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Handicapée visuelle : Amélie Boubane, dame courage

Rédigé par leral.net le Samedi 30 Août 2025 à 11:16 | | 0 commentaire(s)|

Un confrère nous avait parlé d’Amélie Boubane, et louait la posture de cette dame qui, malgré un handicap visuel, était capable de se prendre en charge dans beaucoup de domaines. Un tour chez elle, au quartier Fadiga, dans la périphérie de Kédougou, nous a permis de le constater. Amélie Boubane est le courage personnifié.


On ne le dira jamais assez. Kédougou durant l’hivernage reste un tableau de maître. Le mariage nature et climat est capable de convaincre les plus sceptiques. Pour aller chez Amélie Boubane, une boutique comme repère par-ci, une bifurcation à gauche par-là, des enfants joyeux envoyés pour nous guider et éviter de chercher d’un autre côté.

Après moult péripéties, nous voilà chez la jeune dame, que l’on a trouvée s’affairant dans la cour de sa maison. Une demeure typique des Bassari, avec des cases en dur au toit de chaume. Originaire de Salémata, Amélie habite avec sa famille, dont son frère Antoine Boubane, alias Black Kémé. La dame est menue dans le physique, et déterminée dans la posture. Malvoyante, elle étonne par sa capacité à se sublimer pour régler ses problèmes.

Détermination

Elle va au puits, prépare le repas, mène des activités génératrices de revenus, avec la fabrication de produits cosmétiques et du savon. Quand on l’interroge sur sa détermination, la jeune dame rappelle qu’elle ne se considère pas comme une handicapée. « Je suis capable d’aller au marché, de mener toutes mes activités », lance-t-elle, pour justifier sa détermination à ne pas se morfondre avec cette impotence.

Amélie Boubane est la détermination faite femme. Quand on rentre dans sa demeure, elle ne donne pas l’impression de quelqu’un qui ne voit pas. Elle marche posément. Calme et sereine, elle prend place, en attendant que l’on termine l’entretien avec son frère artiste, promoteur culturel, agriculteur, Black Kémé. Amélie n’est pas une résignée.

Depuis sa cécité, contractée à la suite d’une rougeole, quand elle était enfant, elle recherche sa bonne étoile avec détermination. Sa vie, c’est accepter son sort, et se battre pour plus d’autonomie.

Aide

La fragilité de la vie et l’opiniâtreté de l’humain pour se sortir du guêpier. Tel peut-être le résumé de la vie de celle qui, depuis les années 2000, a perdu la vue. En septembre prochain, elle aura 28 piges. « Depuis ma maladie, je ne me morfonds pas, j’agis pour rendre ma vie meilleure », assure Amélie.

Au quartier Fadiga, elle n’a pas besoin de se faire aider. Elle avoue pouvoir même se « taper un sprint, tellement le quartier est comme mon jardin », souligne Amélie. De plus, elle est habile avec une houe et une daba, pour les travaux champêtres, et peut enlever les mauvaises herbes, etc.

Mais « en ce qui concerne la cuisine, la famille m’a interdit de préparer, car ils pensent que je peux me blesser avec les couteaux », assure celle qui ne veut pas être inactive à cause de sa cataracte. Du point de vue capacitation, Amélie a suivi trois formations en restauration, entretien textile, fabrication de savon et de produits cosmétiques.

Le Centre régional d’enseignement technique féminin de Tambacounda (Cretf) l’avait, en son temps, accueillie. Elle s’était battue pour avoir de bonnes notes, mais malheureusement, « le directeur du Cretf n’a pas validé mes années d’études, et a refusé de me remettre mes bulletins, à cause de mon handicap. Et pourtant, j’avais de bonnes notes », s’est-elle désolée.

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Plus tard, l’étudiante va se décourager devant tant d’injustices. Dans sa volonté de mener une activité génératrice de revenus, Amélie veut être appuyée, surtout dans la fabrication de savon, car souvent, elle reçoit des commandes. Mais par manque de moyens, elle ne peut les honorer.

« J’ai beau chercher du boulot, mais on refuse de me donner l’opportunité de montrer mon savoir-faire. C’est pourquoi je me suis orientée vers la transformation du savon », a souligné Amélie, le moral au plus bas.

Dans notre pays, l’inclusion est une réalité. Et la dame ne demande qu’à participer à son développement. Elle semble si fragile, mais déterminée à se soustraire à ces préjugés. La vue est un état d’esprit, l’engagement naturel, chez cette femme. Pour son frère artiste, Amélie est le courage personnalisé.

« Ce n’est pas facile, surtout dans la société. Elle prend en charge tous les enfants de la maison », a laissé entendre Black Kémé. Et le plus important, poursuit cet ambassadeur de la culture bassari, « ma sœur n’aime pas la facilité et n’accepte pas qu’on la prenne par la main, pour la guider ».

Elle pouvait tendre sa sébile dans les rues, à la recherche d’une piécette, mais Amélie ne l’a jamais fait. Elle avoue refuser de l’argent, car « je ne suis pas mendiante », dit-elle avec force.

Source: leSoleil.sn