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Gouvernance sanitaire : le maillon faible qui freine la santé publique au Sénégal

La crise silencieuse de la gouvernance sanitaire continue de miner les performances du système de santé sénégalais. C’est le constat sans détour que dresse Tamba Danfakha lors d’un dialogue organisé hier par l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD), en partenariat avec International Budget Partnership (IBP). Pour ce spécialiste en efficacité, la question n’est plus uniquement médicale : elle est structurelle, politique et profondément organisationnelle.


Rédigé par leral.net le Dimanche 30 Novembre 2025 à 16:33 | | 0 commentaire(s)|

Selon lui, la première faille se situe dans la répartition incohérente du personnel médical. « Près de 36% de nos professionnels sont à Dakar, tandis que le reste du pays se partage les miettes », alerte-t-il. Ce déséquilibre territorial fragilise durablement l’accès équitable aux soins. Mais les chiffres deviennent plus inquiétants lorsqu’il évoque les capacités financières du pays : seulement 200 000 travailleurs employés par l’État sur 6 millions d’actifs, dont plus de la moitié touche moins de 50 000 francs. Un niveau de revenus qui, selon Danfakha, explique en partie la faible productivité nationale, stagnante depuis les indépendances, et la vulnérabilité sociale persistante.

Pour lui, la santé est indissociable du pouvoir économique. « Plus vous disposez de moyens, mieux vous vous portez. La santé dépend aussi de votre capacité à avoir des projets », dit-il, avant de pointer du doigt des fléaux connus mais mal combattus : népotisme, corruption, absence d’engagement citoyen.

Malgré ce diagnostic sévère, Danfakha reconnaît que le Sénégal a enregistré des avancées notables depuis 1960. Le véritable défi demeure les inégalités territoriales, certaines zones étant privilégiées au détriment d’autres. « Le plateau technique est globalement bon, mais il faut corriger les disparités », insiste-t-il.

Pour provoquer un véritable tournant, il appelle les députés à jouer pleinement leur rôle régalien. Son message est clair : les élus ont le pouvoir d’imposer la santé comme priorité nationale. « Ils doivent exiger un budget plus conséquent, mais aussi s’assurer qu’il soit exécuté efficacement. Ils ont le pouvoir légal de sanctionner les ministres qui échouent », martèle-t-il. Sans une telle rigueur, dit-il, aucune ambition économique n’est viable : « Un pays où les citoyens sont malades est un pays qui ne produit pas. »

Dans la même veine, Matèle Sow, chargée de programmes à IBP Sénégal, plaide pour une gouvernance sanitaire réellement inclusive. Pour elle, l’impact durable passe par une participation active des acteurs communautaires (badiénu gox, relais communautaires, organisations de base) au cœur des décisions locales. « La santé ne peut fonctionner sans eux », souligne-t-elle.

Birame Khary Ndaw

Ousseynou Wade