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Fonds pour l’Habitat Social: Une institution stratégique en proie au malaise et aux interrogations


Rédigé par leral.net le Vendredi 4 Septembre 2026 à 20:58 | | 0 commentaire(s)|

Ibrahima DIOP
Ibrahima DIOP
Gestion contestée, départs d’agents, recrutements controversés, favoritisme présumé, marchés et voyages sans résultats visibles : le Fonds pour l’Habitat Social interpelle.

Le Fonds pour l’Habitat Social (FHS), institution stratégique dans la politique de logement social au Sénégal, traverse une période particulièrement préoccupante. Depuis la prise de fonction de l’actuel Administrateur en août 2024, de nombreuses voix internes dénoncent une gestion qui, selon elles, aurait profondément désorganisé l’institution et installé un climat de malaise au sein du personnel.

Alors que les Sénégalais attendent des réponses concrètes à la crise du logement et que l’État affiche l’ambition de renforcer l’accès à l’habitat, le FHS semble, selon plusieurs témoignages internes, s’éloigner progressivement de sa mission première.

Une institution qui peine à produire des résultats

Depuis l’arrivée de l’actuelle direction, les collaborateurs interrogés déplorent l’absence de résultats significatifs et de projets structurants véritablement aboutis.

Plus de deux ans après le début de cette gouvernance, les interrogations sont nombreuses sur les réalisations concrètes du Fonds et sur les résultats obtenus en matière de mobilisation de financements et de production de logements.

Les marchés lancés se multiplient, mais les agents s’interrogent sur leur impact réel et sur leur contribution à la mission fondamentale du FHS.

Une institution publique ne devrait-elle pas être évaluée avant tout sur ses résultats, particulièrement lorsqu’elle intervient dans un secteur aussi sensible que celui du logement ?

Neuf agents écartés : des décisions qui interrogent

La gestion des ressources humaines constitue aujourd’hui l’un des principaux sujets de mécontentement.

Selon des sources internes, neuf agents auraient été écartés depuis l’arrivée de l’actuelle direction. Certains de ces départs seraient intervenus dans des conditions que les intéressés considèrent comme injustifiées.

Le plus préoccupant, selon plusieurs témoignages, serait que certains départs auraient été suivis de recrutements dont la nécessité et les critères de sélection sont aujourd’hui contestés.

Ces décisions alimentent le sentiment, au sein d’une partie du personnel, que la compétence et l’expérience ne seraient plus les seuls critères déterminants dans la gestion des ressources humaines.

Le recrutement d’un ressortissant guinéen soulève une question de transparence

Un épisode particulièrement sensible est également évoqué par des sources internes : le recrutement d’un ressortissant guinéen alors que des sénégalais aurait auparavant été licenciés sans aucune raison véritable.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en cause une personne en raison de sa nationalité. Un recrutement d’un ressortissant étranger peut répondre à des besoins particuliers et doit être apprécié au regard des textes et procédures applicables.

Mais lorsqu’un tel recrutement intervient après le départ de plusieurs travailleurs sénégalais, une question légitime mérite d’être posée : quels critères objectifs ont justifié cette décision ?

Quelles compétences spécifiques étaient recherchées ? Quelle procédure a été suivie ? Pourquoi le choix s’est-il porté sur un ressortissant étranger alors qu’un agent sénégalais peut occuper les fonctions concernées ?

Ces questions méritent des réponses claires, surtout lorsqu’elles interviennent dans une structure publique financée et portée par l’État.

Une gouvernance accusée de favoritisme

Au-delà des recrutements, plusieurs collaborateurs dénoncent une gestion qu’ils qualifient de clanique et marquée par le favoritisme.

La nomination d’un proche de longue date de l’Administrateur à des responsabilités importantes, notamment au niveau de la commission des marchés, suscite particulièrement des interrogations.

Selon des sources internes, cette personne aurait également été promue à un poste qui ne correspondrait pas à son domaine de compétence et bénéficierait d’une rémunération supérieure à celle de certains collaborateurs de même rang.

Si ces informations sont exactes, elles mériteraient d’être examinées avec la plus grande rigueur par les organes compétents afin de déterminer si les procédures de nomination, de promotion et de rémunération ont été respectées.

Car dans une institution publique, le sentiment de favoritisme peut être tout aussi destructeur que le favoritisme lui-même : il suffit qu’une partie du personnel ait le sentiment que les règles ne sont pas les mêmes pour tous pour que la confiance dans la hiérarchie s’effondre.

Des voyages et des missions dont les retombées restent à démontrer

Autre sujet d’interrogation : les nombreux déplacements et missions effectués depuis l’arrivée de la nouvelle direction.

Ces voyages auraient notamment été justifiés par la recherche de partenaires et la mobilisation de financements.

