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Graves accusations du député Cheikh Abdou Bara Dolly: «Certains ministres corrompent les députés en venant à l’Assemblée»

La corruption à l’Assemblée nationale, la « fumisterie » de la parité, la « mauvaise foi » du Cudis, les chances de l’opposition aux Locales…, rien n’a été laissé par le député Serigne Cheikh Abdou Bara Dolly, qui voit aussi en la restauration du poste de Premier ministre, une manœuvre politicienne de plus de Macky Sall. Entretien avec « Le Témoin ».


Rédigé par leral.net le Mercredi 8 Décembre 2021 à 08:48 | | 0 commentaire(s)|

Graves accusations du député Cheikh Abdou Bara Dolly: «Certains ministres corrompent les députés en venant à l’Assemblée»
Le Témoin : Comment appréciez-vous ce qui se passe dans l’actuel marathon budgétaire ?
Serigne Cheikh Abdou Bara Dolly : Le vote de la Loi des finances est une disposition constitutionnelle. Donc, c’est quelque chose à prendre au sérieux. Comme le dit la loi, le ministre des Finances doit, du début à la fin, assister au marathon budgétaire de même que son collègue chargé des relations avec les Assemblées. Et à ce niveau, il y a des manquements.

L’année dernière, quand le ministre des Finances Abdoulaye Daouda Diallo s’était absenté pour des raisons de santé, nous avions, pour ne pas violer la loi, interpellé le Président Macky Sall, qui a pris un décret pour désigner son intérimaire. A cela s’ajoute la médiocrité intellectuelle de plusieurs députés qui ne savent même pas pourquoi ils sont présents au sein de l’hémicycle.

En bon godillots, ils applaudissent et font l’éloge du ministre qui passe ou du Président Macky Sall, se soucier d’évaluer, de contrôler le budget de son ministère de l’année qui s’achève ou d’être les porte-paroles des populations éprouvées. Hélas, c’est ce manque de débat profond avec les ministres qui plombe l’Assemblée. Rien que des éloges, des insultes et des propos au ras des pâquerettes !

D’où l’urgence de revoir le mode de choix démocratique des députés. Les techniciens qui accompagnent les ministres, ont d’énormes difficultés pour faire des notes à partir des interventions des députés. Certains ministres corrompent les députés en venant à l’Assemblée, dans le but de se faire applaudir et d’éviter toute critique sur le fonctionnement de leurs ministères.

Le ministre Moustapha Diop, pour ne citer que son exemple, a donné à chaque député, des liasses pour éviter toute critique lors de son passage. D’ailleurs, il est coutumier des faits. A chaque mois de carême, il leur distribue des paniers Ramadan. Ce qui est gravissime.

Si on devait classer les ministres en fonction de leur travail, Moustapha Diop aurait le bonnet d’âne mais, paradoxalement, beaucoup de députés interviennent plus dans le soutien de son budget que lors des votes des budgets d’autres ministères, plus lourds financièrement.

En commission, 40 députés sont intervenus pour approuver un budget qui ne fait que 17 milliards FCfa. Macky Sall doit muer sa troupe parlementaire en groupe parlementaire. Je parle de troupe parce que la plupart d’entre eux, sont des moutons de Panurge, qui se laissent guider par des intérêts alimentaires et non par les préoccupations populaires.

Le député est un représentant de la Nation, comme le dit l’article 100 de notre règlement intérieur, et non un caudataire du président de la République ou un pantin des ministres.

Autre point noir de l’Assemblée, c’est l’absentéisme des députés. Mais ce qui est le plus inacceptable, c’est l’absence des vice-présidents de l’Assemblée. Des personnes qui perçoivent 2 500 000 francs chaque fin du mois avec en prime 1000 litres de carburant et un crédit pour leur téléphone et qui ne sont même pas capables d’assister assidument au marathon budgétaire, c’est inacceptable.

