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Gabon I « Être députée, c'est éclairer la démocratie, pas se taire »

Rédigé par leral.net le Lundi 5 Janvier 2026 à 06:31 | | 0 commentaire(s)|

Dans une interview accordée aux médias, la députée élue, Justine Judith Lekogo, en pédagogue, a éclairé l'opinion sur le rôle d'un représentant du peuple à l'Assemblée nationale. Elle affirme d'ailleurs qu'« Être députée, c'est éclairer la démocratie, pas se taire » Et d'indiquer que "être député, ne signifie pas se taire entre deux sessions parlementaires ni se limiter à lever la main dans l'hémicycle".
Journaliste : Honorable Justine-Judith Lekogo, une partie de l'opinion publique (...)

- POLITIQUE /

Dans une interview accordée aux médias, la députée élue, Justine Judith Lekogo, en pédagogue, a éclairé l'opinion sur le rôle d'un représentant du peuple à l'Assemblée nationale. Elle affirme d'ailleurs qu'« Être députée, c'est éclairer la démocratie, pas se taire » Et d'indiquer que "être député ne signifie pas se taire entre deux sessions parlementaires ni se limiter à lever la main dans l'hémicycle".

Journaliste :
Honorable Justine-Judith Lekogo, une partie de l'opinion publique s'étonne de vous voir très présente dans les médias et sur les plateaux de télévision. Certains estiment qu'un député devrait se limiter à l'hémicycle. Que leur répondez-vous ?

Justine-Judith Lekogo :

Je leur réponds avec calme, mais avec fermeté : ils se trompent de débat. Cette perception repose essentiellement sur une méconnaissance et parfois une ignorance du rôle réel d'un député aujourd'hui. Être député ne signifie pas se taire entre deux sessions parlementaires ni se limiter à lever la main dans l'hémicycle. Le mandat parlementaire est bien plus large, plus exigeant et plus vivant que cela.

Journaliste :
Donc, selon vous, la mission d'un député ne s'arrête pas aux murs de l'Assemblée nationale ?

Justine-Judith Lekogo :
Absolument pas. Un député est avant tout un représentant du peuple. Et représenter le peuple, ce n'est pas seulement voter des lois, c'est aussi expliquer, sensibiliser, informer et alerter. Cette mission s'exerce sur le terrain, mais aussi dans l'espace public moderne : les médias, la télévision, la radio, la presse en ligne et les réseaux sociaux. Refuser ces espaces aujourd'hui, c'est refuser de parler au peuple là où il se trouve.

Journaliste :
Certains estiment pourtant que vos prises de parole médiatiques traduisent une opposition au gouvernement ou une volonté de déstabilisation. Que leur dites-vous ?

Justine-Judith Lekogo :

C'est une confusion grave. Contrôler l'action du gouvernement ne signifie pas être contre le gouvernement. Questionner n'est pas trahir. Interpeller n'est pas saboter. Le contrôle de l'action gouvernementale est une mission constitutionnelle du député. Une démocratie saine repose sur l'équilibre des pouvoirs. Ceux qui assimilent toute parole critique à une hostilité politique n'ont pas encore intégré la culture démocratique moderne.

Journaliste :
Vous abordez souvent dans les médias des sujets sensibles : corruption, fraude électorale, mauvaise gouvernance, finances publiques, dette. Pourquoi ces thèmes ?

Justine-Judith Lekogo :

Parce que ce sont des sujets d'intérêt national. Parce qu'ils concernent directement la vie quotidienne des Gabonais. Et surtout parce qu'un député a l'obligation morale et politique d'informer le plus grand nombre sur ces questions. La sensibilisation fait partie intégrante de notre mission. Une population informée est une population plus vigilante, plus responsable et plus engagée dans la vie démocratique.

Journaliste :
La nouvelle Constitution gabonaise a-t-elle changé la nature du mandat parlementaire ?

Justine-Judith Lekogo :

Profondément. La nouvelle Constitution est très claire : le député est désormais un élu de la Nation, et non plus un élu d'un parti politique. Cela change tout. Sous l'ancienne Constitution, le député était sous la tutelle de son parti, qui pouvait orienter sa parole, voire mettre fin à son mandat par des sanctions politiques. Aujourd'hui, le député appartient à la Nation. Et un élu de la Nation ne peut pas être confiné au silence.

Journaliste :
Certains affirment aussi que les parlementaires très visibles dans les médias chercheraient avant tout des nominations. Que leur répondez-vous ?

Justine-Judith Lekogo :

Je leur réponds très clairement : on n'a pas besoin d'une nomination pour défendre l'intérêt général ni pour aimer son pays. La défense de la Nation ne se conditionne pas à une fonction à venir. La nomination n'a aucun lien avec les passages d'un parlementaire à la télévision, ni avec ses analyses, critiques ou conseils exprimés sur Facebook, Twitter ou d'autres plateformes.

Ceux qui entretiennent cette idée n'ont pas réellement compris le sens du mandat parlementaire. En ce qui me concerne, je n'attends rien. J'ai fait mes classes. J'ai été agent simple, chargée d'études, chef de service. J'ai servi dans un cabinet ministériel comme conseillère technique et chargée d'études du ministre. J'ai travaillé au sein d'institutions internationales. Mon parcours est public et assumé.

Aujourd'hui, je suis députée. Députée de la Nation. Et cela me suffit pour agir, parler et défendre l'intérêt général. Je n'ai pas besoin d'espérer une nomination pour faire mon travail.

Journaliste :
Donc, selon vous, l'expression publique du député est non seulement un droit, mais aussi un devoir ?

Justine-Judith Lekogo :

Exactement. Un devoir démocratique. Informer, expliquer, rendre compte, éclairer le débat public. À l'ère de l'intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des médias numériques, le rôle du député doit évoluer avec son temps. Ceux qui pensent qu'il suffit d'attendre les sessions pour voter des lois n'ont pas compris les exigences du mandat parlementaire moderne.

Journaliste :
Mais comment concilier liberté d'expression et responsabilité ?

Justine-Judith Lekogo :

La liberté d'expression n'a de sens que si elle est responsable. Je respecte la loi. Je m'interdis l'insulte, la diffamation et les règlements de comptes personnels. Je m'appuie sur des faits, sur l'intérêt général, et je distingue clairement ma parole personnelle de la parole institutionnelle. C'est cette rigueur qui donne de la crédibilité à la parole politique.

Journaliste :
Pour conclure, que diriez-vous aux populations qui continuent de s'étonner de voir des députés s'exprimer dans les médias ?

Justine-Judith Lekogo :

Je leur dirais ceci : ne confondez pas silence et sérieux. Ne confondez pas visibilité et ambition personnelle. Un député qui parle, qui explique et qui alerte remplit pleinement sa mission. La Nation n'attend pas des députés qu'ils se taisent en espérant autre chose. Elle attend qu'ils jouent pleinement leur rôle.

La démocratie n'a pas besoin de députés muets. Elle a besoin de députés éclairants. Et je continuerai, par conviction démocratique, à assumer cette parole au service de la Nation.

Propos recueillis par MTM/JJL



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/politique/articl...