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Entretien avec le président de la convergence Sutsas-Sas, Mbalo Dia Thiam : « Nous avions opté pour la rétention parce que l’ancien gouvernement avait cru pouvoir nous avoir à l’usure »

Suite à la satisfaction par le gouvernement de sa plateforme revendicative, la Convergence réunissant le Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale et le Syndicat autonome de la santé (Sutsas-Sas) a levé, ce dimanche, son mot d'ordre de rétention des informations sanitaires dans les établissements hospitaliers. Cette cessation officielle du conflit le plus épineux et le plus douloureux ayant opposé la convergence Sutsas-Sas à l’Etat du Sénégal est justifiée, selon le président de ladite convergence, par la matérialisation des accords signés depuis 2009. Toutefois, Mbalo Dia Thiam met en garde l’autorité contre toute velléité de sanction en cas d’insuffisance ou d’indisponibilité de l’information. Le patron du Sutsas explique, dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, que la rétention a des incidences négatives sur le partenariat noué entre le Sénégal et d’autres pays. A en croire toujours M. Thiam, les maladies à forte incidence épidémiologique, comme le Vih /Sida, notamment sa composante relative à la prévention de la transmission de la mère à l’enfant, la méningite, la grippe... toutes ces maladies épidémiologiques n’étaient pas concernées par la rétention de l’information sanitaire. Entretien avec Le Témoin…


Rédigé par leral.net le Dimanche 17 Mars 2013 à 11:40 | | 0 commentaire(s)|

Entretien avec le président de la convergence Sutsas-Sas, Mbalo Dia Thiam : « Nous avions opté pour la rétention parce que l’ancien gouvernement avait cru pouvoir nous avoir à l’usure »
Le Témoin: Depuis 2010, les informations sur les activités sanitaires au niveau des hôpitaux n’étaient pas reçues par le ministère de tutelle. Qu’est ce qui était à l’origine de ce mot d’ordre de rétention de l’information sanitaire sur l’étendue du territoire national?

Mbalo Dia Thiam: Nous avions agi ainsi parce que nous avions constaté que le gouvernement avait cru pouvoir nous avoir à l’usure en s’accommodant de cette forme de lutte dans la mesure où le service minimum était assuré dans nos structures sanitaires et qu’il n’y avait pas de risque pour les malades. Nous avions utilisé ce moyen pour pousser les autorités à donner une suite favorable à nos revendications.

Et vous l’avez eue, finalement, cette suite favorable. N’est-ce pas ce qui vous a poussé à lever votre mot d’ordre de grève?

La grève n’avait pas pour finalité de faire mal, mais elle visait plutôt à nous faire entendre par le pouvoir de manière à ce que ce dernier applique les différents accords qu’il avait signés avec nous.C’est l’attitude du gouvernement, qui ne voulait pas respecter ses engagements, qui nous avait poussés à aller vers la rétention. Nous pensions aussi que cette alternative pourrait constituer une réponse adéquate à l’attitude du gouvernement. Nous avons laissé tomber, car il y a des évolutions dans les points qui étaient à l’origine de cette grève. En effet, sur les 29 points inscrits sur notre plateforme revendicative, il ne reste qu’un seul à satisfaire et qui est sans objet. Il s’agit du statut du personnel de la santé. Même si certains pensent que c’est l’unique point résiduel à matérialiser, l’écrasante majorité estime qu’il faut arrêter après avoir mesuré toutes les conséquences d’un mot d’ordre aussi long sur la vie de nos programmes. De plus, à la lumière des accords appliqués, la rétention était devenue sans objet.

Qu’est-ce qui a donc retardé cette levée du mot d’ordre de rétention de l’information sanitaire?