Le règlement dit que si en séance budgétaire, il n’y a pas au moins deux vice-présidents présents, on doit suspendre les travaux jusqu’à rétablissement normal. Il m’est arrivé de bloquer l’institution à cause de ce que je viens d’évoquer au point que le président Niasse a dû taper sur la table pour rappeler les vice-présidents à l’ordre.

In fine, cette 13e législature est la plus nulle de l’histoire parlementaire de notre pays, même si j’en suis député. Pas de débats contradictoires, pas de critiques, rien que des éloges, du griotisme et des insultes. Ce n’est pas la vocation d’un député. Mais ce qui est à la base surtout de cette nullité de l’Assemblée, c’est la parité qui a imposé des femmes qui n’ont aucun niveau. Les femmes sont les insulteuses, les applaudisseuses, les querelleuses, les polémistes. D’où l’urgence de revenir sur cette fumisterie politique qui médiocrise nos institutions. En République, seule la compétence vaut et rien d’autre.

Vos collègues femmes vont vous en vouloir… (Il nous interrompt)

Ce que je dénonce encore, c’est le manque de cohérence et de coordination dans l’exécution des budgets des différents ministères. Si on prend l’exemple des ministères de la Jeunesse, de la Femme et de l’Economie solidaire, ils ont tous des financements destinés à la femme. Et à chaque session budgétaire, aucune de ces femmes qui dirigent ces ministères, n’est capable de dire le taux effectif de remboursement des prêts alloués aux militantes de Bennoo Bokk Yakaar.

Je dis militantes de Benno parce que les autres femmes du Sénégal ne sont pas prises en compte dans les financements octroyés par l’Etat. La plupart des femmes emprunteuses, ne remboursent jamais parce que ne sachant pas comment gérer ces fonds dont elles ont bénéficié.

Avant de prêter, il faut former. Or tel n’est pas le cas. Et il n’y a aucune contrainte, aucune coercition, aucune punition à l’encontre de ces non-payeuses. Les populations ne pas satisfaites de ces ministres incompétentes, de même que nous députés qui transcendions nos appartenances partisanes. Les ministres ne disent jamais la vérité aux populations.

Ndèye Saly Diop Dieng, ministre de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des enfants, a déclaré que 95 % des enfants ont été retirés de la rue. Ce qui est faux parce que l’on constate que, depuis l’échec de l’opération retrait des enfants de la rue, il y a plus d’enfants dans les rues.

Cela montre que ces ministres sont éloignés des populations et des représentants du peuple, objectifs qui mettent l’intérêt populaire au-delà de leur appartenance partisane. C’est la première fois qu’il y a débat dans le vote du budget de l’Armée et qu’il y a vote contre. Cela n’est pas dirigé contre l’Armée mais contre le ministre politicien qui brille par son incompétence.

Aujourd’hui, l’on constate malheureusement que l’argent du ministère des Forces armées ne profite pas à ses éléments. Je donne l’exemple des casernes ou des gendarmes qui éprouvent des difficultés pour avoir même du carburant suffisant pour mener différentes opérations de sécurisation. Le même phénomène est constatable pour la police, dépourvue de moyens à tous points de vues. C’est pourquoi, j’avais demandé, à des fins de rationalisation et de cohérence, à ce que la police et la gendarmerie soit réunies dans un même corps.

Si les gendarmes et les policiers sont sujets à la corruption, c’est parce qu’ils sont sous-payés et dépourvus de moyens. Et pourtant, ils participent beaucoup à renflouer les caisses de l’Etat et ne reçoivent aucun pourcentage en retour. D’où la nécessité et l’urgence de revoir leurs traitements et de les mettre à l’abri du besoin.

Le Président Macky Sall avait pris des engagements dans ce sens quand il briguait la magistrature suprême en 2012 mais, une fois arrivé au pouvoir, il n’en fait plus une priorité. Ce pays tangue dans l’océan des difficultés parce qu’il n’y a plus de capitaine dans le navire. Et chacun veut être capitaine mais malheureusement, dans le bateau, il y en a qui ne savent pas conduire.






Le Témoin


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