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Évacuation du siège du PDS à Saint-Louis : Quand la cupidité prend le dessus sur l'élégance ( Par Moussa Ndiaye, président national des anciens du parti).


Rédigé par leral.net le Lundi 17 Août 2026 à 11:38 | | 0 commentaire(s)|

Évacuation du siège du PDS à Saint-Louis : Quand la cupidité prend le dessus sur l'élégance ( Par Moussa Ndiaye, président national des anciens du parti).
A Saint-Louis, le siège du Parti Démocratique Sénégalais devient le symbole d’une inquiétante dérive politique puisqu’un huissier, accompagné des forces de l’ordre, a procédé le 8 août 2026 à l’évacuation du siège du PDS aux HLM de Saint-Louis. Les biens et effets personnels présents dans les locaux avaient été jetés dans la rue.

Saint-Louis, ville de culture, de dialogue et de raffinement, mérite mieux que de tels actes susceptibles d’être interprétés comme une volonté d’étouffer l’adversaire politique. L’évacuation de la Permanence du Parti démocratique sénégalais (PDS) de Saint-Louis, effectuée sous les ordres du maire Mansour FAYE a provoqué une vive réaction au sein des responsables et militants libéraux du Sénégal et de la diaspora.

Lorsqu’un maire, dépositaire de l’autorité publique et garant de l’équilibre au sein de sa commune, en vient à jeter son dévolu sur le siège occupé par un parti politique concurrent, la question dépasse largement celle d’un simple bien immobilier : elle touche à l’éthique, à l’élégance républicaine et au respect du pluralisme. Au-delà du contentieux juridique qui entoure la propriété du bâtiment, c’est surtout la dimension politique de cette affaire qui interpelle. Lorsqu’un lieu servant depuis longtemps de Permanence à un parti politique concurrent devient l’objet d’une bataille patrimoniale impliquant l’entourage du maire, la prudence, la retenue et l’élégance devraient naturellement s’imposer. La politique en effet ne doit pas devenir une affaire de possession, elle doit rester une compétition pour les idées, les projets et la confiance des citoyens. 

La politique ne doit jamais se  transformer en une course à l’appropriation des espaces, des symboles ou des moyens permettant à un adversaire de s’organiser. Que l’on partage ou non les orientations du Parti Démocratique Sénégalais et ses activité militantes, il demeurera à la fois un parti historique et emblématique de la vie politique sénégalaise. Vouloir réduire l’espace politique d’un adversaire par des moyens qui traduisent une volonté d’accaparement est de nature à fragiliser la confiance des citoyens dans les institutions locales. 

C’est précisément là que l’élégance politique prend tout son sens : savoir gagner sans humilier, savoir gouverner sans écraser et savoir exercer une responsabilité publique sans donner le sentiment que la fonction de maire est mise au service d’intérêts partisans. 

Dans cette affaire de la Permanence, l’intérêt particulier a pris le pas sur l’intérêt collectif car un siège de parti n’est pas une vulgaire bâtisse à conquérir. Il représente une histoire, une présence militante, des sacrifices et parfois plusieurs générations d’engagement politique. Vouloir s’en emparer, surtout lorsqu’on dispose déjà des leviers de l’autorité municipale, peut donner le sentiment troublant que la puissance publique est mise au service d’une ambition politique personnelle. Dès lors, la question fondamentale n’est donc pas seulement celle des murs d’un bâtiment, elle est aussi celle de la conception que l’on se fait de la responsabilité publique.

Un maire est le premier magistrat de toute la commune, il représente l’ensemble des citoyens, y compris ceux qui ne partagent pas ses opinions politiques. Son rôle doit donc être de préserver la cohésion sociale, de garantir le respect du pluralisme et de favoriser un climat politique apaisé. Dans ces conditions, toute démarche susceptible d’être perçue comme une tentative de réduire l’espace d’expression d’un parti concurrent doit être examinée avec la plus grande rigueur et un sens aigu du discernement.

La démocratie ne se mesure pas seulement à la tenue des élections, elle se mesure également à la capacit�

La démocratie ne se mesure pas seulement à la tenue des élections, elle se mesure également à la capacité des responsables à accepter l’existence de l’adversaire, à respecter ses espaces d’expression et à lui permettre de mener normalement ses activités politiques. C’est absolument dommage, la ville historique de Saint-Louis  mérite une autre image car elle porte une longue tradition de débat, de tolérance et de raffinement, son histoire impose à ceux qui la dirigent une responsabilité particulière.

La conquête politique des prochaines échéances locales devrait se faire par les idées, le bilan, les projets et la proximité avec les populations. Elle ne devrait pas être précédée ou accompagnée d’actes donnant à l’opinion l’impression que l’on cherche à affaiblir matériellement un concurrent. La véritable élégance politique consiste à laisser l’adversaire exister, parler, s’organiser et défendre ses convictions. 

Le pouvoir passe, les principes restent, les échéances électorales passent, les maires changent, les majorités municipales se renouvellent, mais les principes démocratiques, eux, doivent demeurer pérennes.

C’est pourquoi cette affaire doit dépasser la simple querelle entre propriétaires, occupants et responsables politiques. Elle doit inviter tous les acteurs à réfléchir à l’image qu’ils veulent donner de Saint-Louis en particulier et du Sénégal en général. La politique ne grandit personne lorsqu’elle devient une affaire de cupidité, de revanche ou d’appropriation. Elle grandit ceux qui la pratiquent lorsqu’elle reste fondée sur la dignité, la mesure, le respect de l’adversaire et l’intérêt général.

À Saint-Louis comme ailleurs, l’élégance politique devrait toujours avoir le dernier mot sur la tentation de faire main basse sur ce qui appartient au débat démocratique.


Adama Sall (Saint-Louis)

Mame Fatou Kebe