La rétention n’aurait pas dû prendre autant de temps si les autorités d’alors en charge de cette question n'avaient pas traîné les pieds pour respecter les engagements souscrits. Mais maintenant qu’un nouveau gouvernement est venu avec d’autres visions et d’autres préoccupations, nous ne voyons pas pourquoi, après concertations, ce mot d’ordre ne serait pas levé. Il faut dire aussi que le mot d'ordre était devenu sans objet. On en avait discutéd’abord en congrès puis à la veille des concertations nationales sur la santé et l'action sociale. Le principe avait été retenu mais on avait discuté du mode opératoire, c'est-à-dire des mesures d'accompagnement au niveau de la base. Parce qu’on s’était dit que, peut-être qu’en certains endroits, l'information pourrait ne pas être disponible. C'est ce qui a retardé la levée du mot d'ordre et hier, dimanche, le bureau national s'est réuni sur la question et la convergence Sutsas-Sas a entériné la levée du mot d’ordre de rétention de l’information sanitaire. Ce qui a été fait.

N’avez-vous pas, plutôt, levé votre mot d’ordre parce que le bulletin épidémiologique du Sénégal n’existe plus et que les bailleurs de fonds menacent de mettre fin à leur partenariat avec le gouvernement dans le domaine de la santé ?

Si vous n’avez pas de données, vous ne pouvez pas bâtir une stratégie pertinente en matière de lutte. Le bulletin épidémiologique sénégalais n’existe plus au plan international. Finalement, le Sénégal était devenu aveugle dans son système sanitaire. Ce sont les autorités qui l'ont dit dans les bulletins épidémiologiques de l'Afrique. Le Sénégal n'apparait plus et certains bailleurs, comme vous l’avez dit, menacent de quitter le pays parce que n'ayant pas suffisamment d'informations pour continuer à nous aider. Il s’y ajoute qu’en ce qui nous concerne, nous n'avons plus le droit de continuer cette rétention d'autant plus que les nouvelles autorités nous ont dit qu'elles connaissent la rétention, sa nocivité et qu'elles feront tout pour que les accords signés avec le régime précédent soient appliqués.
Ce qui est important, c’est que le mot d’ordre est levé. Il n’y aura plus de rétention d’informations et, pour ce qui est des informations passées, il revient aux autorités sanitaires la charge et la responsabilité de veiller à les rendre disponibles. Il faut noter que, durant tout le temps où cette rétention de l’information sanitaire était en vigueur, tous les syndicalistes avaient reçu l’ordre de produire l’information et de la garder en attendant une éventuelle levée du mot d’ordre pour la rendre disponible. Il ne serait pas convenable que des agents essuient des menaces ou des intimidations parce qu’ils avaient obéi à un mot d’ordre de grève.
Comme le mot d’ordre est levé, l’information sera accessible. Cela dit, l’Etat doit prendre ses responsabilités pour générer les informations passées si elles ne sont pas accessibles.

Avec la rétention des informations sanitaires, on peut dire que la surveillance épidémiologique n'était pas des meilleures parce qu'on se base généralement sur les informations sanitaires pour faire une surveillance épidémiologique. En avez-vous conscience ?

Déjà, le Sénégal n'apparaissait plus dans les bulletins épidémiologiques. Ce sont les autorités qui l’ont avoué en disant que le système était devenu aveugle parce que, non seulement nous n'avions pas d'informations pour prendre en compte l'activité de la santé alors que nous sommes dans une période de rencontre, mais aussi les informations n'étaient pas disponibles pour bâtir des stratégies.
Cela signifie quoi ? Que la rétention constitue un sérieux problème pour les autorités. Mais heureusement que la Convergence Sutsas-Sas avait décidé d'exclure les maladies à forme potentielle épidémiologique de la rétention. C'est pour cela qu'on a pu gérer ces épisodes de méningite, de grippe... Car, si ces maladies faisaient partie du mot d’ordre, les conséquences seraient plus fâcheuses encore.

C’est donc la décrispation après un long bras de fer. Qu’avez-vous à nous confier quant à la disponibilité de ces informations sanitaires?

Le mot d’ordre étant levé, les rapports étant mensuels voire trimestriels, nous pensons que, dès le 30 mars au plus tard, les informations sanitaires du premier trimestre seront disponibles.



Propos recueillis par Maïmouna Faye
« Le Témoin » N° 1116 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2013)














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