficultés financières du pays. C’est l’analyse défendue par l’économiste El Hadj Alioune Diouf, qui insiste sur la rigueur dans l’exécution des réformes, la maîtrise des dépenses et une gestion plus stratégique de la dette.


« L’accord avec le FMI ne règle pas nos problèmes »

Invité de l’émission « Point de vue », El Hadj Alioune Diouf a livré une lecture sans détour du partenariat entre Dakar et le FMI.

Pour l’ancien directeur du Commerce intérieur, l’accord doit davantage être considéré comme un levier permettant de rééquilibrer l’économie que comme une solution définitive aux difficultés du Sénégal.

« L’accord avec le FMI ne règle pas nos problèmes. Par contre, l’accord avec le FMI peut permettre de régler nos problèmes », a-t-il résumé.

Le véritable défi : passer des plans à l’action

L’économiste estime que le Sénégal ne souffre pas d’un déficit de compétences pour élaborer des politiques économiques. Selon lui, l’administration, le secteur privé et le monde universitaire disposent des ressources humaines nécessaires pour concevoir des stratégies pertinentes.

Le principal enjeu serait plutôt leur mise en œuvre effective. Il cite notamment la question de la dette intérieure, qui continue, selon lui, de peser sur l’activité économique.

« Depuis deux ans, on en parle, mais c’est un problème qu’on n’a pas encore réglé », a-t-il regretté, appelant l’État à davantage de rigueur dans la gestion des ressources publiques.

Réduire les dépenses, mais donner l’exemple

Sur la maîtrise du train de vie de l’État, El Hadj Alioune Diouf défend une approche fondée sur la responsabilité collective. Pour lui, les efforts demandés à la population ne peuvent être pleinement acceptés que si les responsables publics font eux-mêmes preuve de sobriété.

« Un dirigeant doit être exemplaire », a-t-il insisté.

Cette exemplarité est, à ses yeux, indispensable pour renforcer la confiance et faciliter l’adhésion aux réformes économiques parfois difficiles.

Une gestion de la dette tournée vers l’investissement

L’économiste appelle également à dépasser les débats souvent anxiogènes autour d’une éventuelle restructuration de la dette. Il estime qu’une négociation bien conduite pourrait permettre au Sénégal de disposer de marges financières supplémentaires, notamment grâce à un allongement des maturités.

L’objectif, selon lui, n’est pas de se soustraire au remboursement, mais d’éviter que le service de la dette absorbe les ressources nécessaires au développement.

« Nous pouvons payer cette dette, mais on ne veut pas être dans une situation où il faut payer la dette et ne pas investir », a-t-il expliqué.

Donner davantage de place au secteur privé national

El Hadj Alioune Diouf plaide par ailleurs pour une stratégie économique davantage centrée sur les compétences nationales et les entreprises locales capables de porter la transformation industrielle.

Il invite notamment les pouvoirs publics à accompagner les « champions » du secteur privé sénégalais afin qu’ils puissent jouer un rôle moteur dans la création de valeur et l’industrialisation.

S’appuyant sur la pensée de l’économiste François Perroux, il estime qu’il faut placer au centre de la politique économique ceux qui disposent du savoir-faire et de la capacité d’action.

« Colmater les fuites » de l’économie sénégalaise

En guise de conclusion, l’économiste appelle à un sursaut collectif et à davantage de patriotisme économique. Il compare le Sénégal à « une jarre percée », une image destinée à illustrer les ressources qui se perdent lorsque la rigueur, la gouvernance et l’efficacité ne sont pas au rendez-vous.

Pour lui, la réussite de la trajectoire économique du pays dépendra donc autant du soutien des partenaires extérieurs que de la capacité interne à exécuter les réformes, maîtriser les dépenses et valoriser les compétences nationales.