Mais là encore, des agents s’interrogent : quels financements ont réellement été mobilisés ? Quels projets ont été concrétisés ? Quels résultats mesurables peuvent être présentés aux Sénégalais ?

La question n’est pas de contester par principe les missions à l’étranger. Dans une institution chargée de mobiliser des ressources pour le logement social, elles peuvent être parfaitement justifiées.

Mais chaque déplacement financé sur des ressources publiques devrait pouvoir être évalué à l’aune de ses résultats.

Un climat social marqué par la peur et la démobilisation

À l’intérieur du FHS, le malaise serait désormais profond.

Des collaborateurs décrivent une atmosphère de psychose, de peur et d’incertitude, dénonçant un mode de management qu’ils considèrent comme particulièrement autoritaire et peu respectueux des agents.

Certains parlent d’une institution où la confiance aurait progressivement disparu, où les collaborateurs hésiteraient désormais à exprimer leurs désaccords et où les décisions seraient de plus en plus concentrées autour d’un cercle restreint.

La récente démission du Directeur des Opérations est également venue renforcer les inquiétudes du personnel.

Pour plusieurs agents, ce départ constitue un signal supplémentaire de la crise managériale que traverserait actuellement l’institution.

Une institution profondément déstructurée ?

Pour les détracteurs de l’actuelle direction, le problème ne se limite plus à quelques décisions individuelles.

Ils estiment que le FHS aurait été progressivement déstructuré et dénaturé, avec une organisation interne devenue difficilement lisible et un personnel aujourd’hui largement démobilisé.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que le Fonds pour l’Habitat Social n’est pas une structure ordinaire.

Sa mission touche directement à l’une des préoccupations majeures des Sénégalais : l’accès à un logement décent et abordable.

Dans ces conditions, toute faiblesse dans sa gouvernance, toute mauvaise utilisation potentielle de ses ressources ou toute politique de recrutement contestable doit nécessairement interpeller les autorités de tutelle.

Le parcours de l’Administrateur également questionné

Le parcours de l’actuel Administrateur fait lui aussi l’objet de nombreuses discussions au sein de l’institution.

Des collaborateurs s’interrogent sur son expérience et son adéquation avec les responsabilités liées à la direction d’une structure aussi stratégique, rappelant qu’il aurait auparavant occupé des fonctions d’assistant dans le domaine administratif et financier avant d’être nommé à la tête du Fonds.

La question n’est évidemment pas de contester une nomination sur la seule base d’un parcours professionnel.

Mais lorsqu’une institution stratégique connaît autant de difficultés et que son personnel exprime autant d’inquiétudes, il est légitime de s’interroger sur le profil, l’expérience, la vision et les résultats de celui qui en assure la direction.

Le président de la république Bassirou Diomaye Faye et le ministre Moussa Balla Fofana interpellés

Face à ces multiples interrogations, les regards se tournent désormais vers les autorités.

Le ministre chargé de l’Habitat, Moussa Balla Fofana, ainsi que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, sont directement interpellés.

L’objectif ne devrait pas être de protéger une personne ou d’en condamner une autre sans enquête.

Il s’agit plutôt de demander un audit indépendant, complet et transparent de la gestion du FHS depuis août 2024.

Cet audit devrait notamment porter sur les recrutements et départs d’agents, les nominations et promotions, les rémunérations, les marchés publics, les voyages et missions, les dépenses engagées, les financements mobilisés ainsi que les projets effectivement réalisés.

Le Sénégal a besoin de logements, pas d’une institution paralysée

Au fond, la question dépasse la personne de l’Administrateur.

Elle concerne l’avenir d’une institution dont la mission est directement liée aux attentes de millions de Sénégalais.

Le Sénégal a besoin de logements. Il a besoin de financements innovants. Il a besoin d’une administration performante, rigoureuse et transparente.

Le FHS doit donc retrouver sa vocation première : produire des résultats au service de l’intérêt général et répondre concrètement à la demande croissante de logements sociaux.

Si les accusations formulées par certains agents sont infondées, la direction doit pouvoir les réfuter publiquement, documents et chiffres à l’appui.

Si elles sont fondées, alors les autorités doivent prendre leurs responsabilités.

Le moment est venu de regarder la situation du Fonds pour l’Habitat Social avec lucidité. Car lorsque le personnel est démoralisé, que des cadres quittent l’institution, que des recrutements sont contestés et que les résultats attendus tardent à apparaître, l’État ne peut pas attendre que la situation devienne irréversible.

Le FHS appartient à l’État et aux Sénégalais. Sa mission ne peut être subordonnée aux intérêts personnels, aux réseaux d’influence ou aux considérations partisanes. L’intérêt général doit rester la seule priorité.