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Gabon I "Défendre les libertés, c'est aussi protéger la dignité et la cohésion nationale "

Rédigé par leral.net le Mercredi 18 Février 2026 à 13:16 | | 0 commentaire(s)|

La Haute Autorité de la Communication (HAC) a annoncé la suspension des réseaux sociaux jusqu'à nouvel ordre. C'est par un communiqué lu à la Télévision nationale, ce mardi 17 février 2026, que cette information a été annoncée. Dans une interview accordée à cet effet, la députée Justine Judith Lekogo donne son point de vue.
Journaliste : Madame Justine Judith Lekogo, hier, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a pris la décision de suspendre temporairement les réseaux sociaux. Quelle (...)

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La Haute Autorité de la Communication (HAC) a annoncé la suspension des réseaux sociaux jusqu'à nouvel ordre. C'est par un communiqué lu à la Télévision nationale, ce mardi 17 février 2026 que cette information a été annoncée. Dans une interview accordée à cet effet, la députée Justine Judith Lekogo donne son point de vue.

Journaliste : Madame Justine Judith Lekogo, hier la Haute Autorité de la Communication (HAC) a pris la décision de suspendre temporairement les réseaux sociaux. Quelle est votre réaction ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Ma réaction est d'abord institutionnelle et responsable. En tant que députée, élue de la Nation, je suis attachée au respect des libertés publiques. Mais je suis également garante, au même titre que mes collègues parlementaires, de la préservation de l'ordre public et de la cohésion nationale.

La liberté d'expression, consacrée par l'article 14 de notre Constitution, est un droit fondamental. Toutefois, aucun droit n'est absolu. Toute liberté s'exerce dans le respect de la loi, de la dignité humaine et de la sécurité collective. Il ne faut donc pas analyser cette décision uniquement sous l'angle émotionnel ; il faut l'examiner juridiquement et institutionnellement.

Journaliste : Certains estiment que cette décision constitue une atteinte grave à la liberté d'expression. Que leur répondez-vous ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Je comprends ces inquiétudes, parce que je me suis moi-même battue pendant des années pour la défense des libertés fondamentales et des droits de l'homme. Mais défendre la liberté d'expression ne signifie pas accepter son instrumentalisation.

Lorsque des réseaux sociaux deviennent des plateformes de diffamation, de propagation de fausses informations, d'incitation à la haine ou à la violence, l'État a l'obligation d'agir. La liberté d'expression protège les opinions ; elle ne protège ni l'injure, ni la calomnie, ni les atteintes à la réputation.

Il ne s'agit donc pas de museler le peuple. Il s'agit de rappeler que la liberté va de pair avec la responsabilité.

Journaliste : Vous parlez d'encadrement. Pourquoi estimez-vous qu'il est devenu nécessaire au Gabon ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Parce que nous faisons face à un véritable désordre numérique.

Aujourd'hui, sur certaines plateformes et dans de nombreux groupes de messagerie, circulent des audios diffamatoires, des accusations sans preuve, des propos haineux et des contenus qui portent atteinte à la dignité des personnes, notamment des femmes et des jeunes filles.

Les contenus éducatifs, économiques ou citoyens sont marginalisés, tandis que les publications sensationnalistes ou dégradantes attirent davantage d'audience. Cela traduit un déficit d'encadrement juridique et pédagogique.

Le Gabon est un État souverain. Il lui appartient de fixer des règles claires pour que les outils numériques servent le développement du pays et non sa déstabilisation.

Journaliste : N'est-ce pas une dérive autoritaire de vouloir encadrer les réseaux sociaux ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Absolument pas. Encadrer n'est pas censurer. Réguler n'est pas interdire. De nombreuses démocraties à travers le monde ont adopté des lois pour lutter contre les discours de haine, la désinformation ou la cybercriminalité. Cela ne fait pas d'elles des régimes autoritaires.

Ce qui serait irresponsable, ce serait de laisser prospérer une anarchie numérique au nom d'une conception absolutiste de la liberté. Une liberté sans cadre finit toujours par détruire les plus faibles.

Journaliste : En tant que militante des droits de l'homme, n'êtes-vous pas en contradiction avec votre engagement ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Au contraire. Mon engagement pour les droits fondamentaux est cohérent avec ma position actuelle. Les droits de l'homme ne protègent pas uniquement la liberté d'expression ; ils protègent aussi la dignité, l'honneur, la réputation, la sécurité et la vie privée. Lorsque des citoyens sont publiquement salis, insultés ou menacés sur les réseaux sociaux, leurs droits fondamentaux sont violés. Protéger ces personnes, c'est aussi défendre les droits de l'homme.

Journaliste : Que proposez-vous concrètement pour l'avenir ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Je propose une approche structurée et équilibrée. Il serait souhaitable que le Ministère de la Communication, le Ministère de l'Économie numérique et les autorités de régulation compétentes se concertent pour élaborer un cadre juridique clair et proportionné.

Ce cadre devrait viser à :

• Responsabiliser juridiquement les utilisateurs ;
• Renforcer la lutte contre la diffamation et les discours de haine ;
• Protéger les mineurs contre les contenus inappropriés ;
• Promouvoir l'usage des réseaux sociaux comme outil d'éducation, d'innovation et de développement ;
• Mettre en place une véritable politique d'éducation au numérique pour les jeunes.

L'encadrement doit être légal, transparent et respectueux des principes constitutionnels.

Journaliste : Certains jeunes affirment que les réseaux sociaux sont leur seul espace d'expression. Que leur dites-vous ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Je leur dis que leur voix est importante, mais qu'elle doit être responsable.

Les réseaux sociaux peuvent être un formidable outil d'apprentissage, d'entrepreneuriat et d'innovation. Ils peuvent permettre aux jeunes de développer leurs compétences, de valoriser leurs talents et de participer au débat public.

Mais ils ne doivent pas devenir un espace de destruction morale ou de banalisation de comportements déviants.

Je crois profondément en la jeunesse gabonaise. Je souhaite que ces plateformes deviennent un levier de progrès et non un instrument de division.

Journaliste : En résumé, soutenez-vous la décision de la HAC ?

Madame Justine Judith Lekogo :

Je soutiens le principe de responsabilité et la nécessité d'un encadrement.

Toute décision publique doit être analysée à la lumière du droit, de la proportionnalité et de l'intérêt supérieur de la Nation. Ce que je défends, ce n'est pas la restriction arbitraire des libertés ; c'est l'instauration d'un cadre équilibré qui protège à la fois la liberté d'expression et la cohésion sociale.

En tant que députée, citoyenne et militante des libertés fondamentales, je resterai vigilante pour que toute mesure prise respecte nos principes constitutionnels, tout en garantissant que les réseaux sociaux servent le développement du Gabon et non sa fragilisation.

Propos recueillis par MTM



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/communication/ar...